D’où vient le fioul qui s’échoue sur nos plages ?

Vendredi 28 février 2014 à 12h14

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Chaque année, plusieurs kilomètres carrés d’hydrocarbures sont rejetés à la mer lors des dégazages des bateaux, fréquents lors des jours de tempêtes. Mais les dernières boulettes arrivées sur le littoral atlantique interrogent les spécialistes.


Crédits photo: AFP

Les marées noires, spectaculaires, ne sont pas les seules à polluer les océans. Les résidus d’hydrocarbures des salles des machines, des fonds de cales ou les eaux de rinçage des cuves des pétroliers finissent parfois dans les vagues qui déferlent sur les plages. On parle alors de dégazage: des nappes brillantes ou des irisations en surface pour les hydrocarbures et des boulettes visqueuses pour le mazout. Mais depuis quelques années, avec la prise de conscience écologique du naufrage de l’Erika en 1999, ces gestes sont poursuivis par la justice et sévèrement punis. Des amendes de plusieurs milliers d’euros, ainsi que des peines de prison, ont été infligées à certains capitaines. Les dégazages ont donc diminué mais leur pic coïncide avec les jours de tempête, lorsque la mer déchaînée disperse rapidement les traces du méfait. Quand les boulettes de fioul sont arrivés sur les plages du littoral atlantique, en plein coeur de l'épisode tempétueux, les communes concernées ont donc tout de suite pensé à un dégazage supplémentaire. Mais ces hydrocarbures ne semblent pas provenir des cargos qui croisent au large.

 

Une pollution mystérieuse

 

Le premier élément qui a surpris les scientifiques est la durée de l’échouage, une dizaine de jours, et son étendue, de 300 à 400 kilomètres. Mais Gilbert Le Lann, le directeur du Cedre, centre de recherche sur les pollutions accidentelles des eaux, assure que toutes les boulettes proviennent de la même source. « Le produit qui a été récupéré ressemble beaucoup à un fioul lourd », a-t-il expliqué en écartant l’hypothèse d’un dégazage sauvage. « Cela peut être une épave ou une perte de cargaison ou quelque chose comme ça, il y a plusieurs hypothèses », a-t-il commenté. Les hydrocarbures pourraient donc provenir de navires abandonnées au fond des eaux. « Nous avons comparé les échantillons récupérés sur le littoral avec le produit contenu dans l’Erika et ce n’est pas ça », a assuré le directeur du Cedre. En France, 30 à 40 épaves situées de Dunkerque à Hendaye sont sous la surveillance des services de la marine nationale car elles peuvent libérer du fioul de propulsion jusqu’alors confiné, au fil de leur dislocation ou lorsqu'elles sont chahutées par les tempêtes.
L’ONG Robin des Bois a réagi en regrettant que l’engagement du Grenelle de la Mer sur les opérations nécessaires à la dépollution et à la sécurisation des épaves potentiellement polluantes et dangereuses soit resté lettre morte. "Il est bien sûr impossible de surveiller toutes les épaves mais, concrètement, il faudrait faire un inventaire des épaves les plus dangereuses", explique Jacky Bonnemains, président de Robin des Bois. L'ONG regrette aussi que la France n'ait toujours pas ratifié la convention de l'Organisation maritime internationale (OMI) sur l'enlèvement des épaves dangereuses. Cette convention, ratifiée par l’Allemagne, la Bulgarie, le Royaume-Uni, l’Iran, la Malaisie, le Maroc, le Nigéria et les Palaos (en Océanie), n’entrera en vigueur que lorsqu’un dixième pays rejoindra ce groupe.


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