Une vie en bleu marine

Samedi 15 juin 2013 à 17h03

Philippe Le Hir vient de vivre 30 années au long cours. Et la planète bleue n’a jamais déçu sa passion.


Crédit photo: Alexis Courcoux

Entré en 1983, à l’âge de 17 ans, dans ce qui allait devenir sa destinée, le Maître Principal Philippe Le Hir est né dans les choux, comme tous les indigènes du Léon. Dans sa famille, on navigue dans la Marchande ou pour la pêche. Il est donc le premier à embarquer dans la Royale : « Je suis entré par l’école des apprentis mécaniciens de Saint-Mandrier, celle que les anciens appelaient l’école du crime. C’était assez dur, une école des mousses côté machines. Mais c’est ce que je voulais faire. J’étais un peu perdu car c’était la première fois que je sortais de ma Bretagne et quittais les jupons de ma mère ».


Après 18 mois de formation, les brevets passés, BE et BAT, avec la formation de mécanicien où l’on apprend tous les métiers, vapeur, moteur et auxiliaires de coque, viennent bientôt ses navigations initiatiques : « A l’issue de mon brevet d’aptitude technique et vu mon classement, j’ai eu la possibilité de choisir ma première affectation. J’ai donc commencé mes trois premières années de marin sur l’escorteur d’escadre Maillé-Brézé, vapeur qui était basé à Brest ».


Suivront les embarquements sur le Jules Verne à Djibouti, à l’atelier hydraulique, sur le Du Chayla dans le golfe arabo-persique pendant le conflit entre l’Iran et l’Iraq où il restera plus d’un an. A son retour, Philippe Le Hir découvre un nouveau monde, celui des abysses. La mer d’en bas. Après l’école des sous-marins, le voilà en plongée sur le Tonnant, puis le Foudroyant. « Ce sont des sous-marins lanceurs d’engins basés à l’île Longue. J’ai effectué cinq patrouilles. Je travaillais à la propulsion. Un monde à découvrir. En arrivant de mes vieux escorteurs d’escadre, je passais de la préhistoire à la science fiction. Du mazout à la pile nucléaire. A l’époque, c’était encore la guerre froide. On partait deux fois par an entre 70 et 74 jours. La technologie était passionnante mais comme j’avais toujours travaillé avec mes mains, j’ai préféré retourner à quelques chose de plus vivant ».
Après avoir obtenu son brevet supérieur de mécanicien, l’histoire continue sur un chasseur de mines. Avec de nombreuses interventions en baies de Somme et de Seine. Autre décor, autre vie. Des sables de la Manche aux lagons de Polynésie. La vue n’est pas la même. Sa famille l’accompagne à Tahiti, son épouse et ses quatre enfants. La Tapageuse est son nouveau véhicule flottant. « Avec ce patrouilleur de 400 tonnes, on allait d’île en île pour effectuer le recensement des appelés, un peu de police de pêche, avec les gendarmes les permis, les jugements… C’était vraiment sympa. Cela a duré deux années. Après un bref retour à l’île Longue où je surveillais le système de réfrigération des sous-marins aux bassins, ma formation de chef énerg terminée en 2000, viennent les navires écoles, le Tigre pendant trois ans, le Jaguar sur une même période. Ce long cycle en mer s’achève sur le bâtiment hydrographique La Pérouse, avec plusieurs mois passés sur les côtes africaines ».

 

A terre égaux

 

Le premier poste à terre se déroule à Madagascar, en coopération. « C’est le retour à l’âge de pierre. Une période marquante dans ma vie. Je ne vois plus les personnes de la même façon. Les priorités là-bas ne sont plus les mêmes et les gens sont attachants. J’ai eu pendant les deux ans comme mission et budget d’essayer de conserver à flot les petits bâtiments restants de la Marine malgache mais également de faire de la formation. Ce poste a malheureusement disparu ».
Depuis cette expérience enrichissante à tous points de vue, il est désormais en ALFAN ALERTE. Un pool de personnes de différentes spécialités constitué pour remplacer des départs de personnels. Il est donc depuis six mois sur le PSP Flamant basé à Cherbourg, encore une fois de plus éloigné de Brest et de sa famille.


Après 30 ans de carrière, son autre famille a toute son affection : « Avec l’expérience, j’ai toujours eu la chance d’avoir de bons contacts et d’avoir de bonnes équipes. C’est pour cela que j’ai souhaité le plus souvent être embarqué. Nous les anciens, on a une part de responsabilité. En fédérant une équipe, en faisant en sorte d’expliquer qu’on est tous dans la même galère, la transmission est plus simple. Si tout le monde adhère, on peut les mener où on veut. A nous de leur transmettre cette passion ».
Le Hir veut dire le long en Breton. Il était donc écrit que son engagement dans la Marine nationale allait être aussi fournie que des pages d’éphémérides. A la fin de la Solitaire du Figaro Éric Bompard Cachemire, Philippe Le Hir partira vers de nouveaux horizons. Le Laplace, bâtiment hydrographique sera peut-être l’ultime navire de ses voyages au long cours. Il appréhende ce moment. Quoiqu’il arrive, il suivra plus tard la carrière de l’une de ses filles dont le rêve est de suivre le sillage de son marin de papa.
 

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