Le phoque qui n’aimait pas les siens

Mercredi 7 août 2013 à 12h03

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L’estuaire de la Rance, entre Dinard et Saint-Malo, héberge une femelle phoque, appelée L9 pour les scientifiques et dotée de mille surnoms par les humains qu’elle côtoie beaucoup.


Un phoque fait un somme. Crédits photo: Patrick Stollarz

Elle se dore au soleil sur une cale à deux pas des vacanciers, pique un somme dans un bateau ou sur une planche à voile, et se laisse approcher par des enfants parfois bruyants. L9 n’a pas peur des hommes car ce sont eux qui l’ont nourrie lorsqu’elle a été séparée de sa mère il y a maintenant treize ans. « Quand nous l’avons recueillie, elle avait encore son cordon ombilical, se souvient Christine Dumas, chef d’équipe mammifères marins à Océanopolis. Elle n’avait que quelques jours. » La petite avait été retrouvée à Granville, non loin de la colonie de phoques de la baie du Mont Saint-Michel. « Nous l’avons sevrée en la nourrissant pendant cinq mois, explique la scientifique, puis nous l’avons relâchée dans la baie du Mont Saint-Michel en décembre 2000. » Mais le phoque ne rejoint pas la colonie, indifférent aux siens ou rejeté par les membres du groupe. Il décide donc de s’éloigner seul vers l’ouest.

 

 

Un havre de paix parmi les hommes

 

 

Le phoque passe alors le barrage de la Rance et se retrouve dans l’estuaire, là où le fleuve est encore maritime, rythmé par les marées qui repoussent les eaux douces. L9 y trouve des bars, mulets et crustacés, ses mets préférés, mais aussi des humains, fascinés par cet animal sauvage mais pas farouche. « Nous l’avons récupérée un peu plus d’an plus tard pour la rapprocher de ses congénères au Mont Saint-Michel mais elle est tout de suite revenue dans la Rance », précise Christine Dumas. Elle n’aura pas tenu une semaine loin de son fleuve. « « Malheureusement, elle n’a pas eu d’échange avec d’autres veaux marins pendant les cinq premiers mois de sa vie car elle était notre seule pensionnaire, explique Christine Dumas avec regret. Ensuite, elle aurait pu se rapprocher de ses congénères si les contacts avec les hommes s'étaient arrêtés après sa sortie du centre… Mais désormais elle est trop imprégnée par l’homme. » La demoiselle est devenue une dame mais les quelques congénères venus lui rendre visite l’ont laissée indifférente. « Si elle avait mis bas, nous l’aurions su », assure la scientifique qui craint que cet animal ne puisse jamais se reproduire.

 


Un événement fondateur

 

 

Après avoir analysé le parcours de L9, Océanopolis et les centres de soins pour mammifères marins ont décidé de plus accueillir de jeune phoque sans autre pensionnaire. « Nous préférons les envoyer dans un autre centre qui accueille plusieurs veaux marins, précise Christine Dumas. Les centres sont uniquement là pour leur donner un coup de pouce. » Dans le même temps, la loi a évolué pour mieux protéger les mammifères marins. Depuis 2012, une circulaire élargit la notion de protection : en plus de la chasse et de la capture, le dérangement est également interdit. « Il faut le dire : les interactions entre ces mammifères et les hommes intéressent les seconds mais n’ont aucun intérêt pour les animaux », insiste Christine Dumas. L’homme risque aussi de subir les sévères morsures d’un phoque qui se sentirait menacé. Mais dans les faits, l'acte de dérangement est difficile à prouver. « Par exemple, il ne faut absolument pas mettre à l’eau un phoque qui se repose, détaille la scientifique. Car si je viens vous réveiller toutes les nuits, vous allez rapidement devenir plus faible et perdre vos défenses immunitaires pour lutter contre les maladies. C’est pareil pour les phoques. » Les scientifiques concentrent donc tous leurs efforts sur la prévention pour sensibiliser les hommes, qui dans l’ensemble ne veulent que du bien aux phoques.


 

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