Le pari fou de Raphaël Dinelli

Mardi 31 décembre 2013 à 06h47

Le skipper, transformé depuis 2007 en « Géo Trouvetou » de l’environnement, va tenter de relier New-York à Paris dans sa nouvelle invention : un avion propulsé à l’énergie solaire et à l’huile de micro-algues.


Raphaël Dinelli dans son laboratoire des Sables-d'Olonne avec son invention : le panneau photovoltaïque fin et flexible. Crédit photo : Céline Joussemet

« J’ai traversé tous les océans. J’y ai vu des îles de déchets, des alizés qui arrivaient deux jours plus tôt que prévu, car les courants étaient perturbés, j’ai failli laisser ma peau en croisant des icebergs à des endroits inattendus. Pour les navigateurs, le réchauffement climatique est une réalité que l’on vit de manière hyper violente à chaque fois que l’on fait une course. »
Après vingt ans en mer et quatre Vendée Globe, Raphaël Dinelli a donc décidé de lutter à son échelle contre la pollution qui envahit sa seconde patrie, l’océan. Associant son métier de co-concepteur de bateaux de haute-technologie et sa spécialisation en matériaux composites, il a créé en 2007 aux Sables-d’Olonne une fondation de recherche et développement dans le solaire et l’éolien : Océan Vital.
Et dans son laboratoire, le skipper a mis au point un procédé révolutionnaire : encapsuler des cellules photovoltaïques dans un mélange de fibre de verre et de résines. Le résultat : un panneau solaire ultra léger, fin, flexible et résistant. Aussitôt son invention certifiée, Raphaël Dinelli l’a installée sur toutes sortes de véhicules : des voitures, un TER, son voilier du Vendée Globe 2008-2009, un car scolaire, les garde-boues d’une moto du Paris-Dakar et même sur le « camion du futur », un projet encore confidentiel.
 

Retenter l’exploit de Charles Lindbergh version écolo
Ayant le vent en poupe, ce « techno mordu » comme il se définit lui-même, s’est lancé ensuite dans un nouveau projet : un bateau océanographique ultra-propre propulsé par pile à combustible, hydrogène, panneaux solaires et une aile de kite. Les financements n’ayant pas suivi la rapidité de ses neurones avant-gardistes, il s’est tourné vers une autre idée. Cette dernière, en harmonie avec sa volonté première d’associer les énergies du vent et du soleil, est un prototype d’avion biplace en carbone à propulsion électrique et ailes décalées recouvertes de ses fameux panneaux photovoltaïques. Eraole, c’est son nom, peut voler jusqu’à quatre heures en totale autonomie par beau temps.
Et pour montrer que son projet est viable, Raphaël Dinelli s’est lancé un défi. « Avec Eraole, je veux retenter l’exploit de Charles Lindbergh en 1927, à savoir traverser l’Atlantique en solitaire et sans escale. Si j’y parviens, je réaliserai ainsi le premier vol transatlantique de l’histoire sans empreinte carbone. » Pour l’épreuve, il a transformé son avion en monoplace. Comme Lindbergh, il va voler à une vitesse de 113 km/h, ce qui correspondra à un trajet de 50 heures, soit deux jours et deux nuits.
 

À la recherche du carburant vert
Si la peur principale du pionnier américain était de s’endormir durant le vol, celle de Raphaël Dinelli est de manquer d’énergie « verte ». Or, même s’il tente cet exploit aux alentours du 21 juin 2015 pour profiter de l’ensoleillement maximum du solstice d’été, il s’avère, après quelques études, que le soleil ne lui fournirait que 25 % de l’énergie nécessaire à l’alimentation du moteur électrique de l’avion. Pour les 75% manquants, impossible de partir avec un stock de batteries pour avoir de l'électricité : leur poids serait bien trop important. Le skipper a ensuite pensé à l’hydrogène : trop explosif. Le moral à zéro un temps, le challenger a vite remis ses méninges en marche et trouvé la solution : les micro-algues. En effet, depuis 2006, un projet au nom de Shamash développe un biocarburant de troisième génération conçu à partir d’huile de micro-algues.

« À l’heure actuelle, nous faisons des essais avec cette huile et, en parallèle, nous cherchons des fonds pour terminer l’avion », précise le Sablais. La somme manquante : 2,4 millions d’euros. Les généreux donateurs auront le privilège de participer à l’Histoire. Comme Lindbergh, Raphaël Dinelli décollera de New-York pour rejoindre l’aéroport de Paris - Le Bourget au moment du Salon international de l’Aéronautique.
 

« Naviguer ou piloter, pour moi c’est la même chose »
Pour sa préparation, il se forme au pilotage à Nantes et à l’aérodrome des Ajoncs en Vendée. « Naviguer ou piloter, pour moi c’est la même chose. Un profil de voile, de quille et de safran a le même fonctionnement qu’une aile d’avion. La différence, c’est le risque. En bateau, si on décroche, au pire on se couche ou on démâte, mais on peut ensuite se rattraper. Alors qu’en avion, c’est plus extrême... ». Pour sa transatlantique en 2015, il volera plus haut que Lindbergh mais ne pourra pas pressuriser l’avion pour une question de poids. Il s’entraîne donc au froid et au manque d’oxygène en multipliant les randonnées en montagne avec des sacs lourds sur le dos. « Mon projet est lié à la haute technologie. Comme on est au tout début, on retombe dans les conditions des pionniers il y a un siècle ! », constate-t-il, amusé. Malgré toutes les difficultés auxquelles il se trouve confronté, Raphaël Dinelli est optimiste comme jamais : « l’aviation est obligée de se tourner vers d’autres technologies pour limiter ses émissions de gaz à effet de serre et les coûts. Je sais bien que, dès demain, un Airbus ne va pas voler uniquement avec des panneaux photovoltaïques et de l’huile de micro-algues, mais c’est déjà un petit pas. J’ouvre une voie. »
 


SERVICE:
Toutes les prévisions météo du littoral et en mer pour la France par téléphone au 3201*.
Toutes les prévisions météo de vos voyages et vos navigations à l'étranger au 3264**.
Recevez la newsletter
tous les jeudis
* 3201 : Prévisions pour la France - 2,99€ par appel   ** 3264 : Prévisions pour le Monde - 2,99€ par appel
Fermer
Recevez chaque jeudi les coups de coeur de la rédaction