Instance de divorce entre les phoques et les pêcheurs

Jeudi 8 août 2013 à 17h05

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Les phoques ont pris leurs aises en Baie de Somme où 600 individus ont été observés mais les pêcheurs apprécient de moins en moins ces gourmands mammifères. Ils ont sollicité les autorités pour demander leur régulation.


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C’est un conflit qui rappelle celui qui oppose les éleveurs aux défenseurs des loups en forêt : les pêcheurs demandent des quotas de phoques qui permettraient la survie des activités de pêche traditionnelle. Leur collectif, créé en mai dernier, est dirigé par le responsable d’une association de pêcheurs à pieds, Fabrice Gosselin, mais ce dernier assure avoir le soutien des professionnels de la pêche. Il a d’abord demandé le déplacement des individus en surnombre – jugé peu efficace par les associations comme Picardie Nature qui soulignent que les animaux déplacés peuvent rapidement revenir – avant d’évoquer une élimination pure et simple de certains individus. « En Grande-Bretagne, pour une population de 140.000 phoques, on en élimine de 4.000 à 8.000 par an depuis 1992 », avance Fabrice Gosselin. Les pêcheurs assurent que les poissons plats comme la sole, le carrelet ou la limande ont diminué au fur et à mesure de l’augmentation des colonies de phoques, mammifères très gourmands qui consomment plusieurs kilos de poissons chaque jour. Ils leurs reprochent aussi d’abîmer leurs filets de pêche et craignent un comportement violent des animaux. Mais leur proposition d’éliminer une partie des phoques, espèce protégée, a mis le feu aux poudres : Brigitte Bardot a tonné « Tant que je vivrai (…) personne ne touchera aux phoques de France » et le président du collectif a demandé une entrevue au ministre de la Mer, Frédéric Cuvillier.

 

Un juste retour des choses

 

Il est certain que les phoques de la Baie de Somme sont plus nombreux depuis une décennie. A force d'être chassés pour leur graisse, leur chair et leur peau, le phoque gris et le veau marin avaient pratiquement disparu des parages picards et flamands jusque dans les années 70, avant qu’un virus ne les décime à la fin des années 80. Mais les phoques sont petit à petit revenus et Christine Dumas, responsable de l’équipe des mammifères marins à Océanopolis, refuse de parler de prolifération. « C’est un juste retour des choses, assure-t-elle. Ces animaux ont tellement été chassés, quasi exterminés au début du XXème siècle. Aujourd’hui, ils reviennent tranquillement. Il n’y a pas eu de réintroduction, juste des moyens de protection. » Elle explique que ces animaux nomades reviennent naturellement aux endroits où ils vivaient avant. « Et leur population s’autorégule, assure la scientifique. Je pense qu’il s’agit plutôt d’un problème de surexploitation du milieu de la pêche. Les phoques, ils étaient là avant et ce n’est pas une espèce invasive » Christine Dumas refuse aussi l’argument des pêcheurs qui accusent les phoques de décimer leurs ressources. « Des études ont été réalisées sur le régime alimentaire des phoques et nous avons constaté qu’ils mangeaient très peu de proies commerciales comme le bar ou la lotte, explique-t-elle. Ils préfèrent des poissons peu attractifs pour les pêcheurs comme la vieille. » La spécialiste n’a pas non plus connaissance de comportement violent en Baie de Somme. « Ces animaux sauvages ont peur de nous et nous voient plus comme une menace qu’autre chose », assure-t-elle.

 

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