La nouvelle vague des surfeurs balinais

Mercredi 8 janvier 2014 à 07h27

À Canggu, au sud de Bali en Indonésie, la première véritable génération de surfeurs balinais s'est organisée au sein de Canggu Surf Community. Au programme : compétitions, protection de l'environnement... et interrogations sur l'avenir


La Chaîne Météo

Perché sur une terrasse en construction qui domine le sable noir de la plage d'Echo Beach, il balaie des yeux l'horizon pour vérifier si tout va bien du côté des surfeurs qui attendent la vague. Il est des plus discrets, pourtant son allure attire le regard. Ses cheveux sont décolorés, le brun virant au roux sur les extrémités. Ses lunettes de soleil sont à la dernière mode australienne. Sa musculature est parfaite et son attitude est à la croisée du charmeur surfeur australien et de l'imposant surfeur hawaïen. Koming Widarma, 29 ans, est surfeur, oui, mais surtout, Balinais. Il est né ici, à Canggu, petit village côtier encore tranquille situé au sud de Bali, à 15 km seulement de Seminyak et Kuta où le gros des touristes australiens et européens se masse tout l'été sur les longues plages et les vagues faciles à dompter.

Koming, lui, surfe depuis qu'il a 12 ans. Dans les années 90, les Balinais s'aventurant sur les vagues étaient alors quasi inexistants. Pourtant, c'est durant les seventies que les premiers insulaires ont tenté le surf dans les pas des pionniers occidentaux vers Uluwatu, dans la péninsule de Bukit, là où les très grosses vagues se fracassent en bas des falaises. Mais à l'époque, ce petit pas sur les vagues n'avait rien changé pour l'absolue majorité des Balinais encore incapable de nager, la culture locale étant depuis ses origines majoritairement tournée vers la terre.

 

Mèches blondes et idées vertes

Koming, enfant, rêvait pourtant d'aller partager les vagues avec les encore rares surfeurs australiens venus découvrir son rivage de Canggu. Au départ, il les a copiés dans la forme. «Petit, je me décolorais les cheveux pour qu'ils deviennent blonds», explique-t-il en souriant dans un anglais teinté d'accent indonésien. Puis, à force de s'entraîner, seul, il a fini par jouer à son tour sur la mer.

Progressivement, les amis de son village l'ont rejoint, dans les vagues comme dans le look, si bien qu'il y a six ans, il a créé Canggu Surf Community (CSC), le tout premier club de surfeurs balinais. «Avant, on ne surfait que pour le fun. Avec cette communauté, j'ai voulu créer une vraie dynamique», explique-t-il. Le premier objectif de Koming fut d'organiser des compétitions. Un surfeur hawaïen, légèrement plus âgé que lui, rencontré sur les vagues d'Echo Beach, l'a guidé dans cette aventure. Désormais, CSC met en place cinq séries tous les deux mois et un contest annuel en août.

La deuxième initiative de Koming fut de protéger sa plage. Avant les années 70, les Balinais utilisaient comme emballage des feuilles de bananiers qu'ils jetaient ensuite un peu partout pour un recyclage naturel. À l'arrivée du plastique, ils ont gardé les mêmes habitudes et le résultat fut catastrophique. «À chaque saison des pluies, de novembre à mars, tous les emballages plastiques jetés dans les montagnes et villages sont charriés par les rivières jusque sur notre côte. Si bien qu'il est devenu périlleux de surfer à cette période.»

Obje ctif plage propre

Les membres de CSC ont donc entrepris de ramasser déchets et bouteilles sur les dix kilomètres de plage de Canggu pour les amener à une société de recyclage. Ils sont ensuite allés dans les écoles pour sensibiliser les enfants à la protection de l'environnement. Enfin, ils ont cherché des sponsors locaux dans le but de rémunérer des personnes attachées au nettoyage quotidien de la plage. «Il y a deux ans, grâce au financement d'étrangers installés ici et passionnés de surf, on pouvait payer cinq personnes pour ce job.» Mais les dons n'ont pas été renouvelés. En attendant des jours meilleurs, ce sont Koming et les membres de Canggu Surf Community, désormais une cinquantaine de Balinais âgés de 9 à 40 ans, qui s'attèlent à cette tâche une fois par mois. «Et on invite les élèves étrangers des écoles de surf à venir nous aider», précise le jeune homme. Car tous les membres de CSC gagnent leur vie comme moniteurs et guides dans le «surf tourism». Ces dernières années, ce marché a explosé à Bali. Le sud de l'île est devenu l'une des destinations phares pour les amoureux des vagues, confirmés et néophytes, du monde entier. Une tendance qui laisse les jeunes Balinais perplexes. «Chaque année, il y a de plus en plus de d'étrangers sur l'eau. En tant que surfeurs, ce n'est pas bon pour nous. On est tout le temps en train de chercher de nouveaux spots avec moins de monde. Mais pour l'économie, c'est positif», soupire Koming.

Plusieurs dilemmes...

Surtout qu'il y a deux ans, la commune leur a prêté un terrain sur lequel ils ont installé une plage privée: le Sand Bar. Transats en teck, matelas multicolores, parasols rouges, le tout disposé à la cool sur le sable noir d'Echo Beach avec en fond sonore les tubes de Bob Marley. Une partie est encore en travaux. «On fait construire un bâtiment : le restaurant sera en bas et, au premier étage, ce sera le poste de Lifeguard», montre Koming, heureux de mettre un cadre en dur autour de son rôle de maître nageur et sauveteur bénévole. Là encore, ce business, dont les 20 % de bénéfices alloués financent en partie leur constest annuel et, à terme, leur permettra d'engager à nouveau des personnes pour nettoyer la plage, n'est rendu possible que grâce à l'arrivée de nouveaux touristes à Canggu.

Alors qu'à cette pensée, le visage radieux de Koming s'assombrit, un garçon du village, dans les dix ans, mèches blondes dans ses cheveux noirs, lui fait un signe depuis la plage avant de se lancer à l'eau avec sa planche. Koming lève la main vers lui en retour et sourit à nouveau. «Il y a encore cinq ans, la plupart des Balinais avaient peur de l'eau. Aujourd'hui, tous les petits garçons rêvent de surfer!», savoure-t-il, satisfait que la mode du surf arrive aussi en masse chez les Balinais. Pourquoi ne pas créer une école de surf pour eux? «Ce n'est pas possible, ils n'ont pas d'argent pour payer les cours!», répond-il dans un réflexe. Puis, perturbé par sa réaction, il reprend en se grattant la tête : «enfin, je pourrais leur expliquer la technique gratuitement. Mais après, à eux d'apprendre par eux-mêmes. Comme moi et mes amis l'avons fait en notre temps!»


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