Embarquement à bord d'un paquebot centenaire

Mardi 17 juin 2014 à 07h40

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Le MV Liemba navigue depuis 101 ans sur le lac Tanganyika, à la croisée de la Tanzanie, de la République démocratique du Congo, du Burundi et de la Zambie. C'est le plus vieux paquebot à passagers encore en circulation.  


Crédit photo est : Ch.G

Un vrombissement de locomotive, une longue traînée de fumée noire et une alléchante odeur de poisson grillé, c’est le mélange improbable que laisse dans son sillage le MV Liemba. Du haut de ses 101 ans, ce navire est le plus vieux transporteur de passagers en activité dans le monde. Pendant toutes ces années, son rythme tranquille de 8 nœuds n’a pas changé. Sa zone de navigation non plus : sa silhouette de 70 mètres de long arpente éternellement le lac Tanganyika, le plus long lac d’eau douce de la planète : 677 kilomètres  de long qui bordent la Tanzanie, la République démocratique du Congo, le Burundi et la Zambie.
Le premier et le troisième mercredi de chaque mois, le MV Liemba largue les amarres du petit port coloré et animé de Kigoma, en Tanzanie, au nord-est du lac et fait route vers le sud. En trois jours et deux nuits, il rallie Kasanga, dernière escale tanzanienne. Sa destination finale est la ville zambienne de Mpulungu.

Depuis l’indépendance du pays, au début des années 60, les Tanzaniens utilisent cet ancien bateau de guerre comme un bus pour aller commercer avec les habitants des autres villages. Un bus pas cher avec son moteur diesel. Pour faire encore plus d’économies, les autochtones prennent un billet en troisième classe : une place sur une simple banquette à l’extérieur. La nuit, ils dorment à même le pont, en famille, avec les poules, les sacs de farine, de maïs, les bicyclettes et les motoculteurs qu’ils ont embarqués.
Le navire fait escale dans une multitude de villes et villages. Il ne va pas à quai, non, ce sont les passagers qui le rejoignent, entassés à bord de pirogues avec leurs marchandises les plus diverses. Il n’est pas rare de voir passer des objets lourds et insolites, comme une remorque agricole, suspendus au bout de la grande grue du MV Liemba pour être transférés des pirogues vers la soute.

 

« Un bond dans le temps extraordinaire »


Pour les locaux, ce navire est un moyen de transport indispensable au quotidien. Pour les Occidentaux qui y embarquent pour le plaisir, « c’est un bond dans le temps extraordinaire », assure Charles, un Nantais de 33 ans qui y a réalisé une mini-croisière en mars dernier. Cet habitué des voyages en Afrique a cette fois-ci dormi en première classe. Pour 100 dollars les trois jours-deux nuits, il a ainsi joui d’une cabine, avec deux lits superposés, installée sur le pont extérieur, avec vue sur les magnifiques rives du lac. « Au début, je voulais prendre un billet seconde classe, mais dormir sur le pont inférieur, dans les entrailles brûlantes du bateau, m’a fait un peu peur », relate-t-il.
Ce séjour à bord du vieux navire reste pour lui une expérience unique. « Ce furent trois jours à contempler la ligne d’horizon de ce lac immense, comme si c’était la mer, en regardant, au loin à droite, défiler les terres du Congo et à gauche celles de Tanzanie. Quand on sait que ce lac est empli de crocodiles et que sa profondeur atteint, à quelques encablures de la rive, 200 mètres de profondeur, la sensation d’aventure est encore plus intense. »

Pendant trois jours, il s’est aussi fondu dans la vie à bord, où tout s’organise comme dans un village. « Le troc s’y déroule sans cesse. Les voyageurs échangent bananes et ananas contre quelques shillings tanzaniens. Le cuisinier du bateau, lui, achète aux vendeurs venus en pirogue poissons et poulets qui constitueront les repas des passagers. Lorsque j’y étais, nous étions environ 400 à bord, mais le bateau peut accueillir jusqu’à 600 personnes auxquelles il faut ajouter une trentaine de membres d’équipage. Quant aux pirogues qui arrivent surchargées pour débarquer et embarquer les habitants et leurs marchandises, c’est impressionnant. Elles frôlent à chaque instant l’accrochage et le chavirage, mais pourtant, tout se déroule sans heurt, comme si c’était calculé au millimètre. C’est vraiment « hakuna matata », comme on dit ici. C’est-à-dire, « pas de problème ».

 

Un destin hors du commun


Échapper de peu à la catastrophe, c’est un peu le destin de ce navire. Construit par les colons allemands en 1913, le MV Liemba, initialement appelé Graf von Götzen, avait pour mission de consolider la présence allemande en Afrique de l’Est pendant la Première Guerre mondiale. En 1916, il fut coulé par les forces germaniques elles-mêmes, dans la baie de l’Éléphant, pour éviter que les Alliés ne s’en saisissent. Après huit années passées au fond du lac, les Anglais le renflouèrent pour le remettre en service en 1927. De cette époque anglaise, il reste le beau salon, avec sa vue panoramique et ses vielles boiseries, dans lequel les dandys fumaient le cigare et buvaient le brandy. Aujourd’hui, les locaux y vendent cacahuètes, bières et chewing-gums. « Ce salon, avec son choc des atmosphères, résume parfaitement ce que l’on ressent à bord du MV Liemba », résume Charles.


Pour ceux qui veulent tenter l’expérience, un billet Paris - Dar El Salam, puis un vol Dar El Salam- Kigoma vous mèneront à bord de ce vieux paquebot. Et pour ceux qui n’ont pas l’âme d’un aventurier, il suffit de regarder le film The African Queen de John Huston avec Humphrey Bogart et Katherine Hepburn. Le Luisa en effet été directement inspiré du MV Liemba.

 


 


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