Dans les secrets d’une épave médiévale

Mardi 18 février 2014 à 06h06

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La seule épave médiévale du littoral occidental français repose à quinze mètres de fond au large du Finistère. Elle s’est vraisemblablement échouée au début du XVe siècle, au temps des ducs de Bretagne.


Photo d'illustration. Crédits photo: AFP

La configuration des lieux, à une trentaine de kilomètres au nord de Brest, laisse peu de doute sur l’origine de ce naufrage. Les scientifiques ont déterminé que le navire avait violemment frappé une barrière rocheuse, qui n’émerge aujourd’hui qu’à marée basse, avant de se disloquer sur l’obstacle et de couler à une quinzaine de mètres de fond. En plongeant sur l’épave, les archéologues ont recueilli des céramiques bretonnes, des ossements d’animaux et des pièces de monnaie, permettant de retracer la vie de ce navire de commerce qui naviguait vraisemblablement de l’Espagne à l’Europe du Nord au début du XVe siècle. Mais la plus grande surprise des premiers plongeurs fut de repérer une construction à clin – les bordages de l’embarcation se recouvrent l’un l’autre au lieu d’être joints bord à bord – qu’ils ne connaissaient jusqu’à présent que sur un seul site français, celui d’une épave viking. Et le bateau montre clairement une évolution vers d'autres pratiques architecturales. « Le caractère extrêmement fin des formes du bâtiment le distingue des navires médiévaux antérieurs », explique Alexandra Grille, archéologique sous-marin auteur d’une thèse de doctorat sur cette épave. Il serait donc l’un des précurseurs d’un mouvement architectural lié à l’augmentation de l’insécurité sur les mers : avec la piraterie et les nombreux conflits, les navires avaient besoin d’être plus fins et donc plus maniables.


Une modélisation en 3D

 

Le bateau retrouvé à l'entrée de l'Aber Wrac'h était grand pour son époque - avec près de 26 mètres de long, 7 mètres de large et près de 4.55m de haut - et il ressemble fortement à une autre épave retrouvée au large du Pays de Galles en 2002. « Une même histoire européenne semble lier les deux navires », confirme Alexandra Grille, qui travaille donc étroitement avec des chercheurs gallois. Les mobiliers retrouvés sur les deux sites confirment leur parenté. Mais l’épave bretonne avait jusque là conservé de nombreux secrets et notamment sa date et son lieu de construction. Les archéologues ont donc prélevé cet été du bois – essentiellement du chêne et du hêtre – qui va être étudié minutieusement, jusqu’à repérer la moindre trace d’outil. « Nous sommes plutôt contents, se réjouit Alexandra Grille après avoir coordonné cette nouvelle campagne de fouille. Nous attendons désormais les résultats des données collectées. Les premières devraient arriver d’ici la fin août. » Près de 800 photos sont en cours de traitement pour la réalisation d’une maquette 3D, outil indispensable pour la connaissance et la restitution pédagogique. Il s’agit aussi de fixer la mémoire d’un site qui subit l’action du temps depuis près de 600 ans. Pour tenter de protéger au mieux ce témoin précieux de l’histoire européenne, les scientifiques l’ont recouvert de 30 à 50 centimètres de sable, avant de remonter à la surface.
 

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