La pollution marine traquée de l’écume aux profondeurs

Jeudi 20 juin 2013 à 11h35

En France, la Marine nationale est la seule entité responsable de la lutte antipollution en mer, via le Ceppol, un centre d’expertises né en 1979 après la marée noire de l’Amoco Cadiz.


crédits photo: Fred Tanneau / AFP

Jean-Bernard Cerutti dirige le Ceppol depuis juillet 2008. « C’est mon premier poste à terre, mais heureusement, je suis souvent en mer. C’est là où je me sens bien ! lance-t-il avec bonhommie. Je reviens justement d’un entraînement à Dunkerque avec treize bateaux et cinq avions. » Les deux bateaux basés en Atlantique, l’Argonaute et l’Alcyon, et les deux navires méditerranéens, le Jason et l’Ailette, sortent trois à quatre fois par mois en entraînement.


A la surface : l’assistance aux navires en difficulté
 

La première opération d’envergure de l’actuel directeur du Ceppol fut le déséchouement du chimiquier Sichem Osprey en 2010. Ce bateau transportait 22500 tonnes de xylène, graisse animale et huile de soja lorsqu’il s’est échoué sur une île inhabitée de l’océan Pacifique : Clipperton. Jean-Bernard Cerutti a été particulièrement marqué par cette opération « au milieu de nulle part ». Les premières tentatives de déséchouement avec deux remorqueurs sont restées sans succès, la coque étant prise sur près de 100 mètres dans la barrière de corail, mais le Ceppol a pu alléger le bateau en vidant une partie de sa cargaison dans les cales d’un second bateau. « C’était une très longue opération de près d’un mois », se souvient le directeur du Ceppol. « Nous intervenons toujours en urgence pour éviter une catastrophe, précise-t-il. Mais quand tout danger est écarté, ce sont des sociétés privés qui prennent en charge la suite des opérations comme le découpage d’une épave. » Trois sociétés principales se partagent le marché : les néerlandaises Smit et Switzer et l’américaine Titan qui s’occupe notamment du Costa Concordia. Lors des grosses opérations, comme la marée noire causée par le Prestige, la coopération internationale est fluide, assure le directeur du Ceppol. « De toutes façons, aucun pays n’est dimensionné pour une énorme catastrophe comme celle-là, précise-t-il. Sauf peut-être les Etats-Unis. » Les moyens français peuvent intervenir sur 10 à 15 000 tonnes d’hydrocarbure. « Nous sommes en pointe dans ce domaine, comme l’ensemble de l’Europe du Nord et l’Espagne, très sensibilisée depuis la catastrophe du Prestige. » Jean-Bernard Cerutti rappelle aussi que l’Europe est moins exposée que les Etats-Unis où les plateformes pétrolières sont très nombreuses dans le Golfe du Mexique avec un forage particulièrement profond.


Entre deux eaux : les conteneurs à la dérive
 

Le Ceppol est également chargé de récupérer les conteneurs à la dérive, alerté le plus souvent par les armateurs. C’était ainsi le cas de quatre conteneurs à la dérive perdu dans de fortes conditions météorologiques. « Nous avons dû attendre de meilleures conditions pour les récupérer », explique Jean-Bernard Cerutti. Mais pour ne pas les perdre de vue, le Ceppol a confié une ligne de marquage à un hélicoptère. « Nous avons ciblé le conteneur central car nous n’avions qu’une ligne à disposition. Il faut savoir qu’un tel dispositif coûte 4.000 euros ». Deux jours plus tard, le Ceppol a récupéré l’ensemble des intrus. « Les conteneurs qui dérivent à la surface de l’eau sont forcément des citernes avec des produits chimiques ou des frigorifiques car les autres conteneurs coulent en l’espace de 24 heures. »


Dans les profondeurs : des épaves sous haute surveillance
 

Le Ceppol contrôle régulièrement 30 à 40 épaves situées de Dunkerque à Hendaye. Jean-Bernard Cerutti rappelle ainsi celle de la frégate Laplace qui a coulé en 1950 au large des Côtes d’Armor. « C’est un navire au destin tragique qui se rendait à Saint-Malo pour l’inauguration des nouvelles portes d’écluse de Saint-Malo, raconte le directeur du Ceppol. Mais il a mouillé au-dessus d’un champ de mines de la seconde guerre mondiale. Avec les mouvements du bateau au mouillage, les mines ont explosées provoquant la mort de 51 marins. Beaucoup de sont noyés dans le mazout. » L’épave, cassée en deux et retournée, repose sur 19 mètres de fonds, à seulement 800 mètres des côtes. Mais en septembre 2009, le sémaphore de Saint-Cast a signalé des irisations d’hydrocarbure sur l’eau. Un premier pompage de 20 tonnes a été aussitôt organisé, avant une deuxième opération un an plus tard. « Nous avons récupéré 90 tonnes cette fois-ci, relève Jean-Bernard Cerutti. Les bulles libérées par les plongeurs, très friand de cette épave accessible, ont décollé le mazout de la coque et formé un tapis qui poussait les réserves emprisonnées dans la coque. » Le Ceppol intervient sur les épaves jusqu’à 80 mètres de fond. « Mais il faut bien avoir en tête que ces épaves n’ont pas coulé dans des endroits accessibles et par eau claire ! rappelle Jean-Bernard Cerutti avec une pointe de légèreté. Nous plongeons donc par morte-eau pour avoir un minimum de courant et plutôt au début de l’automne pour ne pas alarmer les estivants. » Les plongeurs jouent également un rôle de vigie pour communiquer au Ceppol toute fuite sur une épave. Celles de la seconde guerre mondiale, notamment, sont sous haute-surveillance.
 


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