"Les noyades arrivent aussi par mer calme"

Mardi 30 juillet 2013 à 10h37

Laurent Sagnimorte est responsable des sauveteurs en mer de Palavas-Les-Flots, Villeneuve-les-Maguelonne et Mauguio-Carnon depuis 1994. Il revient pour nous sur les événements du week-end.


Photo d'illustration. Crédits photo: AFP

Sept personnes ont péri par noyade ce dimanche sur le littoral de l’Hérault, alors que les conditions étaient jugées dangereuses par les sauveteurs. La préfecture avait mis en garde dès vendredi contre les risques de noyade en raison d’un vent venu du large, provoquant une mer formée et de forts courants, et les sauveteurs encadrés par Laurent Sagnimorte ont effectué 77 assistances à baigneurs pour la seule journée de samedi . « Nous n’avions pas eu de décès depuis quatre ans sur notre zone de 15 kilomètres en face de Montpellier et depuis ce week-end, nous en déplorons deux, explique Laurent Sagnimorte. Malheureusement, ces victimes nageaient en dehors des heures de baignade (tôt le matin) ou hors des zones surveillées. » Le sauveteur ne comprend pas les baigneurs qui ne profitent pas des dispositifs de surveillance pris en charge par les municipalités. « Notre région se présente comme une plage infinie donc il est impossible de tout surveiller, précise-t-il. Mais nous garantissons une assistance dans la minute sur notre zone de surveillance. Pourquoi n’en profitent-ils pas ? » Depuis dimanche, Laurent Sagnimorte le demande à tous les médias qui lui tendent leur micro. Et ils sont nombreux ! « Une télévision a même fait un direct de nuit, sur la plage, à 23 heures passées ! » rapporte-t-il encore tout étonné par la mobilisation médiatique. Mais le secouriste veut profiter de cette mise en lumière pour rappeler que les noyades arrivent également par mer calme. La noyade primaire - celle qui se remarque le plus car elle est précédée de cris, de gestes, d’appels au secours - survient quand le baigneur a une incapacité technique ou quand un bon nageur s’épuise dans les vagues ou les courants. Mais il y a aussi la noyade secondaire, liée à un malaise quelconque, hypoglycémie ou épilepsie, et beaucoup plus silencieuse. Celle-ci n’est pas liée aux conditions de mer.

 

Les baigneurs sont-ils tête brûlée ?

 

Laurent Sagnimorte a entendu les témoignages de sauveteurs qui avaient l’impression de ne pas être écoutés par les vacanciers mais il ne partage pas tout à fait cette analyse. « Nos plages sont très chargées en cette saison et l’eau était à 27°C, ce qui la rendait forcément très tentante, rappelle-t-il. Alors on a toujours l’impression de faire la même chose car quand on sort vingt personnes de l’eau, vingt autres baigneurs plongent aussitôt. » Mais le sauveteur assure qu’une bonne explication permet de faire comprendre les dangers aux estivants. « Je pense aussi qu’il faut faire attention avec les drapeaux. Si on hisse le drapeau rouge pour trois vaguelettes, on perd en crédibilité et cela est perçu comme une privation de liberté, explique-t-il. Après, il faut aussi rappeler la signification des drapeaux. Le jaune signifie déjà que la baignade est dangereuse donc si on n’est pas un bon baigneur, on n’y va pas. Pareil pour les personnes fragiles et les jeunes enfants. Le rouge signifie que les sauveteurs ne sont plus en capacité d’assurer la sécurité. » En ce début de semaine, le vent du large a été remplacé par un régime de Tramontane, donc de vent de terre. La mer est moins formée mais recèle toujours des dangers. En effet, les engins de plage sont rapidement emportés vers le large et les baigneurs ont tendance à se jeter à l’eau pour regagner la rive à la nage sans toujours réaliser la distance à effectuer. « Nous devons intervenir avant qu’ils partent à la nage », explique Laurent Sagnimorte qui ne quitte pas les baigneurs des yeux, du matin au soir. « J’ai l’impression de me rendre utile », lâche-t-il simplement.

 

LIRE AUSSI:

6.000 vies sauvées chaque année par la SNSM

Un nouveau venu à la tête des Saint-Bernard de la mer

 


SERVICE:
Toutes les prévisions météo du littoral et en mer pour la France par téléphone au 3201*.
Toutes les prévisions météo de vos voyages et vos navigations à l'étranger au 3264**.
Recevez la newsletter
tous les jeudis
* 3201 : Prévisions pour la France - 2,99€ par appel   ** 3264 : Prévisions pour le Monde - 2,99€ par appel
Fermer
Recevez chaque jeudi les coups de coeur de la rédaction