Belem : Le doyen de l’Armada a 117 ans

Vendredi 14 juin 2013 à 09h20

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C'est sous un concert de cloches sonnées aux quatre coins de Rouen et de cornes de chacun des voiliers présents à l'Armada que le trois-mâts a célébré ses 117 printemps. Le Belem est le plus vieux voilier d'Europe encore en navigation.


Le président de la fondation Belem, Nicolas Plantrou, nous accueille en bras de chemise à la proue du bateau, parmi les nombreux visiteurs qui sillonnent le bateau en tous sens. "Dis-moi, tout est tellement astiqué! " s'exclame l'un à deux pas d'une malicieuse pancarte "Le travail nuit gravement à la paresse". "Tu as vu le nombre de cordages ! Je me demande bien comment on les différencie!" s'exclame son voisin. Mais Nicolas Plantrou a déjà la tête ailleurs, loin des bribes de discussion qui résonnent sur le pont, mêlées à la musique des haut-parleurs. Il a mille anecdotes à nous raconter sur la jeunesse du Belem.



Comme un parfum de chocolat


Le voilier a commencé sa carrière en transportant du cacao pour les chocolats Meunier. « Il fallait un bateau solide : l’armateur souhaitait qu’il tienne plus de sept ans ! » rapporte Nicolas Plantrou en s’amusant du caractère décalé de ce souhait, 117 ans plus tard. A l’époque, les chantiers navals d’enthousiasmaient pour la vapeur et le métal. Le Belem est propulsé par ses voiles mais sa coque a bien été construite avec des plaques métalliques rivetées sur une charpente en bois. Le bateau est donc prêt à affronter les fortes conditions de l’Atlantique mais lors de la première des 33 transatlantiques du transporteur de cacao, c’est l’arrivée en Amérique du Sud qui fut chaotique. En effet, l’équipage a dû embarquer des mulets à Montevideo pour la construction du métro de la ville de Belem, qui a donné son nom au voilier, mais il y avait beaucoup de houle et nombre de mulets n’ont pas supporté les bousculades dans les cales. « Et, comble de malchance, les cents mulets survivants n’ont pas non plus réussi à toucher terre : un incendie a ravagé les cales du bateau lorsqu’il est arrivé au port. Les animaux qui n’avaient pas été jetés à la mer pendant le voyage ont donc péri par les flammes ». Après ces douloureuses péripéties, le capitaine a eu bien du mal à convaincre son équipage de remonter à bord pour rentrer au port d’attache, Nantes. Et les flammes devaient encore se dresser sur la route du voilier. « Quelques années plus tard, alors que le voilier avait une place réservée en Martinique, l’équipage a eu la mauvaise surprise de voir un autre bateau à leur place en arrivant en fin de soirée. Ils ont donc été envoyés sur la côte est de l’île, détaille Nicolas Plantrou. Nous sommes le 8 mai 1902 et, dans la nuit, l’éruption de la Montagne Pelée a entièrement détruit le port, faisant au moins 30 000 morts. » Le Belem a alors six ans et en échappant à cette catastrophe, il pourra réaliser et largement dépasser le souhait de son armateur.



Un passage chez les Anglais


Pendant ce récit, le groupe présent à bord a eu le temps de visiter le bateau, exception faite de la cuisine d’où sort un délicieux fumet. Le repas du midi s’annonce haut de gamme pour les invités qui auront la chance d’y participer. Ils profiteront alors du grand roof installé par le duc de Westminster, propriétaire du Belem dès 1914. « Ce nouveau propriétaire a permis au voilier d’échapper à la guerre, observe Nicolas Plantrou. Il a tout de suite souhaité transformer le Belem, alors navire marchand, en yacht de luxe. » Le bureau du duc de Westminster est toujours intact avec ses chaises, en bois sombre et assise verte, sur lesquelles le nobre britannique recevait ses invités. « L’idée du duc de Westminster était de voguer de Deauville à Cannes avec sa maîtresse, Coco Chanel », détaille le président de la fondation Belem. Puis il passera entre les mains de la famille du brasseur Guinness. « Le Belem a fait le tour du monde en 1921-1922 et nous en avons le récit détaillé grâce au carnet de bord d’une amie de la fille Guinness qui devait avoir une quinzaine d’années à l’époque, explique Nicolas Plantrou. Elle découvrait le monde et la mer. » Nous quittons alors le grand roof et ses boiseries brillantes lorsque nous croisons le chef cuisinier, grand habitué du Belem. Ce marin évoque aussitôt sa chance, celle de naviguer sur un monument historique (depuis 1984, ndlr) qui résonne des pas de ses anciens occupants.



Venise - Brest, le chemin de la renaissance

 

Après avoir servi de bateau école pour apprendre la voile aux orphelins de la Marine nationale, le Belem, qui s'appelait alors le Giorgio CIni, a été petit à petit abandonné au fond d'un bassin vénitien. C’est là qu’un médecin français l’a trouvé. « Pensant visiter un bateau italien, ce passionné eut la surprise de tomber sur une petite plaque mentionnant les chantiers nantais Dubigeon », rapporte Nicolas Plantrou. Le médecin s’est alors lancé dans des recherches sur l’identité de ce grand voilier de 58 mètres. Mais pour ramener en France cet élément du patrimoine, très abimé, qui ne pouvait plus naviguer, le médecin a eu besoin d’aide. « Il a convoqué la presse, explique le président de la fondation Belem, et un article du Figaro a été repéré par le patron de la Caisse d’Epargne (qui préside toujours la fondation Belem, ndlr). La Marine nationale s’est également mobilisée et ce sont ses remorqueurs qui ont ramené le voilier de Venise à l’Arsenal de Brest pour un grand chantier de réparation. » Aujourd’hui, le Belem a retrouvé sa vocation de bateau école et accueille 1200 personnes stagiaires par an pour quelques jours de navigation. Le budget du Belem est assuré à moitié par la Caisse d’Epargne, pour 1,5 millions d’euros par an, et complété par les dons, le mécénat et les revenus issus des stages. « Le prix d’une journée de navigation est de 150 euros mais elle ne couvre qu’un quart du coût réel », explique le président de la fondation Belem. Le prochain stage de navigation part lundi du Havre pour quatre jours de navigation vers Den Helder en Hollande.

 


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