La mise à mort de 90 requins met le feu aux poudres

Vendredi 16 août 2013 à 17h27

Cet été, le préfet a décidé d’autoriser la pêche de 45 requins bouledogues et 45 requins tigres. Une décision qualifiée de « chasse aux sorcières » par les écologistes, unis par la colère.  


Un requin tigre. Crédits photo: AFP

Cette semaine, le conseil d’Etat a confirmé et renforcé l’injonction prononcée par le tribunal administratif de Saint-Denis de la Réunion le 19 juillet dernier sur le risque d'attaques de requins. «Les mesures prises jusqu'à présent ont été insuffisantes pour empêcher la multiplication récente des attaques», souligne l'ordonnance du conseil d’État. La préfecture doit donc mieux informer les résidents et les touristes de l'île par une signalisation adaptée. Mais ce qui inquiète le plus les associations écologistes, c'est le volet concernant les mesures de prélevements. Le préfet a annoncé une deuxième vague de pêche portant sur 90 requins, dont 45 bouledogues et 45 tigres. La première initiative, à l’été 2012, ne portait que sur 20 individus. Les requins, qui n’appartiennent pas à une espèce protégée, pourront être capturés dans la réserve marine et dans la bande des 300 mètres.

 

La pêche aux requins, entre répulsion et désintérêt

 

C'est hors de question pour les quatre associations auteurs d’un manifeste demandant à la préfecture de revoir sa copie. Sea Shepherd, Longitude 181, Requin intégration Réunion et la Fondation Brigitte-Bardot parlent de catastrophe. « Aujourd’hui, la raison a perdu tout droit de cité et nous assistons à un véritable hold-up sur ce dossier qui nous concerne tous mais qui a été phagocyté par une poignée d'individus, peu représentatifs de la population réunionnaise », regrettent les associations qui rappellent que le préfet a lui-même concédé ne pas savoir où il allait. « Certes la régulation se fait à tâtons, avait concédé Jean-Luc Marx lors de la présentation du plan. Est-ce une raison pour ne pas la faire alors qu'on est confronté à un risque très fort ? » Les associations assurent de leur côté que les prélèvements ne règleront pas le problème des attaques; un seul individu suffisant à créer la terreur sur les plages. « La chasse aux requins relève donc de l'offrande sacrificielle sur l'autel du clientélisme, ce qui autorise à s'interroger sur le réel développement de notre société dite civilisée », accusent-elles. Les associations évoquent une « pêche lucrative pour les heureux élus » mais ces derniers, les pêcheurs, n’ont pas le même avis. La pêche des requins tigres et bouledogues, sans subvention, ne serait pas rentable en raison d’un prix de vente à 1 ou 2 euros le kilo pour le requin bouledogue et d’une logistique trop lourde pour l’export vers l’Asie. De plus, le poisson tigre est interdit à la consommation depuis 2009 en raison de la toxine ciguatera. Mais la seule étude sur le sujet, assurant que la toxine était responsable de 77% des intoxications d’origine marine entre 1986 et 2001, date de plus de dix ans . Depuis plus d’un an, les autorités cherchent donc à savoir si cette étude est toujours valable. Malgré tout, nombre de poissonniers assurent que les Réunionnais ne mangeront pas ces requins si l’interdiction était levée en raison de leur réputation de mangeur d’homme. Actuellement, un pêcheur accrédité pour la pêche aux requins touche de 50 à 70 euros pour plusieurs heures en mer.


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