Cette île qui dérange la mémoire allemande

Dimanche 10 juin 2012 à 21h52

L'île de Rügen, en Mer baltique, abrite le complexe de Prora : un ancien lieu de villégiature des ouvriers du Reich. La rénovation de ce vestige de l'Allemagne nazie devrait commencer en juin.


GERMANY-NAZI-ARCHITECTURE-AUCTION / JENS KOEHLER/AFP - Cette barre d'immeubles de 4,5 km de long, construite avant-guerre pour les vacances des ouvriers du Reich, pose un casse-tête aux autorités allemandes.

C'est un lieu de mémoire gênant sur un haut lieu du tourisme allemand. A Rügen, une île de la Baltique située à 300 km au nord de Berlin, une barre d'immeubles de 4,5 km de long construite avant-guerre pour les vacances des ouvriers du Reich, pose un casse-tête aux autorités allemandes.

Plus de 20 ans après la Réunification, peu d'Allemands connaissent l'existence de ce vestige architectural de l'Allemagne nazie qui s'était lancée dans le développement du tourisme de masse. Construite entre 1936 et 1939, la «cité balnéaire des 20.000», du nombre de lits qu'elle devait abriter, répondait à un projet «social» des nazis qui voulaient attirer les ouvriers vers des vacances 100% homologuées par le régime.

Inauguré trois mois avant le début de la Seconde Guerre mondiale, le site installé à Prora n'a jamais été ouvert au public. Hitler voulait en faire un hôpital militaire en cas de conflit. Après 1945, décrété zone militaire par les soviétiques, puis par l'armée est-allemande qui l'utilise comme caserne pour ses parachutistes, il ne figure plus sur aucune carte.

Aujourd'hui, des pans entiers de ce «Colosse de Rügen» de briques, aux fenêtres éventrées, menacent de tomber en ruine. Il n'est pourtant pas question de le faire sauter: le bâtiment est un patrimoine classé depuis 1993.

Appartements, hôtel, spa.

Du coup, la reconversion du site est un sujet d'agacement pour le maire Carsten Schneider. «C'est un dossier qui donne des maux de ventre. Ces 20 dernières années il n'a été question que de spéculation immobilière, aucun projet n'a jamais abouti.»

Car la rénovation de cette «forteresse» serait tellement coûteuse qu'il semble difficile de la rentabiliser. Le simple ravalement d'un des cinq blocs est estimé à plusieurs dizaines de millions d'euros.

Une auberge de jeunesse, l'une des plus grandes d'Allemagne avec 400 lits, a pourtant ouvert l'année dernière sur une portion de 150 mètres, après deux ans de travaux. La rénovation des murs, achetés pour un euro symbolique, a absorbé 27 millions d'euros, dont des fonds européens. Son responsable Dennis Brosseit admet que ce bâtiment «pose question». «Il témoigne de cette folie. Certains le trouvent laid, mais il a son histoire et nous devons la respecter», explique-t-il.

Le dernier investisseur en date, un Berlinois, a déboursé 2,75 millions d'euros pour l'un des cinq blocs du complexe qui avait été acquis pour 120.000 euros par le précédent acheteur. Il projette de construire un complexe touristique avec appartements, hôtel, spa, là où la mairie aurait souhaité «une école de tourisme ou une université de la mer pour attirer la jeunesse». Des travaux doivent démarrer courant juin.


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