Charlotte Consorti «A 100 km/h, pas le droit à l’erreur»

Jeudi 9 juillet 2015 à 13h28

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Semaine du kite - A deux pas de la porte d’Auteuil, en terrasse du restaurant Les Deux Stations, nous retrouvons Charlotte Consorti. Souriante, la triple championne du monde de kite se livre, en toute simplicité, sur sa vie de sportive de haut niveau. Entre compétitions, voyages et records, la jeune femme mène sa vie à cent à l’heure.


Nautisme.com - D’où vient votre passion pour la mer ?

Charlotte Consorti - Mon père est Italien et ma mère est Bretonne. Je passais tous mes étés au bord de l’eau entre la Bretagne et l’Italie. J’ai commencé la voile au Croisic : d’abord l’Optimist, puis le catamaran et la planche à voile. Depuis toute petite, j’adore être dans l’eau, et la mer en particulier.


Comment avez-vous commencé le kitesurf ?

J’ai découvert le kite en attendant que le vent se lève pour faire de la planche. Très rapidement, j’ai revendu mon matos de planche à voile pour m’acheter mon premier kite. J’ai complètement arrêté la planche, je ne suis pas certaine de savoir encore en faire. Honnêtement, je n’étais pas douée. Je ne progressais pas. Alors qu’en kite, j’ai progressé très vite.

 

Le kitesurf a tout de suite été une évidence pour vous ?

J’ai participé à l’un des premiers stages de kite en France. J’étais la seule fille. J’essayais de « sortir de l’eau » dans mon coin. Mon copain pratique aussi ce sport, nous avons appris ensemble et nous nous sommes tirés mutuellement vers le haut. Peu de personnes faisaient du kite, c’était une chance d’être deux. Le matériel n’était pas aussi performant que maintenant. C’est devenu un sport beaucoup plus accessible.

 

Vous êtes spécialiste du kitesurf vitesse (kitespeed). Comment se déroulent les compétitions ?

Les manches durent 1 h 30. Nous naviguons en même temps que les garçons. Il y a ensuite deux classements différents. L’objectif est d’aller le plus vite possible sur une ligne droite de 500 m. Deux caméras, fixées au point de départ et d’arrivée, prennent notre temps exact. Il est affiché sur la plage ainsi que notre classement. Nos deux meilleurs temps sont retenus pour faire la moyenne. Pendant 1 h 30, nous pouvons faire autant de passages que nous le souhaitons. Pour valider une manche, il suffit d’en faire deux, mais c’est rarement dans l’intérêt du kitesurfeur. Le vent change pendant la manche. Plus nous réalisons de passages, plus nous avons de chances d’y être au bon moment. La compétition peut durer sur 5 jours et nous pouvons faire jusqu'à 3 manches dans la journée.

 

Le kite est un sport individuel. Comment gère-t-on sa stratégie de course ?

C’est un sport individuel mais nous évoluons au sein d’une équipe que ce soit avec l’équipe de France ou avec son « écurie » (comme en Formule 1, les sportifs ayant le même matériel forment une écurie). Pour les compétitions internationales, nous avons un coach sur la plage pour nous aider. Il nous donne notre classement, et le temps des concurrents mieux placés que nous. Il nous aide également pour changer rapidement de matériel pendant la manche, un peu comme un changement de roue en Formule 1.
Lors des compétions, nous sommes très solidaires. Nous nous surveillons les uns les autres. Si une personne a un problème en mer, on ira lui chercher sa planche, et on l’aidera à redécoller. C’est un vrai avantage d’être plusieurs à attendre le vent sur la plage.

 

Vous détenez le record féminin de vitesse, quel est le prochain objectif ?

J’aimerais atteindre la barre des 100 km/h, je pense que c’est possible. Peut-être pas tout de suite, mais on ne peut jamais le prévoir. Lorsque j’ai établi mon record à 50,43 nds (96 km/h), je ne m’y attendais pas, ce n’était pas mon objectif. Dans un premier temps, je veux battre mon record. Pour la suite, je ne me fixe pas de limite.

 

Que ressent-on, quand on est lancé à près de 100 km/h sur l’eau ?

Cela va très très vite (Rires). Nous sommes très concentrés. Il n’y a pas le droit à l’erreur. Nous n’avons pas vraiment le temps d’en profiter ni de se rendre compte que nous sommes en train de réaliser un « truc de fou ». Le moindre écart peut nous faire perdre beaucoup de vitesse. Nous devons analyser le plan d’eau. Il n’est pas parfaitement lisse sur les 500 m, nous devons anticiper les petits vagues pour ne pas être déstabilisés. Le vent n’est pas toujours stable. Nous examinons tous ces éléments.

 

La stratégie est-elle un point important ?

Nous avons beaucoup de paramètres à gérer. Il faut choisir le bon matériel, partir au bon moment, avoir la bonne rafale et tenir une trajectoire optimale.

 

Comment se déroulent les entraînements ?

Avec l’équipe de France, nous réalisons une préparation physique trois fois par semaine au Creps de Montpellier. Nous effectuons également deux stages d’une semaine. Le reste du temps, nous sortons dès que le vent nous le permet. Je navigue quasiment tous les jours. Je ne fais pas uniquement de la vitesse, je fais aussi du freestyle et de la vague. Il faut des conditions bien spécifiques pour s’entraîner à la vitesse : un plan d’eau particulier et du vent fort.

 

Quelles sont les qualités d’un bon kitesurfeur ?

Tout dépend de la discipline. En freestyle, il a besoin d’être explosif, dynamique et souple. C’est pour cela que beaucoup de jeunes en font. Après 25 ans, on est souvent trop vieux pour le freestyle (Rires). En vitesse, il faut être endurant. Généralement nous faisons 4 manches d’1 h 30 dans la journée. Nous avons besoin d’énormément de puissance et de force musculaire, notamment aux niveaux des jambes. Il faut également aimer le vent fort. Nous évoluons dans des conditions difficiles. Si nous allons à près de 100 km/h, cela signifie que le vent souffle très fort.

 

Vous êtes dépendants de la météo, n’est-ce pas frustrant par moment ?

Oui, parfois. Pour les records, nous faisons des tentatives sur un mois. Selon les conditions, il nous arrive de faire seulement une ou deux tentatives. Nous y allons uniquement quand tous les paramètres sont réunis. Nous pouvons courir dans des conditions de vent faible, avec un minimum de 20 nds (37 km/h). Il faut s’adapter. Lors de certaines compétions, nous allons sortir tous les jours, sur d’autres seulement un jour. J’ai raté un titre de championne du monde à cause de cela. Nous n’avions couru que 2 ou 3 manches. Dans ces conditions, nous n’avons pas le droit à un passage à vide. Pourtant, cela est vite arrivé: rater une manche, choisir la mauvaise aile, casser, et perdre le titre.

 

Vous arrive-t-il de saturer du kite ?

Oui, cela peut m’arriver d’en avoir marre mais c’est très rare. L’hiver, lors des compétitions, nous évoluons dans des conditions difficiles. Par exemple, à l’occasion du Mondial du Vent, nous subissons du vent fort tous les jours, après nous sommes un peu soûlés. Quand je range le matos, je me dis plus jamais ! Mais cela ne dure pas plus de 48 heures. A l’inverse, nous pouvons également perdre notre journée à attendre le vent. La passion peut nous fait espérer le vent pendant 10 heures, gonfler 5 ailes différentes avant de le voir tomber.

 

On associe souvent le kite à une activité de vacances, est-ce également vrai pour vous ?

Oui, même en vacances je fais du kite. Paris est le seul endroit où je suis sure de ne pas pouvoir en faire. Et encore quand il y a du vent, je regarde la Seine pour voir si je ne pourrais pas sortir (Rires).

 

Que conseillez-vous aux personnes qui veulent se lancer dans le kite ?

Je conseille de commencer par un stage, cela fait gagner énormément de temps. Ce n’est pas un sport dangereux mais il faut faire attention. On ne va pas prendre un parapente et s’envoler seul pour la première fois, le kite, c’est le même principe.
On a l’habitude de dire que le kite est plus facile que la planche à voile, êtes-vous d’accord ?
Oui, on ne passe pas par le moment ingrat du windsurf, à être sur la planche et à mettre des heures à relever la voile. En kite, même si l’aile tombe un peu au début, on a tout de suite des sensations sympas. On manie immédiatement l’aile, que ce soit sur la plage ou en nage tractée. C’est ludique et on prend du plaisir très rapidement.

 

Vous êtes-vous déjà faite peur en pratiquant votre sport ?

Lors de mon record, j’ai chuté et je perdu connaissance. Nous encaissons parfois des chocs très violents. Aujourd’hui, j’évite de me faire peur. Je fais attention, si je ne me sens pas, si les conditions ne sont pas bonnes, je n’y vais pas. En compétition, c’est différent car il y a les autres compétiteurs et les secours.

 

Quelle est votre plus grande fierté ?

Mon record. Les titres de championnes du monde sont très beaux mais nous sommes peu à participer. Le record, c’est encore plus fort. Je suis entrée dans le top 10 des meilleurs kitesurfeurs hommes et femmes confondus à cette occasion.

 

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