Qui veut adopter une méduse ?

Dimanche 4 août 2013 à 05h56

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Elles défraient la chronique sur les plages estivales où elles s’échouent en banc, piquant au passage quelques baigneurs. Mais les méduses peuvent aussi devenir des animaux de compagnie.


crédits photo: Stefan Sauer AFP

« La méduse Aurelia, c’est un peu le poisson rouge des aquariums », nous explique Nicolas Cagnon, biologiste marin dans un aquarium public, la Cité de la mer de Cherbourg, depuis plus de dix ans. Cette méduse est un animal rustique qui accepte de baigner dans une eau à 7 comme à 30°C. Dans la nature, on les trouve aux quatre coins du monde, sur les plages normandes comme sous les tropiques, et il n’y a que les eaux polaires que les Aurelia fuient. Même les salons des particuliers abritent désormais quelques individus. « L’idée nous est venue en observant les visiteurs sur notre lieu de travail, raconte Nicolas Cagnon, co-fondateur de Jellyfish concept. Ils étaient scotchés aux aquariums des méduses alors qu’ils passaient rapidement devant ceux des poissons. » Ces animaux tant redoutés sur les littoraux provoquent toujours un petit frisson à leur évocation mais les Aurelia ne sont pas dangereuses pour l’homme. Les cellules urticantes de la méduse Aurelia sont de véritables lance-harpons miniatures, qui lui servent à maîtriser ses proies - petits crustacés et jeunes alevins de poissons – mais l’homme n’est pas sensible à ce venin. « Si vous ne souffrez pas d’allergie, vous pouvez même les prendre à la main », assure Nicolas Cagnon, chargé de l’élevage des méduses pour la Cité de la mer depuis 2003. Le biologiste évoque également l’attrait mystique de ces animaux hors du commun et sauvages : personne ne les avait encore élevés pour l’agrément des particuliers. Pas même l’entreprise américaine, Jelly Fish Art, qui a vendu les premiers aquariums pour méduses en 2011. « Avant la création de notre entreprise, ces entrepreneurs allaient pêcher les méduses pour les particuliers. Quand nous nous sommes lancés, ils nous ont donc acheté nos premières méduses », remarque Nicolas Cagnon. Depuis un an, les deux biologistes ont vendu une centaine de méduses à 35 euros l’unité.

 

Un animal millénaire pour une ornementation de salon

 

Les méduses Aurelia ressemblent plus à des animaux de décoration qu’à des animaux de compagnie. En effet, ces formes de vie primitives ne disposent pas de cerveau et ne sont donc pas capables d’interagir avec les hommes. En revanche, le spectacle de leur évolution au sein d’un aquarium est très relaxant. Ces méduses d’un blanc-bleuté translucide changent de couleur en fonction de la lumière et nagent en contractant leur ombrelle pour en faire sortir l’eau. Elles semblent flotter dans leur aquarium. Dans la nature, la méduse est incapable de se déplacer d’un endroit à l’autre, évoluant juste de haut en bas pour se nourrir de plancton ; elle se laisse  porter au gré des courants. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les méduses ne sont pas plus difficiles à garder en aquarium que les poissons », assure Nicolas Cagnon. Dans la nature, les méduses sont souvent les seuls animaux à vivre dans les eaux portuaires polluées. « Ce n’est pas qu’elles aiment ces conditions, avertit la biologiste de l’Institut méditerranéen d’océanologie, Delphine Thibault-Botha. Mais elles sont dépendantes des courants et ne peuvent quitter les eaux polluées. Et ce qui est certain c’est qu’elles tolèrent la pollution (qui fait baisser le taux d’oxygène dans l’eau, ndlr), contrairement aux poissons qui fuient ces zones. » Pourtant, le co-fondateur de Jellyfish concept conseille de filtrer l’eau du robinet avant de l’utiliser pour un aquarium. « Il faut ensuite y ajouter du sel spécialement conçu pour les méduses », explique Nicolas Cagnon. Dans la nature, les méduses sont capables de manger six fois leur poids par jour mais, pour l’élevage en aquarium, il est possible de ne les nourrir que trois à quatre fois par semaine. « Si les méduses ne mangent pas assez, elles rétrécissent », alerte Nicolas Cagnon. Au menu des méduses, le biologiste normand conseille de leur donner du plancton vivant, à élever en parallèle. « Si le plancton est inerte, il tombe au fond et la méduse ne peut pas aller le récupérer, précise-t-il. « Et le plancton mort est moins riche en vitamines et acides gras essentiels. C’est un peu le même conseil que lorsqu’on dit que les hommes doivent manger des fruits et légumes frais ! » En dépannage, il existe tout de même de la pâte à plancton. Enfin, côté habitation, les méduses ne peuvent pas être hébergées dans des aquariums à poissons sous peine d’être happées par les systèmes de filtration d’eau ou de rester coincées dans les coins. Des aquariums spéciaux, lancés par Jelly Fish Art, ont donc été inventés, avec un courant qui permet aux méduses de flotter paisiblement au centre du bocal. A l’intérieur, il est possible d’élever un grand nombre d'individus puisque les méduses vivent en groupe dans la nature. Mais leur prix et surtout leur durée de vie continue à rebuter les aquariophiles confirmés. « Une méduse vit un an, elle se développe au fil des quatre saisons puis elle disparaît », détaille le biologiste normand. Les novices sont donc les principaux clients de Jellyfish concept. Les deux entrepreneurs, qui ne se dégagent pas encore de salaire, cherchent maintenant à héberger d’autres espèces, exclusivement tropicales cette fois. Les biologistes ont récupéré des souches reproductrices et cherchent maintenant à élaborer un nouveau protocole d’élevage. Mais attention, ces nouvelles méduses seront beaucoup plus piquantes.

 

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