Guillaume Néry – «En bas, aucune envie de respirer»

Vendredi 17 juillet 2015 à 13h15

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Semaine de la plongée – Avec un record à -125m, Guillaume Néry est le spécialiste français de l’apnée. Il nous présente sa discipline à la fois intrigante et passionnante.


Crédit photo : Julie Gautier

Nautisme.com - Quelle est la philosophie liée à l’apnée?

Guillaume Néry - L’apnée apporte une forme de sérénité. Nous essayons de nous tenir éloignés de toutes sources de stress. Nous avons également une forme de respect et d’humilité face aux éléments qui nous dépassent. Nous ne cherchons pas à prendre le contrôle sur la nature.

 

  

Que ressent-on lorsque l’on plonge à près de 100m de profondeur ?

La pression de l’eau s’exerce sur l’ensemble de notre corps. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de beaucoup de temps pour nous adapter. Nous devons être patients pour progresser.



Ressentez-vous l’envie ou le besoin de respirer au cours de vos plongées ?

Au fond de l’eau, je n’ai jamais cette envie. C’est pour cela que je continue à descendre. Ce sport exerce une grande attraction sur ses pratiquants. Après les 30 premiers mètres de la descente, je me laisse tomber comme une pierre. Nous sommes dans une zone de confort où nous consommons peu d’oxygène. Par contre, lors de la remontée l’envie de respirer se fait sentir. Nous fournissons un gros effort et nous avons envie d’atteindre la surface. Je ne pense pas que cela soit diffèrent d’une course ou d’un marathon. A la fin d’un effort physique, il y a toujours une certaine souffrance. Cela ne nous pousse pas pour autant à une pulsion de mort.

 

Etes-vous lucide tout au long de la plongée ?

Oui, même s’il existe une phase entre notre marque et la remontée à la surface appelée l’ivresse des profondeurs, la narcose, qui nous amène dans des univers un peu particulier.

 

Avez-vous un rituel avant de plongée ?

J’insiste sur une seule chose : la respiration. Je calme mon rythme cardiaque pour être dans une économie totale d’énergie. Je rentre dans une forme d’hibernation pour être dans les meilleures dispositions pour faire l’apnée la plus longue et donc la plus profonde.

 

Quelle qualité possédez-vous pour plonger à de telles profondeurs ?

Je possède certaines prédispositions naturelles. J’ai un métabolisme très bas. Naturellement, j’ai des fibres musculaires qui consomment peu d’énergie. J’ai des facilités pour équilibrer la pression. J’ai également eu la chance d’être au bon endroit au bon moment. A Nice, j’ai été entouré par les meilleurs. Ils m’ont permis de progresser beaucoup plus vite que la normal.

 

A quoi pensez-vous pendant vos plongées ?

J’utilise une méthode de méditation. Je me focalise sur l’évolution de mon corps, c’est à dire la manière dont il se transforme avec la pression. Toute mon attention est portée là-dessus. Tout le reste est inexistant. Je vis l’instant présent sans penser aux soucis qui m’attendent à la sortie, tout est au ralentit. Je suis dans la seconde qui est en train de passer. Cette pratique est thérapeutique. C’est une pause dans la frénésie de la vie de tous les jours où le mental est en suractivité.

 

Comment se déroulent les compétitions ?

Nous avons une seule tentative. En apnée, nous n’établissons pas une marque au hasard, lors de la descente. Nous devons annoncer notre performance avant de plonger. Nous ne prenons pas de décisions pendant la plongée. L’annonce de notre profondeur est faite de manière individuelle et sans connaissance du choix des adversaires.

Que se passe-t-il lorsque la marque n’est pas atteinte ?

Plusieurs scenarios sont possibles. Il arrive que pendant la plongée nous n’atteignons pas les marques à cause de soucis techniques ou parce qu’on le sent pas tout simplement. L’autre scénario possible est d’aller en bas mais d’avoir annoncé une marque trop ambitieuse et de faire une syncope, une perte de connaissance, en remontant à la surface. Cela invalide totalement la performance. D’où l’importance de faire une annonce intelligente.

 

Cela arrive-t-il souvent ?

Cela est assez rare. On met en place énormément de chose pour éviter d’y être confronté. Une perte de connaissance a un impact sur notre physique. Une syncope : prise en charge rapidement n’est pas grave en soi, mais cela reste dangereux même si on est très bien encadré. Ce n’est jamais complètement anodin. Cela a un impact physiologique et psychologique. Lors d’une apnée on recherche la maîtrise et le contrôle de soi faire une syncope est synonyme de perte de contrôle. On peut perdre confiance et être totalement déstabilisé pour le reste de la saison.

 

En termes de compétition de quel résultat êtes-vous le plus fier ?

J’ai battu 4 fois le record du monde ce sont des accomplissements dont je suis fier mais la plus belle satisfaction reste le championnat du monde que j’ai remporté en 2011. J’avais vraiment l’impression d’être allé au bout de quelque chose.

 

Aviez-vous fait l’annonce la plus importante ?

Non, j’avais annoncé 117 m. Deux compétiteurs avaient annoncé 118 m. L’un n’est pas allé jusqu'à la marque et l’autre a fait une syncope en surface. Tenter le tout pour le tout est une stratégie qui marche rarement dans notre milieu.

 

Le Grand Bleu a-t-il véhiculé une fausse image de l’apnée ?

Le Grand Bleu n’est pas un reflet exact de l’apnée d’aujourd’hui. Cependant, ce film a été le déclencheur et nous devons tous remercier Luc Besson. L’apnée a été portée aux yeux du grand public grâce à ce film et non grâce aux performances des sportifs. Inclinons nous et remercions Luc Besson (Rires).

 

L’apnée No Limit ne correspond plus à l’apnée d’aujourd’hui, d'après vous.

Le grand Bleu a montré une certaine facette de l’apnée, qui était une réalité dans les années 80. A l’époque, ce n’était pas un sport mais une aventure. Nous étions dans de l’expérimentation. Aujourd’hui le No Limit a montré ses dangers. Cette discipline est amenée à disparaître. C’est une vitrine montrant ce qu’a été l’apnée.

 

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