Requins : polémique à La Réunion après la publication d’une note interne

Mercredi 24 juillet 2013 à 12h19

Une note interne de la mairie de Saint-Paul, datant de 2008, souligne que les élus ont préféré ne pas prendre de mesures d’information permanente à l’attention des usagers pour ne pas risquer une psychose. Un document qui relance la polémique sur la gestion du risque requin.


crédits photo: Richard Bouhet / AFP

En 2008, les sauveteurs en mer avaient alerté la mairie de Saint-Paul sur le risque d’attaques de requins, comme le révèle une note interne, diffusée sur la page Facebook de l’association Irreverseables. Mais la municipalité avait alors choisi de ne pas mettre en place de mesures d’alerte susceptibles d’alimenter la psychose du danger requin. Le directeur de la sécurité expliquait par ce document avoir saisi le sous-préfet. Celui-ci aurait répondu que « la mise en œuvre d’un plan d’alerte départemental serait susceptible d’alimenter la psychose du danger requin alors que le risque demeure faible et qu’il appartient au Maire de prendre les mesures adéquates de police des baignades dans sa zone de responsabilité ». La municipalité de Saint-Paul avait alors décidé de ne pas mettre en place de plan d’information permanent sur les attaques de requins. "Lʼinformation au public dans ces situations doit rester particulièrement mesurée et en aucun cas alarmiste", précisait la note. 

Lors d’une conférence de presse organisée ce mardi soir par la mairie, les élus ont dénoncé la diffusion d'un document sorti de son contexte et parachuté après les récentes attaques. "La note interne en question a été motivée par la demande d'un maître-nageur qui se demandait quelles étaient ses responsabilités en voyant un surfeur évoluer dans une eau boueuse, nous explique Emmanuel Seraphin, adjoint au maire de Saint-Paul. Nous savions bien sûr depuis longtemps qu'une eau boueuse est risquée. Mais nous n'étions pas encore dans la gestion active du risque". Avant 2010, une quinzaine d’attaques mortelles avaient été déplorées en trente ans alors que l’attaque de l’adolescente le 15 juillet dernier était la onzième en deux ans, la cinquième attaque mortelle et la première visant un baigneur. Toutefois, les requins se rapprochaient déjà des côtes et les Réunionnais avaient affronté deux attaques en 2006, dont une mortelle. "Ce n'est que deux ans après la note interne, en 2011, que la situation a totalement changé pour nous avec six attaques la même année dont une mortelle, précise Emmanuel Seraphin. Alors nous avons saisi les acteurs concernés et nous avons réalisé qu'il y avait très peu d'informations sur la présence des requins. Pourtant les zones économiques exclusives (ZEE) de la France dans l'océan Indien sont plus étendues que la Méditerranée !" A partir d'octobre 2011, la municipalité a mis en place des drapeaux de couleur orange, lorsque les conditions favorisent la présence de requins, et rouge, lorsque la présence d'un squale est avérée. "Nous avons mis en place des filets en profondeur pour repousser les requins bouledogues", ajoute l'élu. La mairie a également testé les vigies sous-marines.

 

Les requins comme sonnette d’alarme d’un écosystème en danger

 

La diffusion de la note interne de la mairie de Saint-Paul a relancé la polémique sur la gestion du risque requin. Pour l’association de protection des océans Sea Shepherd, « ces accidents sont révélateurs d’un déséquilibre de l’écosystème marin local. Ils en sont les symptômes, ils n’en sont pas la cause. » L’ONG évoque une île malade de la pollution, de son urbanisation anarchique et un récif corallien à l’agonie. « C'est sur tout cela que l’Etat doit travailler en parallèle d'un large plan d'information et de sensibilisation à l'adresse des usagers de la mer », martèle l’association. Sea Shepherd refuse les battues de requins qu’elle qualifié de « mesures triviales et contreproductives » et assure que "l'ile qui tue les requins pour les loisirs nautiques" n'a pas meilleure presse que "l'ile aux accidents de requins". Les requins bouledogue impliqués dans les attaques ne sont plus pêchés depuis 1999 en raison d’une toxine dans la chair de certains individus.
Le plan renforcé contre le risque de requin à la Réunion, annoncé par le gouvenement après l’attaque du 15 juillet dernier, présente une panoplie de mesures pour amplifier les actions mises en place et chercher d’autres pistes. Les mesures décidées concernent la prévention opérationnelle par le recours à des technologies innovantes comme des sonars embarqués, l’évaluation du dispositif vigie-requin, l’amélioration des connaissances scientifiques, mais aussi des mesures de gestion raisonnée des stocks de requins en lien avec la réserve naturelle marine.

 

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