Le yachting chinois, géant aux pieds d’argile

Dimanche 16 mars 2014 à 10h32

Des centaines de marinas gigantesques hébergeant les plus gros yachts du monde, tel était le fantasme généré par l’explosion des milliardaires et millionnaires chinois. Mais la réalité est plus nuancée.


Le port de plaisance de Sanya Serenity Marina, construit en 2011 sur Hainan, l'île des milliardaires chinois au sud-est du pays, peut accueillir 340 yachts. Crédit photo : DR

Il y a dix ans, la Chine ne comptait que deux petites marinas. Mais entre 2008 et 2011, le pays a connu une explosion des projets de marinas. L’institut italien pour le Commerce extérieur (Italian Trade Commission) estimait alors que 90 marinas étaient opérationnelles ou en construction, sur les côtes de Chine, et qu’une centaine d'autres étaient en projet. 300, 500, 700 places devaient donc y attendre des yachts de luxe. Côté budget, des chiffres allant jusqu’à un milliard d’euros étaient avancés pour estimer leur coût de réalisation à l’unité. Les constructeurs de yachts du monde entier, alléchés par ce nouvel eldorado, qui promettait une progression exponentielle du nombre de plaisanciers, se sont précipités au « Hainan Rendez-Vous », salon annuel du luxe organisé sur l’île Hainan au sud-est de la Chine. Il s’agissait alors d’être le premier à bénéficier du formidable potentiel que constituait le porte-monnaie des nouveaux milliardaires et millionnaires chinois.

Mais aujourd’hui, la réalité est loin de ce qu’espéraient les professionnels du yachting. Le Sanya Serenity Marina a bien ouvert ses portes en 2011 sur Hainan, l’île des milliardaires. C’est un luxueux complexe de 340 places d’amarrage, dont une douzaine de plus de 30 mètres de long. Mais cet exemple de réussite reste isolé. Ainsi, la marina Xiamen dans la baie de Wuyan, colossal projet de 600 places, n’a toujours pas été inaugurée. Cet espace de 100.000 m2 est en construction depuis plusieurs années. Quant à la super-marina de 750 places située à proximité de la ville portuaire de Tianjin, son avancement est mitigé : la partie immobilière avance bien mais le volet maritime, pour accueillir des yachts allant jusqu’à 90 mètres de long, est au point mort.

 

 

 

« Seulement huit marinas de plus de 200 places en activité »

 

 

« C’est vrai qu’il y a eu une explosion des projets de marinas entre 2008 et 2011, confirme Emmanuel Delarue, fondateur du cabinet d’architecture et de design NDA Group à Shanghai. Mais les porteurs n’ont pas tous suivi leurs intentions initiales. » A la fin des années 2000, les projets de marinas représentaient 60% de son activité – son cabinet est à l’origine d’une vingtaine de projets réalisés à Shenzhen, Hainan, sur des lacs intérieurs à Chengdu et Tianjin et le long de grandes rivières – mais il précise que ce n’est plus vraiment le cas. « À l’heure actuelle, il n’y a que 50 marinas construites en Chine, et seulement huit de plus de 200 places sont en activité, commente-t-il. Et peu de projets de très grandes marinas sont en cours. Le marché est en attente de la concrétisation des réalisations actuelles. » Les fabricants de yachts du monde entier restent donc sur leur faim. Surtout qu’une fois les appartements des complexes immobiliers des marinas vendus, les pontons, eux, ne sont souvent qu’à moitié remplis, voire totalement laissés à l’abandon. « Certains ports de plaisance stagnent à cause du manque d’attractivité de la zone ou d’une politique tarifaire dissuasive », explique le fondateur de NDA Group.

 

 

 

Se détendre en mer au soleil, une activité insensée pour les Chinois

 

 

Les Chinois n’ont pas du tout le même rapport au yachting que les Occidentaux. Pour eux, partir en mer se détendre au soleil n’est pas considéré comme une occupation sensée. Les plus fortunés utilisent leur yacht pour promener leurs partenaires d’affaires et non pas pour se détendre en famille. « Cette caractéristique correspond à des valeurs profondes asiatiques qui mettent encore en avant la réussite avant les plaisirs individuels ou familiaux, au sens où on l’entend aujourd’hui en Occident », précise le designer français. Les Chinois voient donc la marina comme un « objet » de luxe dans lequel il est de bon ton d’être sans savoir réellement comment l’utiliser. Emmanuel Delarue pense néanmoins que la situation va évoluer. Écoles de navigation, régates, concours, rallyes découvertes sont en plein développement. « La Chine et l’Asie en général nous demandent d’imaginer ou de réinventer une forme d’initiation à la navigation de plaisance pour les très fortunés mais, plus encore, pour une population de classe moyenne aisée en énorme développement », précise-t-il. C’est par ce biais que la plaisance s’étendra à une large clientèle en vraie demande de loisirs. » Le yachting ne doit pas rester une activité de super riche en Chine. Le designer précise aussi que tous les acteurs du marché vont devoir rapidement s’adapter. Emmanuel Delarue constate encore une inertie totale des fabricants de yachts, qui restent dans leurs standards ou rajoutent seulement une salle de karaoké dans leur unités alors qu’il faut proposer des solutions bien plus adaptées à ce que cherchent les Chinois ou Asiatiques en général. « La simple transposition du modèle d’utilisation européen n’est pas l’avenir de la navigation de plaisance en Chine », précise-t-il.

 

 


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