Tempête Xaver : une catastrophe évitée de justesse

Dimanche 8 décembre 2013 à 12h44

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Un mois après la forte tempête Christian, les pays riverains de la mer du Nord viennent de subir le passage de Xaver, une dépression hivernale particulièrement creuse. Un phénomène aux conséquences certes lourdes mais moindres que redoutées initialement. Retour sur une catastrophe évitée de justesse.


Crédit photo : La Chaîne Météo

Le 28 octobre dernier, une dépression explosive est remontée de la France vers la Scandinavie. Baptisée Christian, cette tempête s’est renforcée sur la mer du Nord, frappant de plein fouet le sud de l’Angleterre, le nord de l’Allemagne et le Danemark, avec des rafales qui ont atteint 193 km/h, soit la force d’un ouragan de catégorie 1. "A la différence de Xaver, les vents soufflaient du sud-ouest et de l’ouest, remarque Régis Crépet, prévisionniste pour Météo Consult. Ainsi, malgré une mer déchaînée, les vagues n’arrivaient donc pas en prise directe sur le littoral, mais un peu en biais, avec un impact moins violent. Cette fois-ci, la dépression Xaver est arrivée par le nord-ouest. Il s’agissait d’une forte tempête hivernale accompagnée d’air polaire, alors que Christian s’accompagnait d’une remontée d’air doux. Elle s’est creusée au sud de l’Islande, plongeant vers l’Ecosse puis en mer du Nord en direction des côtes hollandaises, soit de face.

 

Un vent force 10 venant du large

 

La perspective d'affronter des vents « on shore » (venant du large) a largement inquiété les pays riverains de la mer du Nord, en particulier les côtes basses de Belgique, des Pays-Bas et du nord de l’Allemagne, souvent situées en-dessous du niveau de la mer. "D’autant plus que le plus fort de la tempête était attendu dans la nuit de jeudi à vendredi au moment d’une marée haute de coefficient 100, c’est à dire « de vive eau », précise Régis Crépet. En effet, la conjonction d’un vent tempétueux soufflant du large, d’une forte houle et d’une grande marée peut engendrer un phénomène de surcote, c’est à dire une surélévation supplémentaire du niveau de la mer." C'est ce qui était arrivé sur les côtes vendéennes avec le passage de la tempête Xynthia.

 

Les digues ont évité le pire

 

La tempête Xaver est d’abord arrivée jeudi après-midi par l’Ecosse où les rafales ont atteint des pointes comprises entre 180 et 200 km/h sur les reliefs, ce qui n’est pas exceptionnel là-bas. L’alerte avait été donnée sur le littoral de la mer du Nord en prévision d’une surcote la nuit suivante. Les barrières anti-tempête de la Tamise, qui protègent Londres, ont été fermées pour la première fois depuis 2007. Mais les vents n’étant pas dans une direction critique, l’impact sur la côte a été modéré. La crainte était plus légitime pour le littoral du nord de la France à la Hollande et au Danemark, avec des alertes aux «submersions ». Le spectre des dramatiques inondations survenues en Hollande le 1er février 1953 ainsi qu’en Allemagne le 17 février 1962 restant encore dans les mémoires, des évacuations ont été organisées.

 

Presque le même phénomène qu’en 1953 et 1962

 

Revenons en arrière pour comprendre les craintes liées à Xaver. Le 1er février 1953, une grosse dépression est arrivée en mer du Nord par le nord-ouest, à l’instar de Xaver. Mais le cœur dépressionnaire est passé au plus près de la côte danoise (tandis que la tempête Xaver est passée plus au nord, au niveau d’Oslo), de telle sorte que les vents ont été plus violents à la côte, formant des vagues gigantesques en mer du Nord, arrivant de face sur un littoral à l’époque non protégé par des digues. Le coefficient de marée était pourtant plus faible que lors de Xaver (83 contre 100), mais les rafales à 160 km/h (contre 130 km/h pour Xaver sur la côte Zélandaise) ont littéralement fait débordé la mer dans les terres et les polders, tel un raz de marée : la Hollande a connu alors l’un de ses pires drames de son histoire (plus de 1.800 victimes sur les rivages de la mer du Nord). La France avait payé aussi un lourd tribut, la ville de Dunkerque ayant été inondée et les vents ayant aussi soufflé à 150 km/h ) l’époque. Cette catastrophe fut à l’origine de la création d’un plan de protection des polders hollandais avec des digues et des barrages amovibles gigantesques : le « plan Delta ».

En février 1962, le phénomène aurait presque pu se répéter avec le passage d’une très grosse dépression au niveau du Danemark, avec des vents aussi forts, soufflant de même direction ; mais passant plus au nord, c’est le littoral allemand qui a souffert le plus violemment, avec des inondations catastrophiques dans le secteur d’Hambourg, les digues ayant rompu.

Cette fois-ci, avec Xaver qui est passé encore un peu plus au nord, l’impact sur les pays côtiers a été plus modéré, mais la dépression était aussi creuse, donc susceptible de produire les mêmes effets : tout s’est joué en fonction de la trajectoire de l’œil de cette dépression, évitant le pire. D’autre part, les travaux colossaux de protection du littoral ont prouvé toute leur efficacité. Désormais, Xaver s’éloigne dans les terres, vers la Russie. Avec le retour de l’anticyclone, un temps calme et froid s’installe sur ces régions.
 


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