Aires marines protégées : au paradis des randonneurs palmés

Vendredi 23 mai 2014 à 08h56

Mots clés : , ,

Ce printemps, la France a créé sa plus grande aire marine protégée: le nouveau parc naturel de la mer de Corail, en Nouvelle Calédonie, qui est grand comme trois fois les eaux métropolitaines françaises. Désormais, 16% de nos eaux tricolores sont donc protégées, pour le plus grand plaisir des plongeurs.


Snorkeling sur le sentier sous-marin de Peyrefitte, à Cerbère (66). Crédit photo : Emmanuelle Rivas – Agence des aires marines protégées

Amis amateurs de randonnées subaquatiques en palme-masque-tuba, êtes-vous déjà allé vous balader dans une aire marine protégée ? Ou mieux, dans une zone de réserve intégrale ? L'expérience vaut le détour. Le premier poisson qui passera au coin de votre masque vous surprendra sans doute par sa taille. Puis vous verrez ses congénères à l'identique, ainsi que d'autres espèces de poissons: des bancs ou de gros individus solitaires, à peine troublés par votre présence, mais aussi des juvéniles partout autour de vous au printemps. Sans doute éprouverez-vous au cours de votre balade le sentiment d’être un naturaliste privilégié, et vous aurez raison. Les aires marines protégées sont extraordinaires. Non seulement nous pouvons y côtoyer la nature sous son meilleur jour, mais nous sommes souvent les seuls, avec nos palmes, masque et tuba, à avoir accès aux zones les plus préservées : les zones de non-prélèvement (réserve intégrale). Celles-ci sont interdites aux pêcheurs, aux chasseurs sous-marins, voire aux plongeurs en bouteille, les bateaux n’ont pas toujours le droit d’y mouiller ni même d’y naviguer. Aussi, la vie sous-marine, préservée, est riche et diverse. Spectacle garanti pour qui s’y promène masque sur les yeux et tuba en bouche.

 

Équilibre fragile

 

Pour autant, les aires marines protégées ne sont ni des Eden ni des sanctuaires. Elles sont ouvertes sur les océans, pour beaucoup accrochées au littoral et soumises aux déversements des terres. Et si elles profitent des courants et mouvements d’eaux pour exporter leurs richesses vers d’autres endroits. Elles peuvent aussi être sujettes aux invasions d’espèces. Elles n’échappent pas non plus au réchauffement climatique global ni à la pollution atmosphérique, elles doivent supporter les affres du trafic maritime et le développement de la plaisance… C’est d’ailleurs pour faire face à ces multiples agressions, palier l’appauvrissement des habitats et des espèces, qu'elles ont vu le jour. Le Centre mondial de suivi de la conservation de la nature (WCMC) en a recensé 7722 en 2013, couvrant près de 11 millions de km2, soit 3% de la surface des océans. L'objectif international de 10% d’AMP d'ici 2020 est donc loin d'être atteint. Mais la France, qui dispose du deuxième domaine maritime au monde (11 millions de km2) après les Etats-Unis, avance en tête: nous ne sommes plus qu'à 4% de notre objectif de 20% de surface protégée en 2020. L'Etat a multiplié les créations ces dernières années - parcs naturels marins de Mayotte (2010), du golfe du Lion (2011), des Glorieuses, des Estuaires picards et mer d’Opale (2012), parc national des Calanques (2012), parc marin international des Bouches de Bonifacio (2012) - et elle fourmille d’autres projets d’AMP en Corse, Normandie ou Martinique. Mais la création du parc naturel de la mer de Corail, en Nouvelle-Calédonie, lui a fait faire en bond en avant.

 

Accès réglementé


Les aires marines protégées répondent à différentes réglementations. Souvent, les activités professionnelles ou récréatives y sont limitées de manière graduelle par différents zonages : périmètre général - zone de protection renforcée - zone de réserve intégrale (le plus haut degré de protection).
Leurs gestionnaires et leurs équipes sur le terrain ont de multiples et précieuses missions, outre celle de contrôler la fréquentation des sites : prévenir la dégradation des habitats, et si possible les restaurer, offrir un refuge aux espèces menacées, accroître la production des juvéniles et faciliter le rétablissement des communautés d’espèces… Ils recensent les animaux - les mérous à Port-Cros, les sars le long des digues catalanes ou les grandes nacres au Cap d’Agde -, les marquent parfois, comme les bars en mer d’Iroise, posent des balises dans les herbiers pour contrôler leur état de santé, effectuent des prélèvements d’eau de mer, cartographient les fonds marins. Ils luttent aussi contre les espèces invasives, ou tentent de réintroduire des espèces menacées avant qu'elles ne s'éteignent : c’est le cas de la patelle géante (Patella ferruginea) en Méditerranée, ou du lamantin (Trichechus manatus) en Guadeloupe.

 

À savourer avec précaution

 

Les effets de la protection sont rapidement visibles : les poissons sont assurément plus gros et plus nombreux dans les aires marines protégées qu’ailleurs. Les études de suivi menées dans la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio en collaboration avec les pêcheurs artisanaux de la zone, ont par exemple montré qu’il existait six fois plus de poissons dans les zones de non-prélèvement que dans le périmètre général de la réserve. Cette richesse bénéficie bien sûr aux secteurs extérieurs de l’aire marine, grâce aux migrations saisonnières des adultes et à la dispersion par les courants des œufs et des larves des reproducteurs de grande taille. Et certaines espèces qui avaient tendance à déserter les petits fonds réinvestissent leurs habitats, pour notre plus grand bonheur. Alors, amis snorkelers (ce nom désigne les adeptes de la plongée palme, masque ou tuba), profitez-en, mais pas n’importe comment.

 

PRATIQUE:

 

Les aires marines protégées françaises comprennent notamment : les parcs naturels marins (Iroise, Mayotte, golfe du Lion, Estuaires picards et mer d’Opale, Glorieuses), le parc naturel de la mer de Corail nouvellement créé, les parcs nationaux (parc national de Port-Cros, parc national de la Guadeloupe, parc national des Calanques), les réserves naturelles (Cerbère – Banyuls, Scandola, Bouches de Bonifacio, Ile de La Réunion), les arrêtés de biotopes, les sites Natura 2000 en mer (site Natura 2000 du cap d'Agde), et les parties maritimes du domaine relevant du Conservatoire du littoral. Il existe également des aires marines protégées transfrontalières : le sanctuaire Pelagos, créé pour la protection des mammifères marins en Méditerranée (2002) entre la France, l’Italie et Monaco, et le parc marin international des Bouches de Bonifacio, trait d’union entre le sud de la Corse et le nord de la Sardaigne.

 

Plus d'infos sur www.aires-marines.fr

 

LIRE AUSSI:

Les plus beaux sites de plongée en Inde

Les plus belles plongées au Japon






SERVICE:
Toutes les prévisions météo du littoral et en mer pour la France par téléphone au 3201*.
Toutes les prévisions météo de vos voyages et vos navigations à l'étranger au 3264**.
Recevez la newsletter
tous les jeudis
* 3201 : Prévisions pour la France - 2,99€ par appel   ** 3264 : Prévisions pour le Monde - 2,99€ par appel
Fermer
Recevez chaque jeudi les coups de coeur de la rédaction