Roland Jourdain vise le vert sans greenwashing

Vendredi 5 juillet 2013 à 14h47

Le premier trimaran éco-conçu à partir de fibre de lin, de liège et de balsa a été baptisé jeudi à Concarneau. Il a été conçu par Kaïros, l’entreprise de Roland Jourdain, et le chantier breton Tricat.


crédits photo: DAMIEN MEYER / AFP

Le marin avance avec la plus grande prudence. Ainsi, il n’a pas souhaité mettre en avant son trimaran, mis à l’eau le 23 mai, avant les premiers essais en mer. Le premier bilan est largement positif puisque le bateau baptisé Gwalaz a bouclé un tour de Bretagne avec des pointes de vitesse à 19 nœuds. Mais le marin connaît trop bien les aléas techniques du large pour ne pas se méfier. Et par-dessus tout, Roland Jourdain craint les accusations de greenwashing. « Il y a du plus bio que bio à toutes les sauces, regrette-t-il. De notre côté, nous ne revendiquons pas une solution miracle. Nous souhaitons avant tout avancer pas à pas pour nous améliorer demain. » Voilà pourquoi son trimaran n’est pas qualifié de bio mais d’éco-conçu. « Notre objectif est d’impacter le moins possible », précise-t-il. Son équipe a choisi des matériaux issus de la biomasse pour s’affranchir des ressources fossiles et pour penser en amont aux filières de recyclage. Résultat : un voilier classique à l’extérieur et 100% vert à l’intérieur : fibre de lin pour remplacer la fibre de verre, liège et balsa. La résine est issue à 30% de molécules issues du colza. « A ma connaissance, un bateau avec autant de matériaux végétaux, ça n'existe pas dans le monde », observe Peter Davies, chercheur au Laboratoire comportement des structures en mer de l’Ifremer, partenaire de Kaïros. Actuellement, 95% de la flotte de plaisance française est conçue avec du plastique, les 5% restants avec du bois, de l'acier et de l'aluminium. « Ce département bio-composites, c'est une nouvelle passion, ça a un côté aventure de pionnier qui me plaît beaucoup », a commenté le navigateur.

 

Grimper l’échelle verte
 

« Mon goût pour l’écoconception, c’est quelque chose de profond et de lointain, assure Roland Jourdain. J’ai découvert la compétition par le goût du voyage et l’envie d’aller toujours plus loin et là j’ai vu l’état des océans. J’étais agacé qu’on me prenne comme témoin sans rien pouvoir faire. » Agacement aussi devant son chantier lors de l’élaboration de son dernier bateau. « Je me disais, c’est forcément lui qui pollue le plus dans un projet course au large », nous explique-t-il. Depuis, je sais qu’il y a des leviers plus faciles à optimiser comme l’énergie des bâtiments ou l’optimisation des déplacements. Je sais aussi que le bilan carbone d’un projet Vendée Globe sur trois ans, entraînements et sponsoring compris, ne dépasse pas celui d’un aller-retour Paris-New York en avion. Mais j’ai commencé à chercher des alternatives à notre bateau carbone. Je crois qu’on est allé trop vite dans un seul sens. » C’est finalement le désœuvrement de son responsable composite pendant ses navigations qui a déclenché les recherches de Kaïros. « Nous nous sommes dit que c’était le bon moment pour essayer des alternatives. » Là, Roland Jourdain retrouve l’émulation des débuts du composite, lorsqu’il fallait enchaîner les échantillons pour trouver la meilleure manière de tisser la fibre de carbone. « Le seul métier que je connais à part naviguer c’est construire des bateaux », rappelle Roland Jourdain. Le trimaran Gwalaz, dont la conception a coûté 110 000 euros, partira cet hiver aux îles Salomon, avec le trio Lost in the swell qui a mené le voilier pour son premier tour de Bretagne.

 

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