Alban Michon – « La glace raconte une histoire »

Lundi 13 juillet 2015 à 13h58

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Semaine de la plongée - Alban Michon, spécialiste de la plongée sous-marine sous glace, vous propose un retour sur deux expéditions marquantes. Cap sur le Pôle Nord et le Groenland. Immersion glaciale garantie.


Crédit photo : Andy Parant

Nautisme.com - Comment avez vous débuté la plongée ?

Alban Michon - Chaque année, j’allais à la mer avec mon masque et mon tuba, je passais beaucoup de temps dans l’eau, j’y étais bien. J’ai également été inspiré par le commandant Cousteau. A l’époque, nous commencions à avoir des images de la vie sous marine. A 11 ans, j’ai fait mon baptême de plongée dans une piscine. C’est devenu une véritable passion.

 

Quel élément vous a séduit dans la plongée?

Deux choses me fascinent. Je suis tout d’abord sensible à l’environnement dans lequel j’évolue. J’apprécie autant de voir des poissons qu’une roche ou simplement de l’eau à perte de vue. Je plonge toujours dans l’objectif de découvrir quelque chose. Enfant, je voulais trouver un trésor. J’ai conservé cet esprit explorateur. D’autre part, j’aime les sensations que me procure mon sport. Etre en apesanteur est une sensation que je connais uniquement en plongée, j’ai l’impression de voler dans l’eau.

 

La perception du temps est-elle différente sous l’eau ?

Nous sommes dans un autre univers, complètement coupé de notre monde. Le téléphone, internet tout nous paraît loin. Peu importe ou l’on plonge dans le monde, une fois la tête sous l’eau, on est ailleurs. On oublie ce qui se passe à la surface.

 

Vous vous êtes spécialisé dans la plongée sous glace, pourquoi ce choix ?

J’ai commencé la plongée sous glace par hasard en 1998. Un 31 décembre, je me suis retrouvé à plonger dans un lac gelé avec des amis. J’ai trouvé cela magnifique. Aujourd’hui, je suis intimement lié à la glace, je l’entends, je la vois vivre. J’ai appris à la connaître. Je prends également beaucoup de plaisir à la faire découvrir. La glace possède une histoire et elle nous la raconte. Aussi insignifiante qu’elle puisse paraître, elle est un témoin de l’histoire de notre planète. La glace a accueilli les premiers explorateurs, elle a pris au piège des bateaux, cela me fascine. C’est à la fois fragile et puissant.

 

Vous plongez dans des endroits inaccessibles à la plupart des Hommes, pouvez-vous nous décrire ce monde ?

C’est vrai, tout le monde ne peut pas plonger dans les eaux polaires. Je possède deux écoles, une à Tignes et l’autre à Val Thorens. Sans partir à l’autre bout du monde, elles offrent la possibilité de pouvoir gouter aux joies de la plongée sous glace. Qu’on soit près des pôles ou à Val Thorens, on retrouve les mêmes couleurs. Un site de plongée est toujours très impressionnant. Le blanc de la neige contraste avec la noirceur de l’eau. Une fois la tête sous l’eau, c’est lumineux et clair. La neige et la glace forment un plafond translucide qui agit comme un filtre et provoque des jeux de lumières. Les bulles qu’on expire du détendeur se collent au plafond et entament une danse féérique. C’est poétique. J’ai beaucoup d’émotions quand je suis sous la glace. Dans les eaux polaires, la puissance de l’élément est multipliée par 10 ou par 15 par rapport à un lac de montagne. Les bruits de craquements de la glace nous rappellent à notre condition.

 


Vous avez plongé au Pôle Nord, pouvez-vous nous parler de cette expédition ?

En 2010, je suis parti au Pôle Nord avec 7 autres personnes. L’expédition a duré 45 jours. L’avion nous a déposé à 70 km du Pôle Nord géographique. Il ne pouvait pas atterrir plus près à cause des crêtes de compression. Ce qui m’a tout d’abord subjugué ce fut le silence. J’ai fait l’expérience du silence, LE vrai. Dès notre arrivée, nous étions dans l’ambiance des grandes expéditions : un monde blanc, froid, polaire avec le soleil à l’horizon. C’est à couper le souffle. Les plongées sous la glace de la banquise Arctique sont phénoménales. L’eau est d’une limpidité extraordinaire. Nous avions plus de 150 m de visibilité, 4000 m de fond en dessous de nous et 30 m de glaces au dessus. C’est une plongée dans l’histoire également. Peu de plongeurs ont la chance de découvrir de ces lieux au pôle nord géographique.

 


Quels éléments vous poussent à plonger dans des endroits hostiles à l’homme ?

L’exploit sportif n’a jamais été un objectif. Ce qui m’intéresse, c’est de faire rêver les gens en ramenant des images de lieux reculés. Le monde est en perpétuel changement, par les photos, je cherche à laisser une trace. C’est une manière différente de promouvoir la protection de l’environnement. Je ne suis pas favorable au discours cherchant à culpabiliser les populations. Je pense qu’il est plus efficace de montrer les trésors de notre planète et de les considérer comme une chance. Pour moi le culte de la peur n’est pas la solution pour intéresser les gens à la protection de l’environnement.

 

Deux années après votre expédition au Pôle Nord vous êtes partis au Groenland. Quelles difficultés avez vous affrontées ?

En 2012, nous sommes partis, avec Vincent Berthet, parcourir 1000 km en kayak le long des côtes du Groenland. Nous voulions circuler dans les fjords, entre les icebergs, avec un moyen de locomotion non polluant. Je voulais absolument plonger sous, les icebergs, je ne connaissais pas cette glace. L’aventure a duré 51 jours. Nous avons eu des conditions extrêmement difficiles. L’année 2012 fut relativement chaude et nous avons subi la fonte des glaces, ce qui a créé du brash. La multitude de fragments de glace éparpillés sur l’eau ralentissait notre progression. Nous avons dormi une nuit sur notre kayak car une barrière de glace nous empêchait d’accéder à la côte. Le lendemain, pour nous libérer, j’ai du plonger et déplacer les blocs de glace. Ce fut une aventure formidable mais très difficile. Nous en avons fait un livre et un film. L’idée quand vous faites une expédition, c’est de la partager. J’ai réalisé des conférences, des interventions dans les écoles, etc. C’est important de faire rêver, d’apporter du positif et de l’optimisme.

 

Pouvez-vous nous décrire le moment de la plongée dans les eaux polaires ?

A Tignes ou à Val Thorens, je maitrise mon environnement, je suis dans ma zone de confort. Quand je m’immerge dans les eux polaires loin de tout contact avec l’homme et de tout secours, je suis plus concentré que jamais. Lorsque Vincent me parlait avant une plongée, je ne l’entendais pas. J’étais déjà dans ma bulle. Cela me permet de rester vigilant tout au long de l’exercice. On ne part pas par hasard dans les eaux polaires, j’ai 27 années de pratique derrière moi. Dans l’eau, j’écoute mon corps et je prête attention à l’environnement. Nous ne sommes pas des têtes brulées. Une plongée est toujours réfléchie. Nous avons un matériel adapté et des procédures de sécurité importantes. Je plonge dans des endroits ou peu de personnes sont allées. Dans ces moments-là, je me prends pour un aventurier, un explorateur (Rires). Je connais ma chance d’explorer ces lieux. Je suis tellement bien dans l’eau !

 

Avez-vous un moment insolite à partager avec nous ?

Lors d’une de mes plongées au Groenland, je me suis retrouvé nez à nez avec un ours polaire. Nous étions à 2 m l’un de l’autre. Il me regardait dans les yeux. Il était curieux et se demandait ce qu’il avait en face de lui. C’était incroyable d’être face à un ours polaire. Dans la même situation sur terre, il m’aurait agressé. L’eau n’est pas son élément même si c’est un très bon nageur, j’étais incapable de le suivre.

 


Comment se passe votre retour après de telles expéditions?

On est vidé, on met du temps à s’en remettre. Au retour, on apprécie la douceur du soleil sur la peau. Après avoir mangé énormément de produits lyophilisés, on a envie de légumes et de fruits. Dans notre vie de tous les jours, nous sommes habitués au confort. Cette expédition a fait office de reset (remise à zéro). Nous prenons conscience que nous sommes des invités sur cette planète. Dans nos vies de tous les jours, on maitrise la nature. Lors de ces expéditions, c’est la nature qui vous maitrise. Cela m’a permis de relativiser beaucoup de choses.

 


Vous êtes vous habitué au froid?
Malgré notre équipement, nous ressentons tout le temps le froid. Pendant les 15 premiers jours, le corps humain a beaucoup de difficultés à s’adapter. Après ce délai, notre métabolisme adopte une technique pour survivre. On s’habitue au froid. Au pole nord, pendant 2 semaines, j’avais l’impression que Mike Tyson me boxait la tête.

 

Quels sont les prochains défis que vous souhaitez relever ?
J’aimerais découvrir les moulins. Ce sont des crevasses remplies d’eau se trouvant à l’intérieur des glaciers. Cela n’est pas évident, il faut aller sur les glaciers, trouver des moulins et pouvoir s’infiltrer à l’intérieur. C’est extrêmement compliqué à cause des mouvements des glaciers et de la température de l’eau. Elle est à l’état de surfusion, elle varie entre -5° et -8°. Le matériel est soumis à rude épreuve. C’est un rêve de découvrir le cœur d’un glacier.

 

Tout le monde peut-il faire de la plongée sous glace ?

Oui, il faut simplement en avoir envie. On organise même des baptêmes. C’est très accessible. On plonge avec un équipement complètement étanche. On ne ressent pas le froid. Les plongeurs sont conquis par le spectacle. Quand ils ressortent, ils ont l’impression d’être partis loin. Ils déconnectent complètement du monde réel.

 

Si vous souhaitez plonger avec Alban Michon rendez-vous sur le site internet de l’école de plongée de Tignes. 

 


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