« L'Hermione » met les voiles

Vendredi 2 août 2013 à 15h20

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Lancée en 1997, la reconstitution historique de «L'Hermione», une frégate du XVIIIe siècle, touche bientôt à sa fin. En 2015, le navire devrait quitter Rochefort avec un équipage de volontaires pour rejoindre les côtes américaines, sur les traces de La Fayette.


La Chaîne Météo - «L'Hermione» en majesté. Le navire de 65 m de long culmine désormais à 47 m de haut, soit la hauteur d'un immeuble de 16 étages. Il portera bientôt 2 200 m2 de voilure. Au total, plus de 400 000 pièces de bois et de métal ont été assemblées à Rochefort pour construire la frégate. Un gigantesque puzzle. Crédit photo: Francis Latreille

«Engagez-vous, vous verrez du pays.» Si nous étions encore au XVIIIe siècle, au temps de la terrible presse qui raflait les vagabonds et les marins en goguette pour armer les vaisseaux du roi, traîner la nuit sur les quais de Rochefort ou s'enivrer dans ses tavernes à la lueur de mauvaises chandelles serait des plus risqué. La réplique de L'Hermione, la frégate de La Fayette, en chantier depuis 1997 dans l'arsenal de la ville, est en phase d'achèvement. Mais elle cherche dès à présent des équipiers, et ses sergents recruteurs sont en chasse. «A bord, tout ou presque fonctionne comme à l'époque des Lumières et tout se fait à la main. C'est un travail épuisant et très gourmand en hommes! Il nous faut des volontaires, lance en souriant Yann Cariou, son capitaine. Les candidats devront donc être en bonne condition physique et, surtout, capables de monter à 45 mètres dans la mâture sans avoir le vertige, même par gros temps.»A terme, l'association Hermione-La Fayette, à l'origine du projet, espère recruter 200 marins suffisamment motivés et passionnés pour traverser l'Atlantique à son bord en 2015 et rejoindre les côtes américaines, où la frégate est déjà très attendue.

 

Un équipage de 79 marins à l'assaut de l'Atlantique

La candidature est ouverte à tous, de 18 à 60 ans, sans distinction de sexe ou de nationalité. L'équipage, relayé en fonction des escales, comptera à chaque fois 79 personnes, dont 17 marins professionnels, 54 volontaires et 8 invités. «Adieu le port de Rochefort, demain, je mets les voiles. Et si le vent souffle assez fort, nous prendrons de la toile. Après quinze années de chantier, bravo les charpentiers», pourront ainsi chanter les heureux élus. De fait, le navire qui porte enfin, depuis le 15 juin dernier, l'intégralité de sa mâture, a plutôt fière allure. Une opération difficile et très technique pilotée par Jens Langert, le maître gréeur, avec l'aide d'une quinzaine de personnes, artisans du chantier et volontaires.Si la reconstitution historique de L'Hermione est aujourd'hui pratiquement achevée, le travail n'est pas encore fini. Il reste ainsi à terminer les dernières voiles, à poser le gréement courant, soit 16 kilomètres de cordages, et à mettre en place les aménagements contemporains: groupes électrogènes, cuves de récupération des eaux usées, éléments de sécurité à bord, cuisine et informatique... Pour que la frégate puisse naviguer en toute sécurité, elle a été motorisée, et les premiers essais en mer devraient avoir lieu à l'automne 2014, dans la foulée des stages de formation et d'entraînement de l'équipage.

 

Un pari fou lancé par une poignée de passionnés

Pour rebâtir le navire dont La Fayette avait fait un symbole de liberté dans l'Europe du XVIIIe siècle, l'association Hermione-La Fayette a dû tout réapprendre, depuis les gestes des charpentiers jusqu'à la restitution des plans d'origine. Une gageure et un pari fou lancés au départ par quelques amoureux du patrimoine maritime, regroupés principalement autour de la ville de Rochefort, d'Erik Orsenna, puis de Benedict Donnelly, le président de l'association. Une frégate du type de L'Hermione est composée de plus de 400 000 pièces. L'une des principales difficultés rencontrées par l'association, en plus du financement du coût total de la construction (25 millions d'euros), a été l'approvisionnement en bois, et notamment en arbres courbes, pour réaliser les éléments essentiels du navire. Pour y parvenir, 2 000 chênes, sélectionnés dans les forêts françaises, ont été utilisés. «A l'époque, la construction d'un tel navire prenait en moyenne six mois, mais il nous aura fallu plus de quinze ans, explique Benedict Donnelly. Maintenant, nous pouvons enfin voir L'Hermione telle qu'elle était. C'est bientôt la fin d'un incroyable chantier qui a mobilisé des centaines de compagnons et d'artisans, et le début d'une nouvelle histoire. Mais nous avons encore besoin d'aide si nous voulons quitter Rochefort en 2015.» A la mi-juin, l'association avait réussi à obtenir des garanties fermes pour financer plus de 40 % du budget du voyage de quatre mois en Amérique, évalué à 3 millions d'euros. «Nous mobilisons actuellement toutes nos forces, assure Benedict Donnelly. C'est une course contre la montre qui vient de commencer. L'enjeu est considérable, car si nous ne parvenons pas à boucler notre budget, nous serons contraints de retarder notre départ.»Au risque de mettre en péril la conclusion d'un projet hors du commun, qui a su attirer à lui plus de 3,5 millions de visiteurs depuis son lancement. Et rassembler toute une ville.


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