Elévation du niveau de la mer : nos côtes menacées ?

Dimanche 9 juin 2013 à 16h00

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Les répercussions du changement climatique sont encore mal connues, mais l’une de ses conséquences directes est l’élévation du niveau mondial des océans, qui peut menacer des millions d’habitants sur les littoraux. Avec plus de 3000 km de côtes, la France est donc particulièrement exposée à la menace maritime. Figaro Nautisme a voulu en savoir plus sur la vulnérabilité de nos littoraux face à ce phénomène qui semble irréversible. Nous avons posé la question à Régis Crépet, climatologue et géographe à Météo-Consult - La Chaine Météo.  


Crédits photo : La Chaîne Météo/METEO CONSULT

Figaro Nautisme : l’élévation du niveau des mers est-elle vraiment préoccupante ?
Régis Crépet : il faut savoir que cette élévation reste minime à l’échelle d’une vie humaine, mais avec la mise à disposition de mesures précises et fiables par satellite (altimétrie) depuis les années 1990, on estime que la hausse du niveau des mers est de l’ordre de 0.2 mm par an depuis le 20ème siècle, ce qui est 20 fois plus rapide qu’au cours des siècles précédents. Cette élévation n’est pas uniforme, dans certaines régions du globe, le niveau de la mer s’est élevé davantage, tandis que dans d’autres il a parfois baissé. Cela dépend aussi de la morphologie des côtes (baies ou côtes rocheuses).


Quelle est la cause de l’élévation du niveau de la mer ?
Deux causes principales sont identifiées, tout d’abord on observe un phénomène de dilatation thermique, soit un réchauffement des eaux de surface qui provoque une réaction mécanique d’élévation (l’eau plus chaude étant plus « légère » que l’eau froide). Deuxièmement, la fonte des glaciers de montagne et des inlandsis polaires (calotte du Groenland et de l’Antarctique) provoque un apport supplémentaire d’eau douce, ce qui contribue, mais pour un faible pourcentage, à l’élévation du niveau des océans. Signalons que la fonte des banquises ne provoque pas d’élévation, car c’est déjà de l’eau de mer sous forme de glace qui retourne à l’état liquide.


Peut-on prévoir la hausse des décennies futures ?
De nombreux paramètres peuvent interférer, notamment l’évolution climatique. Ainsi, certaines études scientifiques indiquent un arrêt du réchauffement climatique depuis plus de 15 ans (source NCDC) et une reconstitution des glaces arctiques proche des moyennes des années 1990 (IARC / JAXA). Mais compte-tenu de l’inertie de l’eau (beaucoup plus lente à réagir que l’atmosphère), le niveau des océans va continuer à s’élever dans les prochaines décennies, sous l’effet de la dilatation thermique. Selon certains scénarios, cette hausse serait comprise entre 4 et 20 cm à l’horizon 2100, avec des pics locaux à 1 mètre, ce qui laisse une grande marge d’imprécision.


Quelles seraient alors les conséquences directes de cette tendance pour nos côtes françaises ?
La France est un pays vulnérable en raison de ses 3200 km de côtes. Mais en fonction de la morphologie du littoral, le degré d’exposition aux risques n’est pas le même. En effet, en raison des courants, de l’action des marées et de la nature de la côte (côte rocheuse ou sableuse par exemple), les effets sur les littoraux seront inégaux, avec des zones où la mer grignote sur la terre (érosion des falaises normandes) alors que d’autres zones sont ensablées par processus naturel de « colmatage » (baie de Somme, baie du Mont Saint Michel et peut-être même bassin d’Arcachon).
Néanmoins, les côtes basses, situées au « niveau 0 », sont sous la menace directe de cette élévation (côte vendéenne et delta du Rhône par exemple).

 

Le risque est-il important pour la France ?
L’exposition au risque des zones littorales est bien réelle. La Mer du Nord et la façade Atlantique ont déjà été le théâtre dans le passé d’inondations côtières dramatiques, lorsqu’une tempête coïncide avec une grande marée par exemple (le cas de la tempête Xynthia en février 2010, dont le principe fut comparable aux inondations liées à l’ouragan Katrina en Louisiane en 2005). La Méditerranée est sous le risque permanent d’un tsunami (raz de marée) en raison de la sismicité des pays riverains. Ainsi, un tremblement de terre se produisant sur la côte algérienne, pourrait générer des vagues de plus de 2 mètres susceptibes de toucher la côte d’Azur. Ces phénomènes seront amplifiés par l’élévation du niveau moyen de la mer, car les masses d’eau mises en mouvement sont encore plus « à ras bord ». Il faut savoir que la hauteur globale des vagues à tendance à croître depuis 20 ans. Les vagues géantes sont donc plus fréquentes au large, et les tempêtes entraînent des houles plus hautes (un effet lié à la dilatation thermique et à l’eau douce moins dense). Tout ceci est donc plus menaçant pour les régions côtières.


Quelles sont les zones les plus menacées en France ?
Certaines grandes villes risqueraient la submersion en cas de surcote, comme Caen (estuaire de l’Orne), Nantes (estuaire de la Loire) et Bordeaux (estuaire de la Gironde). D’autres secteurs sont menacés également par les inondations provoquées par la conjonction d’une grande marée et d’une crue fluviale (Morlaix et Quimper dans le Finistère). En Méditerranée, le risque est lié davantage à la sismicité pouvant engendrer un tsunami, mais en cas de tempête et de crues fluviales, des surcotes pourraient submerger les plaines de l’Aude et la Camargue. De tels phénomènes se sont déjà produits, mais leur occurrence est susceptible d'augmenter avec l’élévation globale du niveau de la mer.



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