Venise: Retour aux sources pour le Belem

Jeudi 23 janvier 2014 à 16h22

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Du haut de ses 117 printemps, le trois-mâts a connu une histoire à rebondissements. En avril, son équipage voguera vers Venise pour renouer avec ses racines italiennes.


La Chaîne Météo

C'est une escale très attendue. Le Belem commencera sa saison 2014 en Méditerranée avec une escale historique à Venise pour le week-end de Pâques. Là, le trois-mâts renouera avec ses vingt-huit années italiennes: de 1951 à 1979, le voilier alors rebaptisé Giorgio Cini, du nom du fils disparu de son mécène, embarquait des mousses, orphelins de la marine, et des élèves officiers. «Les membres d'équipage de l'époque attendent maintenant avec impatience le­ ­retour de leur Giorgietta dans le port de Venise», témoigne Christelle de Larauze, déléguée générale de la Fondation Belem, en feuilletant les ­clichés en noir et blanc de visages poupins.

L'Italie était le quatrième pavillon du Belem après une enfance française, des navigations transatlantiques sous des parfums de cacao, une luxueuse adolescence britannique sous le comman­dement du duc de Westminster, puis un tour du monde avec la famille Guinness. «Une vie chargée pour un bateau que son armateur avait voulu robuste pour qu'il serve au moins sept ans!», s'est amusé Nicolas Plantrou, le président de la Fondation Belem, en nous guidant sur le pont briqué, entre les pièces de réception riches en souvenirs et les quartiers des équipiers d'aujourd'hui.

La Fondation Belem prépare le séjour vénitien, du 18 au 28 avril, en se ­plongeant dans les archives et les témoignages des marinaretti, organisés en association depuis le mois de mai dernier. «Nous avons été étonnés par le nombre d'anciens équipiers à la première réunion de l'association, commente Christelle de Larauze. Ils ne taisent pas les difficultés du bord mais assurent y avoir été solidement armés pour affronter la vie.» Lauro Nicodemo, ancien équipier, présente même le voilier comme un totem: «C'était notre grand frère, que nous admirions et dont nous étions fiers.»

L'impatience de la Sérénissime

 

Pour les élèves officiers qui complétaient l'équipage, embarquer sur le voilier était une récompense de fin d'année très convoitée. «L'élégance, la douceur de ses lignes et sa force nous étaient familières, car le bateau était visible depuis notre école», témoigne ainsi Gianni Missiaja Missaglia, le créateur de l'association des anciens. Il attend son retour à bord du voilier comme «l'accomplissement d'un rêve enfoui pendant toutes ces années». Mais, après trente-trois ans d'absence, le trois-mâts de 58 mètres ne pourra pas reprendre ses habitudes sur l'île de San Giorgio, juste en face de la place Saint-Marc: les tirants d'eau et les infrastructures ont changé. Il s'amarrera donc à deux pas du musée naval, en lieu et ­place du flamboyant navire-école Amerigo Vespucci. La ­manifestation sera couronnée, dimanche 27 avril, par l'entrée du Belem dans l'arsenal de Venise - un privilège rare - en parade avec des bateaux traditionnels. «Ce navire a été très aimé dans notre ville», assure le maire de Venise, Giorgio Orsoni. Mais les années précédant son retour en France représentent une période compliquée pour le voilier-école, trop cher à entretenir et plus assez moderne pour l'instruction des jeunes marins. Délaissé, le trois-mâts s'abîme au fond d'une lagune jusqu'en 1979, lorsqu'un médecin français, passionné de vieux gréements, retrouve le bel endormi.

«Pensant visiter un bateau italien, ce passionné eut la surprise de tomber sur une petite plaque mentionnant les ­chantiers français Dubigeon», rapporte Nicolas Plantrou. Le médecin cherche alors à alerter une opinion publique d'abord assez indifférente. «C'est finalement grâce à un article du Figaro que le patron de la Caisse d'épargne a eu vent de l'affaire», poursuit-il. La ­banque décide alors d'acheter le voilier et de le ramener en France, sur le chantier de l'arsenal de Brest, avec l'aide des remorqueurs de la marine nationale.

En 2014, c'est toujours la Caisse d'épargne qui détient le voilier, via la Fondation Belem, et assure la moitié du budget annuel, soit 1,5 million d'euros. L'autre moitié est assurée par les dons, le mécénat et les revenus générés par les 1 200 stagiaires annuels. Adolescents (à partir de 14 ans) et adultes sont bienvenus à bord pour quelques jours de découverte de la navigation. «Une journée de navigation est facturée 150 euros, mais cela ne couvre qu'un quart du coût réel», précise le président de la Fondation Belem. Outre l'escale vénitienne, la saison 2014 propose un large circuit méditerranéen, avec de nombreux passages symboliques ­comme celui du canal de Corinthe, et des stages inédits, comme une session à la découverte de la navigation astronomique entre la Crète et Malte. Le Belem remontera ensuite la façade ­Atlantique pour terminer sa saison à Nantes, son port d'attache.


Diaporama ci-dessous: photos d'archive du fonds Gosse


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