Super Typhon : doit-on incriminer le réchauffement climatique ?

Jeudi 14 novembre 2013 à 11h29

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La violence historique du super typhon Haiyan interroge les scientifiques. Y a-t-il un lien avec le changement climatique ? Un débat d’une vive actualité alors que l’ONU tient sa 19e conférence sur le réchauffement climatique jusque vendredi à Varsovie.


Typhon Haiyan, 7 novembre 2013. Crédits photo: Nasa-Modis

Le typhon Haiyan est désormais classé comme étant le plus puissant de l’histoire contemporaine à avoir touché terre. Il a atteint l’équivalent de la catégorie maximale de l’échelle internationale de Saffir Simpson, qui compte cinq niveaux. Et il a conservé sa puissance de son entrée à sa sortie du territoire philippin, en générant des rafales à 315 km/h. Le vent a soufflé jusque 380 km/h au large. Haiyan figure donc au top 3 des plus puissants phénomènes cycloniques depuis le début des relevés météorologiques modernes. « Mais, bien que rares, de tels monstres climatiques se sont déjà produits, rappelle Régis Crépet, prévisionniste pour Météoconsult. Nous pouvons citer le typhon Nancy dans le nord-ouest du Pacifique en 1961, l’ouragan Camille en 1969 au Mississippi ou encore le typhon Tip en 1979. La rafale de vent la plus violente, hors tornade, aurait été mesurée à 408 km/h. C’était lors du passage du cyclone Olivia le 10 avril 1996, sur la pointe nord-ouest de l’Australie, en bordure de l’océan Indien. Il ne s’agit donc pas d’une nouveauté. »

 

Manque de recul


Les climatologues n’ont pas établi de lien formel entre les cyclones et le réchauffement climatique mais ils s’attendent à des phénomènes de plus en plus violents, liés à la montée de la température des océans. Une anomalie chaude de 2 à 3 degrés a été relevée cette saison dans le Pacifique. Mais les scientifiques expliquent d’emblée manquer de recul. L’étude des cyclones manque cruellement de « bases de données assez homogènes car il n’y avait pas de satellites avant les années 70 », fait remarquer Fabrice Chauvin, chercheur au Centre national de recherches météorologiques, à Toulouse. Les scientifiques nourrissent donc le débat avec beaucoup de prudence, souhaitant poursuivre les recherches sans céder à la facilité. Le dernier rapport partiel du Giec, publié en septembre 2013, a cependant convenu qu’il était "virtuellement certain que la surface supérieure de l'océan s'est réchauffée de 1971 à 2010". Ce réchauffement est évalué à environ 0,1 degré Celsius par décennie pour les 75 mètres proches de la surface, jusqu'à 0,015°C à moins 700m. Un constat soutenu par trois méthodes d'observation, qui permettent aux climatologues d'estimer "vraisemblable que la partie supérieure de l'océan se soit réchauffée aussi durant la première moitié du 20e siècle".
Cette constatation du réchauffement des eaux de surface des océans a son importance, car les cyclones puisent leur énergie dans la chaleur de la mer. Rappelons à cet égard que l’eau doit être à 26°C sur une profondeur d’au moins 50 mètres pour que se développe un cyclone, ce qui est le cas des zones intertropicales. « Un réchauffement climatique supplémentaire n’aurait pas d’influence sur les mers tropicales, nuance donc Régis Crépet. Car elles sont déjà suffisamment chaudes. En revanche, si d’autres zones venaient à atteindre ces températures, on pourrait envisager une extension des surfaces géographiques potentiellement concernées par des phénomènes cycloniques ».


Des cyclones plus puissants mais pas plus nombreux ?

 

Le chercheur Fabrice Chauvin remarque que les modélisations informatiques étudiées par le Giec pointent vers un nombre plus restreint de cyclones pour des raisons différentes, liées à l’atmosphère, avec notamment des vents moins homogènes. Le réchauffement climatique pourrait avoir des répercussions sur la circulation des vents en haute altitude « avec des conditions moins propices à la formation des cyclones », complète Régis Crépet. Ces conditions limitatives pourraient être assez nombreuses, comme l’augmentation de la fréquence des épisodes El Nino - anomalie de température des eaux de l’océan Pacifique - qui réduit le nombre d’ouragans, des cisaillements de vent plus forts en haute altitude ou encore un réchauffement de la haute atmosphère. Ce dernier point limiterait aussi le développement des cyclones. « Mais quand il y en aura, ajoute Fabrice Chauvin, il y aura des phénomènes plus intenses en matière de précipitations ; comme les températures de surface des océans sont plus élevées, cela va alimenter une source d'énergie plus importante pour les cyclones. Il y aura donc une tendance à avoir des cyclones un peu plus violents. » Une température plus importante à la base pourrait alimenter un phénomène plus fort d’évaporation et donc davantage de pluies disponibles. « Il existe une tendance au réchauffement et une augmentation de l’intensité des cyclones fait partie des risques, confirme Hervé Le Treut, professeur à l'Université Pierre et Marie Curie, à Paris Jussieu, spécialiste notamment de la modélisation numérique du système climatique. Le scientifique s’attend lui aussi à davantage de précipitations. « Les modèles climatiques ont tendance à indiquer que les lieux de formation des cyclones devraient rester quasiment les mêmes dans les décennies à venir, indique Régis Crépet. Seule l’intensité des cyclones les plus développés pourrait augmenter ainsi que le potentiel de fortes pluies. »
Le phénomène Haiyan, analysé avec beaucoup de prudence par la communauté scientifique, donne en tout cas à réfléchir à la conférence de Varsovie qui doit lancer deux années de négociation. L’objectif des Nations Unies est la signature, en 2015 à Paris, d’un accord global contraignant de réduction des gaz à effet de serre, qui entrerait en vigueur à partir de 2020.
 


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