Apnée : l'ivresse des profondeurs avec Morgan Bourc'his

Samedi 1 mars 2014 à 07h35

VIDEO - Premier épisode de notre série sur les apnéistes, des sportifs chevronnés qui portent haut les couleurs d'une discipline popularisée par Le Grand Bleu de Luc Besson. Honneur au champion 2013 de la descente en apnée sans matériel, pieds nus.


Morgan Bourc'his n'est pas un enfant de la balle. Ce grand brun de 35 ans à l'allure tranquille est né à Tours, loin des eaux mythiques de la Méditerranée où il s'entraîne désormais. «J'ai commencé l'apnée à 21 ans pendant mes études, détaille-t-il. Je me dirigeais vers une carrière scientifique et pour une étude en physiologie cardio-vasculaire, je suis devenu mon propre cobaye. C'était intéressant pour moi de bénéficier du côté empirique.» Le jeune homme se prend au jeu des entraînements et il est rapidement remarqué. En 2005, il intègre l'équipe de France et en septembre 2013, il devient le premier Français champion du monde d'apnée en poids constant et sans palme. Il est descendu jusqu'à 87 mètres de profondeur, sans respirer pendant trois minutes, et en ne s'aidant que de ses bras et de ses jambes. Une très belle performance qui lui permet de détrôner la grande star mondiale de l'apnée, le Néo-Zélandais William Trubridge. «Ce concurrent a plongé plus loin, 96 mètres, mais il a fait une syncope, sans gravité, à sa sortie de l'eau.» Or, pour qu'une performance soit validée, les apnéistes doivent, en moins de 15 secondes, signifier au jury que tout va bien par le geste et la parole. Les championnats d'apnée sont des jeux stratégiques où les apnéistes doivent trouver le juste milieu pour annoncer l'une des plus grandes profondeurs (les annonces se font à bulletin secret) sans aller au-delà de leurs capacités physiques. «Une semaine avant, j'avais plongé à 89 mètres mais avec la pression du championnat, j'ai préféré faire une annonce plus mesurée», précise-t-il.

 

Une chute libre en eau profonde


Une plongée en apnée commence en surface, allongé sur le dos, avec des exercices de respiration. Puis le sportif se retourne et plonge le long d'un câble. C'est parti pour de longues minutes sans respirer. « Nous plongeons moins longtemps que les champions d'apnée statique car nous consommons plus d'oxygène », précise Morgan Bourc'his, qui concède sans mal que la plongée statique n'est pas son point fort. Il ne va pas au-delà de 7 minutes contre plus de 11 minutes pour le champion du monde de la discipline. « La plongée statique m'est plus douloureuse car la phase de lutte, lorsque nous repoussons le plus longtemps possible l'envie de respirer, est plus difficile à supporter sans bouger. » Le plongeur a également rapidement pris goût à l’attraction des profondeurs. « Un peu comme dans la chute libre, nous sommes aspirés par les profondeurs, explique-t-il. On rencontre ces sensations à partir de 20 mètres et surtout à partir de 30/35 mètres » Au fur et à mesure de sa descente, ses mouvements de brasse s’espacent donc, jusqu’à disparaître. Le plongeur glisse en position hydrodynamique. « Ce sont des sensations grisantes », apprécie-t-il. Vient ensuite le moment de faire demi-tour, après avoir décroché la marque de profondeur, pour amorcer la longue remontée. « On doit se focaliser sur autre chose, s’évader pour supporter la lutte contre l’envie de respirer », explique Morgan Bourc’his. Une équipe est là pour accompagner le plongeur sur ses derniers mètres. « Nous sommes également sécurisés par un sonar donc en cas d’absence de mouvement, les accompagnateurs déclenchent un contrepoids pour remonter très vite le plongeur. » Morgan Bourc’his assure n’avoir jamais connu de syncope en plongée dynamique – « en piscine et en apnée statique, par contre, oui » - mais il comprend la frayeur de ceux qui ont dû affronter une syncope en mer. En évoquant les dangers de cette discipline, désormais très balisée, les images du Grand Bleu reviennent vite en mémoire mais Morgan Bourc’his ne se reconnaît pas dans les personnages du film. « Nous sommes des athlètes de haut-niveau et l’aspect mystique est de moins en moins présent, explique-t-il. Nous sommes entourés d’une équipe – un apnéiste ne s’entraîne jamais seul – avec des kinés, des ostéopathes, des spécialistes de la médecine hyperbare… » Dans ces conditions, la défaillance physique – syncope ou samba – est un obstacle à la performance que les sportifs passent beaucoup de temps à analyser pour mieux l’éviter.

 

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