Nos ancêtres les marins hawaïens

Mercredi 26 mars 2014 à 08h46

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Des scientifiques hawaïens ont réalisé un voyage de plus de 5.000 kilomètres entre Hawaii et Tahiti pour prouver le lien entre les Polynésiens et des ancêtres venus par la mer d'Asie du Sud-Est. Retour sur ce voyage riche en découvertes.


Crédit photo : DR

En juin 1976, l’Hokule’a, une grande pirogue double polynésienne construite par des scientifiques hawaïens d’après des plans ancestraux, devint célèbre pour avoir réalisé un voyage de 5370 kilomètres entre Hawaï et Tahiti. A bord, les marins n’ont pas utilisé le moindre instrument moderne de navigation mais ont suivi des méthodes basées sur la connaissance des étoiles et du vent. Cette traversée réussie détrônait une autre expédition réalisée en 1947 : celle du Kon-Tiki, un radeau à voile fabriqué par un anthropologue norvégien, Thor Heyerdahl. Parti du Pérou, il avait rallié l’archipel des Tuamotu en Océanie en trois mois et demi, soit 8.000 kilomètres en étant simplement porté par les vents et courants. Car derrière ces exploits, ce n’était pas la distance parcourue qui était en jeu, mais rien de moins que la découverte des origines du peuple océanien. Une question restée en suspens depuis la fin du XVIe siècle, époque à laquelle des explorateurs européens découvrirent par hasard les archipels du « triangle maori », situé entre Hawaii, l’Ile de Pâques et la Nouvelle-Zélande. Un territoire maritime grand comme l’Amérique du Nord, où s’éparpillent plusieurs centaines d’îles, dont la plupart ne dépassent pas 100 kilomètres carrés.


Mu, un continent englouti


Au XVIe siècle, ce qui intriguait alors les Occidentaux était la couleur de peau des Océaniens, bien plus claire que celle des Mélanésiens, Indonésiens, Calédoniens et autres insulaires de l’hémisphère sud. Des théories s’échafaudèrent alors entre Paris et Londres. D’où venaient-ils ? « De chez eux » assuraient les tenants du courant selon lequel l’humanité serait apparue simultanément en différents points de la Terre. « Du continent Mu, englouti comme l’Atlantide avec son peuple et sa grande civilisation. Les Océaniens sont les descendants de quelques habitants ayant miraculeusement survécus sur des lambeaux de terre non immergés », affirmait le colonel James Churchward, soi-disant initié par un prêtre indigène à lire les textes anciens. « Non, ils viennent d’Amérique du Sud » fut enfin, trois siècles plus tard, la première piste sérieuse, défendue par l’anthropologue Thor Heyerdahl. Ses arguments ? Une silhouette d’animal qu’il tenait pour un lama, qu’il avait vu gravée sur une sculpture dans l’île de Hiva Oa, dans l’archipel des Marquises. Et surtout le fait que les Polynésiens cultivent la patate douce, comme dans les Amériques. Sa traversée à bord du Kon-Tiki entre le Pérou et les Tuamotu, allait ensuite prouver la possibilité d’aller en Amérique sur une embarcation rudimentaire.


La colonisation du Pacifique durant des milliers d’années


Mais une autre théorie s’est affirmée parallèlement, selon laquelle les Océaniens seraient originaires des régions côtières de l’Asie du Sud-Est. Des équipes de linguistes, géologues, archéologues et botanistes comparèrent les langues, les plantes, les animaux et les sites archéologiques des îles d’Océanie. Ils parvinrent ainsi à prouver que toutes les langues parlées appartenaient à la famille linguistique austronésienne, pratiquée de la côte chinoise jusqu’à l’Ile de Pâques. Par ailleurs, toutes les plantes cultivées dans les îles polynésiennes trouvaient leurs ancêtres en Asie du Sud-Est. Cette théorie devint celle consacrée avec l’exploit de « L’Hokule’a » en 1976. Oui, les ancêtres des Polynésiens, Pascuans et Maoris de Nouvelle-Zélande avaient des navires assez perfectionnés pour pouvoir, depuis l’Asie, conquérir le Pacifique. Leurs pirogues doubles étaient fabriquées pour naviguer sous les houles particulières à cet océan. Les recherches suivantes ont montré que ces navigateurs d’antan, experts dans les étoiles et les vents, ont tout apporté avec eux – poules, cochons, chiens, manguiers, etc. – pour s’installer durablement sur ces petites îles volcaniques pauvres en espèces végétales et animales.
Par ailleurs, des indices montreraient que pour éviter la surpopulation dans les premières îles conquises, les branches cadettes des familles de chefs migrèrent sur d’autres îles pour régner sur leurs propres terres. Et ainsi de suite, de génération en génération. C’est ainsi que durant des millénaires jusqu’aux alentours de 500 avant J-C, selon certains spécialistes, ou 1000 ans après pour d’autres, ces grands navigateurs ont colonisé le plus grand océan de la planète.


 


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