Alcyon 1871, la renaissance d’un bateau mythique

Lundi 26 mai 2014 à 10h47

Plus de 140 ans après la disparition totale de la série, un houari marseillais de régate file toujours sur les flots de la Grande Bleue. Alcyon 1871, une réplique mise à l’eau en avril 2013, a participé à la Calanques Classique le week-end dernier.


Crédit photo : Pierick Jeannoutot

La seule et unique réplique d’un houari marseillais de régate est née d’un pari fou : reconstruire à l’identique le bateau d’Emilien Rocca, l’arrière-grand-père de la propriétaire, régatier hors pair et membre fondateur de la Nautique de Marseille. Trois ans plus tard, avec la participation de l’Alcyon 1871 à la Calanques Classique, le pari est réussi. Et pourtant, rien n’était gagné d’avance. En lançant son projet, la propriétaire Edith Frilet ne disposait ni des plans du bateau, ni d’informations précises sur le gréement. « Quand j’ai décidé de faire reconstruire le bateau de mon arrière-grand-père, personne n’y croyait, ni ma famille, ni le milieu nautique. Mais j’ai décidé de me lancer car ce bateau, c’est une affaire sentimentale, nous confie-t-elle. Peu de gens connaissent cette partie du l’histoire du yachting, mais les haouris marseillais ont été les premiers bateaux à régater en Méditerranée. Ce sont des bateaux extrêmes, difficiles à manier car surtoilés, qui font partie du patrimoine marseillais. À l’époque, tous les équipiers de mon arrière-grand-père étaient cap-horniers ».

 

Un témoin vivant du savoir-faire provençal

 

Passionnée de voile, comme son mari Marc, Edith Frilet a décidé de braver les vents contraires. Elle s’est alors tournée vers Daniel Scotto, un charpentier naval provençal qui avait retapé quelques années auparavant son petit pointu d’époque. Et si elle ne disposait pas des plans du bateau, Edith Frilet a pu compter sur les nombreuses archives disponibles pour communiquer les informations nécessaires à Daniel Scotto. Tout comme à l’architecte naval, au maître gréeur et au maître voilier qui ont tous apporté leur patte à l’aventure, débutée dans un hangar de l’Estaque. « Mon arrière-grand-père était un très bon marin et gagnait toutes les régates de l’époque. Il possédait d’ailleurs plusieurs bateaux, dont Zyngara, qui a été rebaptisé Bel Ami par Guy de Maupassant après son rachat. Cela nous a aidés à trouver des informations, notamment dans le magazine Le Yacht, qui était la référence au milieu du XIXe siècle, poursuit Edith Frilet. Et puis ce bateau était mythique dans la famille. J’ai pu récolter beaucoup de renseignements, j’ai retrouvé le carnet de bord du bateau, de vieilles photos, poursuit-elle. La reconstruction du bateau, qui a les mêmes caractéristiques et le même gréement que son ancêtre, a duré un an ».

Mis à l’eau en avril dernier, le bateau, qui mesure 9 mètres au pont pour une longueur hors tout de 21 mètres et un plan de voilure de 150 m2, a reçu un accueil formidable à son entrée dans le Vieux-Port : les Marseillais lui ont fait une ovation. Une belle reconnaissance du travail accompli grâce à la volonté d’une femme souhaitant faire revivre ce bateau emblématique du patrimoine marseillais. « Alcyon 1871 est un témoin vivant du savoir-faire provençal. Au delà du plaisir que nous avons de régater avec depuis un an, il était important pour moi de montrer qu’à l’époque, les Marseillais savaient faire des bateaux très puissants, qui étaient considérés comme des pur-sang. En 1887, mon arrière-grand-père et ses amis, trouvant que les autres bateaux n’avançaient pas assez vite, avaient créé la Nautique, c’est dire ! » souligne Edith Frilet. Elle a choisi un chantier provençal pour mettre en valeur sa ville et sa région auxquelles elle est très attachée. « Depuis, on a beaucoup navigué dessus. C’est un bateau solide qui marche très bien même s’il est difficile à manier. Comme le veut la règle, le bateau n’a aucun winch et pratiquement pas de lest dans la quille », explique-t-elle. Après des premiers essais en mer mouvementés, inscrits sous le signe de l’émotion, mais également de la crainte de casser les espars en bois, Alcyon 1871 a tiré ses premiers grands bords l’an dernier pour rejoindre Monaco, où il était l’invité officiel de la Monaco Classic Week. S’il n’a pas brillé sur l’eau, il a attisé la curiosité de nombreux amateurs de bateaux historiques, surpris de voir surgir cette réincarnation d’un vrai dragster des mers tels qu’ils existaient dans la région au XIXe siècle. Depuis, Alcyon 1871 a gagné ses galons au Salon nautique de Paris en étant classé par Yachting Classique « 2e yacht classique de l’année ». Ses armateurs ont été élus « yachman et yachtwoman » de l’année 2013. Engagé sur la Calanques Classique, Alycon 1871 a terminé avant-dernier de la catégorie « Marconi 2 ». Malgré tout, les propriétaires se sont bien amusés. « Même si nous sommes mauvais, nous nous sommes bien amusés. Le classement est anecdotique avec notre rating tellement élevé », commente Edith Frilet dans un sourire.
 

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