Jacques Haie, charpentier de l’Hermione

Dimanche 21 avril 2013 à 08h46

Troisième volet de notre série sur les métiers de l’Hermione, cette reconstruction d’un navire de guerre du XVIIIe siècle. Premier arrivé sur le chantier, il y a quinze ans, Jacques Haie a donné forme à la frégate.


Jacques Haie et Raymond Labbé. Crédits photo: Association Hermione La Fayette

Depuis 1997, Jacques Haie, salarié de l’entreprise Asselin et chef d’équipe charpente, vit au rythme de l’Hermione, cette frégate de 65 mètres qui a porté le marquis Lafayette jusqu’en Amérique en 1780. C’est le premier bateau de ce charpentier, habitué à dresser des églises de A à Z et qui ne veut surtout pas être qualifié de charpentier de marine : « Chacun son métier ! » Le charpentier se souvient qu’en 1997, personne ne croyait que l’Hermione allait vraiment naviguer. « Mais je dirais qu’on a pas mal épaté les gens en montant la charpente », commente-t-il. L’aventure a commencé dans un atelier avec des tracés en taille réelle. Aucune aide informatique n’a alors été utilisée par celui qui suspecte l’ordinateur de « déglinguer son métier. » Grâce aux conseils de l’historien Jean Thomas, la silhouette de l’Hermione a été tracée. « Puis il a fallu assembler le puzzle avec mon équipe de huit gars », précise Jacques Haie. Il a fallu trois ans pour construire le squelette de l’Hermione. « Je pensais que ce chantier allait durer deux ans, deux ans et demi, mais quinze ans plus tard je suis toujours là » commente l’artisan qui petit à petit s’est intéressé à l’histoire de l’Hermione. « Vous n’allez pas me coller sur une frégate du XVIIIe ! », s’amuse-t-il. « Par rapport au monde maritime, j’étais comme une page blanche en arrivant. »

 

Entre l’extraordinaire et le contingent

 

Comme l’ensemble des artisans, Jacques Haie travaille en public sur le chantier de l’Arsenal. « Les visiteurs sont marqués par la taille de la charpente et ses poutres de 16 mètres de long, nous confie le charpentier qui explique répondre aux questions des curieux mais sans oublier que son travail est soumis à un devis conclu après un appel d’offres. « Comme il faut rentrer dans les clous, on ne peut pas se permettre de faire la causette. Et puis c’est très prenant, je passe parfois mes nuits sur le chantier. » Jacques Haie a vu le projet Hermione évoluer au fil des années. « Au début, le mot d’ordre était de reconstituer un monument historique, explique-t-il. Puis, nous avons eu un nouveau mot d’ordre : durabilité. Aussitôt après, nous avons parlé de navigabilité. A partir de ce moment-là, les architectes et les cabinets de contrôle sont intervenus dans la construction donc l’Hermione a un peu évolué pour respecter les normes actuelles. » Jacques Haie explique ainsi que le laminé collé a remplacé les morceaux de bois assemblés bout à bout comme au XVIIIe siècle. « Nous aurions rêvé d’utiliser cette technique traditionnelle avec du cerclage mais cela peut poser des soucis d’infiltration, précise-t-il avant d’ajouter. Et puis le pin que nous utilisons sur le chantier vient d’Oregon alors qu’ils n’étaient pas encore en Amérique quand ils ont construit leur frégate ! » C’est maintenant le temps de la finition sur le chantier et ce n’est pas l’étape préférée de Jacques Haie qui préfère imaginer les charpentes et lancer les constructions. « C’est impressionnant de donner du volume à partir de rien, dit-il. Et puis cela va vite. » Il ne souhaite pas non plus que son bateau soit poncé à la feuille de verre pour de belles finitions car il rappelle que l’Hermione « est quand même une machine de guerre » Il sent la fin du chantier arriver sans se laisser submerger par l’émotion d’une si longue aventure. « Je ne suis pas choqué de voir l’Hermione entamer une nouvelle vie. Quand je construis une église, elle ne m’appartient pas, c’est comme ça », précise-t-il du haut de son expérience. « Maintenant qu’on a fini de jouer, c’est au tour de l’équipage de l’Hermione… Et je leur souhaite bon courage car elle ne doit pas être facile à manœuvrer cette frégate ! »


 


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