La géolocalisation au secours des baleines

Lundi 21 octobre 2013 à 13h50

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La géolocalisation arrive à la rescousse pour préserver les cétacés de Méditerranée, victimes du trafic maritime. Les armateurs ont annoncé leur volonté d'équiper tous les bateaux battant pavillon français dans la zone.


Crédits photo: AFP

Il est toujours délicat pour un armateur de gérer l’impressionnant spectacle de son bateau arrivant au port avec une baleine coincée à la proue. Et pourtant ces événements ne sont pas rares. « Une à deux collisions fatales aux cétacés sont recensées chaque année en Méditerranée nord-orientale », rapporte Pascal Mayol, président de l’association Souffleurs d’écume. De 16 à 20% des baleines retrouvées mortes ont été tuées à la suite d'une collision et beaucoup d’individus vivants présentent des traces d’accident. C’est ainsi le cas d’un rorqual d’une vingtaine de mètres, habitué du sanctuaire Pelagos entre la France et l’Italie et profondément blessé, il y a quelques années, par le tranchant d’une hélice. « Mais ces chiffres sont en deçà de la réalité puisqu’ils ne comptent que les carcasses ramenées au port sur le bulbe d’étrave », avertit Pascal Mayol. Une situation rare car les collisions sont rarement frontales et le bulbe d'étrave crée un courant qui écarte l'animal touché. L’association Souffleurs d’écume a donc mis au point Repcet, un système de partage en temps réel des positions des cétacés, à partir des bateaux de commerce. Le système fournit une cartographie des alertes, grâce à un serveur situé à terre qui centralise les données, et les transmet par satellite aux navires concernés. A la passerelle, les équipages, formés en amont à l'école de la marine marchande de Marseille, bénéficient donc de la position des cétacés mais aussi de leur déplacement. "Le système est simple d'utilisation et c'est important car on demande du travail en plus aux équipages", apprécie Eric Banel, délégué général d'Armateurs de France. 

Repcet est actuellement testé dans les eaux du sanctuaire Pelagos et utilisé par dix navires de commerce - ceux des compagnies la Méridionale, SNCM, Orange Marine, Gazocéan, Maritima – et un voilier privé utilisé à des fins scientifiques."Notre objectif est de l'adopter sur tous les navires battant pavillon français et traversant le sanctuaire Pelagos, assure Eric Banel. Nous tablons donc sur une quinzaine de bateaux évoluant de manière régulière dans la zone puis une cinquantaine en comptant les navires de fréquentation occasionnelle." En l’absence de réglementation internationale, l’engagement des armateurs est une démarche volontaire. " Je vois trois arguments pour l’équipements des bateaux, avance le président de Souffleurs d’écume. Le premier est d’ordre philosophique : je suis persuadé que les marins ont envie de faire leur boulot en respectant le milieu qu’ils exploitent. D’un point de vie pratique, la répercussion du cadavre de baleine sur le bulbe d’étrave du bateau n’est pas géniale face à la couverture médiatique très soutenue de ce type d’événement. Enfin, cet engagement permet de concrétiser une volonté environnementale. Les compagnies disposent d’un film à diffuser auprès de leurs passagers dans le cas des car-ferries." Le représentant d'Armateurs de France insiste sur un engagement fort mené par les armateurs malgré un poids économique certain dans un secteur très concurrentiel. "Le coût de fonctionnement pour un navire de type SNCM est de 300 euros par mois", précise Eric Banel. Armateurs de France est actuellement en négociation avec l'Italie, autre acteur du sanctuaire Pelagos, pour étendre le système Repcet. "Je suis assez confiant concernant cette négociation", assure le responsable.

 

Une faille en vue ?

 

Le seul danger du système Repcet serait une récupération des informations pour une pratique excessive de whale watching. « Nous savons que les car-ferries ne se dérouteront pas pour aller voir une baleine car ils ont des horaires à tenir, analyse le président de Souffleurs d’écume. Et je ne veux pas non plus diaboliser les opérateurs de whale watching. D’une part, s’ils pratiquent cette activité c’est qu’ils sont passionnés et, d’autre part, la santé économique de leurs entreprises dépend très directement de la bonne santé des cétacés. » Il y a trente opérateurs qui pratiquent l’observation des baleines en France. « Nous en avons déjà formé 15 au sanctuaire Pelagos en avril 2012, rappelle Pascal Mayol. L’objectif est de leur décerner un label lié au respect des cétacés. » Souffleurs d’écume met également au point une application smartphone pour que les observateurs puissent communiquer les positions, sans avoir en retour les données communiquées par des tiers.

 

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