Attaque de requin : un cas isolé ?

Mardi 16 juillet 2013 à 10h08

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Une adolescente de 15 ans a été tuée lundi par un requin en baie de Saint-Paul sur l’île de la Réunion alors qu'elle se baignait à moins de cinq mètres du bord de plage. Bernard Séret, biologiste à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) a accepté de revenir avec nous sur cet accident et sur les risques d’attaques sur nos côtes.


Crédit photo : Aqua Planet Jeju / AFP

Figaro Nautisme : En général, les attaques de requins concernent plus les surfeurs que les nageurs. Ce genre d’attaque en bord de plage est-elle fréquente ?

 

Bernard Séret : Il faut faire attention car l’attaque de lundi est totalement différente de celles qui ont eu lieu généralement en zone récifale, entre Saint-Gilles et Saint-Pierre. La baie de Saint-Paul n’est pas loin de cette zone à vol d’oiseau mais elle est très différente d’un point de vue topographique. C’est une plage de sable noire qui descend très rapidement dans la mer et qui est dangereuse pour la baignade en soi à cause des rouleaux et aussi parce qu’il a toujours eu des requins à cet endroit. Le sable est meuble et s’effrite rapidement, le fond bouge. Tous les Réunionnais le savent et ne s’y aventurent quasiment jamais, même si la plage est sympa. D’ailleurs, on retrouve de nombreux témoignages remontant à plusieurs siècles sur la présence de requins dans cette zone. Et même si la ferme aquacole a fermé, les récepteurs montrent que des requins bouledogues y naviguent. En ce qui concerne l’accident d’hier, on ne sait pas si c’est un requin bouledogue ou un requin tigre qui a attaqué la jeune fille. Elle se baignait à une extrémité de la baie, du côté du cimetière marin. Il y a une petite ravine à cet endroit et même un écoulement d’égouts. Elle a dû s’y baigner par ignorance car ce n’est vraiment pas l’endroit où il fallait se baigner. Il n’y a pas de panneaux qui signalent le danger mais les locaux le savent, la présence de requins est dans toutes les mémoires. Mais encore une fois, même si c’est la même espèce de requins qui sévit dans la zone récifale, ce n’est pas le même type d’accident que ceux qui touchent les surfeurs.

 

Combien d’attaques de requins déplore-t-on dans le monde chaque année ?

On compte moins d’une centaine d’attaques de requins par an dans le monde. L’an dernier, il y a en a eu 80, dont une dizaine de cas mortels. On parle toujours de requins bouledogues ou de requins tigres mais il ne faut pas oublier le requin blanc, ainsi que d’autres espèces qui ont été impliquées dans des attaques. En général, c’est difficile de savoir quelle espèce est en cause car les victimes ont du mal à décrire leur agresseur.

 

Ce genre d’attaque est-il possible en Métropole ?

La majeure partie des cas concerne la Nouvelle-Calédonie et la Réunion et on en dénombre seulement quelques-uns dans les Caraïbes et à Mayotte. En Métropole, il y a eu deux cas en Méditerranée dans les années 50 mais ils sont très mal documentés donc le lien n’est pas avéré à 100%. Le risque n’est donc pas nul, mais la probabilité est très faible en ce qui concerne la Métropole. Une cinquantaine d’espèces de requins naviguent sur nos côtes, dont les requins de profondeurs. Le requin blanc est présent en Méditerranée ou sur la côte Atlantique. Le dernier requin blanc a été aperçu en Atlantique en 1973, mais on en a pêché un en Corse l’an dernier, alors qu’un autre a été vu vers Saint-Tropez. Et un requin tigre a été repéré vers Fort-Boyard en 2007. Ces zones sont encore poissonneuses donc il n’y a pas vraiment de raison que les requins s’attaquent à l’homme.

 

Justement, qu’est-ce qui pousse les requins à s’attaquer à l’homme ?

Quand le requin s’attaque à un homme, c’est par méprise, par accident. Un requin cherche à s’alimenter, il cherche une proie, pas à s’attaquer à l’homme. Un requin n’a pas de conscience, quand il voit quelque chose, il le mange. Il ne fait pas de différence entre un homme et un poisson, même s’il préfère les poissons qui constituent la base de son alimentation. Il évolue dans son milieu et joue son rôle de prédateur. L’homme est sûrement une proie plus facile pour le requin qu’un poisson, car il ne le détecte pas aisément, et le poisson peut s’échapper plus rapidement.

 

Quelle est la cause de mortalité principale suite à une attaque de requin ?

La jeune fille a eu tout le bas du corps sectionné. En général, la principale cause de mortalité est l’hémorragie. Parfois, le requin ne fait que mordre l’homme mais la morsure peut sectionner une artère, ce qui créé une hémorragie qui cause la mort en une dizaine de secondes. A l’échelle mondiale, le nombre d’attaques a augmenté mais la mortalité a baissé grâce à un meilleur traitement des victimes. Si aucune artère n’est sectionnée, c’est beaucoup moins grave.

 

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