Un très jeune marin à l'assaut du Rhum

Lundi 24 février 2014 à 10h11

Le bac en juin, la Route du Rhum en novembre. Avec sa jeunesse comme principal argument, Paul Hignard cherche à boucler un budget de 200.000 euros. Il deviendrait alors le plus jeune concurrent jamais vu sur le Rhum, à 12 jours de Yves Le Cornec qui affronta l’Atlantique en 1978. Portraits croisés.


Yves Le Cornec avait lui aussi 19 ans lors de sa première Route du Rhum, sur le multicoque Journal de Mickey, en 1978. Il sourit en entendant le nom de Paul Hignard. « J’ai appris qu’il souhaitait prendre le départ car l’un de mes amis malouins m’a demandé ma date de naissance ! » Il faut dire que le titre de benjamin est un argument marketing de poids pour réussir à se frayer un chemin sur la ligne de départ très courue de la Route du Rhum Destination Guadeloupe. Résultat : 12 jours sépareront les deux marins le jour du départ, le 2 novembre prochain. « Je me suis lancé lorsqu’un de mes clients m’a demandé ce que je souhaitais faire après le lycée, explique Paul Hignard, en alternance maintenance nautique. J’y suis allé au culot. » Un échange autour d’une table du bar le Galion, rendez-vous malouin des fous de voile, lui permet de passer à l’étape du sponsoring. « Il embarque tout le monde avec lui ! » commente Jean-Michel Moncorps, le promoteur immobilier qui lui a ouvert les portes de l’association des commerçants d’Intra-Muros. Paul Hignard a rassemblé 30% de son budget, de nombreux partenaires techniques et une équipe enthousiaste dont la moyenne d’âge bat également un record de jeunesse : 22 ans. « Il prouve que même si la situation économique est morose, les jeunes peuvent entreprendre avec sérieux », se réjouit Jean-Yves Helouvry, le président de l’association des commerçants. Ce dernier suit de près la recherche du sponsor titre, condition sine qua non pour louer un bateau Class 40 et prendre le large. « Les entraînements devraient commencer à la mi-avril », explique Paul Hignard qui a déjà traversé l’Atlantique en équipage à deux reprises lors d’une année de césure, avant de passer aux compétitions transmanche en solitaire. Né dans une famille de marins avertis, c’est de l’eau salée qui coule dans les veines du jeune corsaire qui rêve d’imiter François Gabart et Armel Le Cleac’h. « Pour leur formation, leurs performances et leur simplicité », commente-t-il.

 

Un sponsor sur un coin de table

 

Yves Le Cornec, aujourd’hui responsable du chantier naval Nautor’s Swan à Villefranche-sur-Mer, n’a pas eu froid aux yeux, lui non plus, lorsqu’il a lancé son aventure. « J’aidais Eugène Riguidel, l’un des candidats déclarés, à préparer son trimaran de 18 mètres à Lorient, se souvient-il. Et personne ne s’occupait de précédent bateau alors je lui ai demandé si je pouvais l’emprunter pour la Route du Rhum. Il a tout de suite trouvé que c’était une bonne idée. » Un échange avec un journaliste sur les quais de Lorient lui permet très rapidement de décrocher son sponsor, Le Journal de Mickey. Mais la suite du projet était à des années lumières de l’organisation entrepreneuriale du jeune malouin Paul Hignard. « J’ai mis toutes mes économies dans un billet de train pour monter à Paris, raconte Yves Le Cornec. J'avais même dû emprunter 10 francs à un voyageur pour acheter le retour ! Et à cette époque, je n’avais pas encore de compte en banque. Je me souviens du visage de la banquière lorsque je lui ai présenté le chèque de 100.000 francs, signé sur un coin de table par Le Journal de Mickey. C’était une sacré somme à l’époque ! » Yves Le Cornec a dû frapper à la porte de marins reconnus pour recueillir des lettres de recommandation et accéder à la ligne de départ malgré sa jeunesse. « Mais tous les marins m’ont soutenu, assure-t-il. A vrai dire, Alain Colas est le seul à ne pas m’avoir encouragé directement. Je l’avais croisé chez un maître-voilier et il m’avait lancé : "La mer est une chose sérieuse, il ne faut pas plaisanter". » Alain Colas n’est malheureusement jamais arrivé en Guadeloupe.

 

De l’aventure à la compétition sportive

 

« Le contexte était tellement différent, répète Yves Le Cornec. A l’époque de cette première édition de La Route du Rhum, la piste était vierge. C’était une histoire de fou ! » Yves Le Cornec s’est donc élancé vers l’inconnu à 19 ans, avec un régulateur de vitesse rustique et expérimental qui ne dura que quatre jours. « En mer, je suis passé par toutes les émotions, détaille-t-il. Nous n’avions pas de GPS ni de météo alors il fallait regarder le ciel et faire le point au sextant. Je me souviens des tempêtes et des instants de doute lorsque je me demandais si j’étais bien d’être sur la bonne route. Mes parents, qui n’avaient pas eu leur mot à dire sur ma décision de partir, m’ont cru mort. Plusieurs journaux l’avaient annoncé. Il faut se rappeler que nous n’avions pas de radio à bord et que je n'ai pas donné de mes nouvelles pendant 31 jours. » Finalement, Yves Le Cornec mit pied à terre en Guadeloupe au beau milieu de la nuit. « Personne ne m’attendait bien sûr car je n’avais pas pu donner de mes nouvelles. J’ai reconnu un bateau que je connaissais et j’ai été le réveiller. » Une première expérience océanique pour le moins marquante. Yves Le Cornec s’alignera ensuite sur la ligne de départ des éditions 1984 puis 1990. « Je ne suis pas étonné d’apprendre qu’un tout jeune marin souhaite tenter l’expérience cette année, assure-t-il. Je suis plutôt surpris que mon record de jeunesse ne soit pas tombé avant ! »


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