Chiloé, la vie à un fil

Lundi 12 octobre 2015 à 08h45

Dans l’île de Chiloé, en Patagonie chilienne, les pêcheurs continuent de travailler au narguilé. Reliés à la surface par un tuyau, ils passent des heures sous l’eau en quête d’algues rouges et d’ormeaux endémiques dont les marchés asiatiques sont friands. Embarquement sur la côte Pacifique avec ces plongeurs… de fortune.


©S.Pierrefeu/B.Dumeau

La brume se lève enfin et révèle un paysage de falaises et d’écueils où respire la houle. Cinq barques dérivent autour d’une roche qu’ourle un ressac léger. Depuis quelques semaines, la pêche au « loco » - Concholepas Concholepas - est ouverte. Les marins du village Chépu profitent de chaque journée de calme pour franchir la passe qui sépare la rivière du large et longer la côte sauvage, vers les endroits où prolifèrent les coquillages. Pour les atteindre les plongeurs doivent descendre par quinze, vingt et même trente ou quarante mètres de fond. 

La combinaison de néoprène a remplacé le scaphandre ; les plongeurs respirent au moyen d’un embout buccal, mais le principe du tuyau relié, en surface, à un compresseur d’air a été conservé. Chaque plongeur – souvent patron et propriétaire de la barque – embarque un matelot qui demeure en surface et l’assiste pendant ces séances qui peuvent durer jusqu’à quatre heures. « Nous avons essayé de plonger avec des bouteilles d’air… mais elles ne durent pas assez longtemps. », expliquent les hommes de Chépu. De plus, elles sont chères à l’achat et délicates à entretenir. Les Chilotes leur préfèrent ces compresseurs archaïques, faciles à réparer, dotés de manomètres qui permettent d’adapter la pression de l’air à la profondeur souhaitée. Quant aux tuyaux, quand ils s’endommagent, un morceau de chambre à air suffit à colmater la fuite.

 

Fortune de mer

Autour des barques, une loutre apparaît, curieuse. Les assistants la remarquent à peine. Ils sont trop occupés à guetter les bulles en surface - signe que leur plongeur respire - et la dérive des autres barques – pas question de laisser les narguilés s’emmêler. Une main sur le tuyau, ils « écoutent » leur pêcheur, qui communique avec la surface en agissant sur ce fil d’Ariane. C’est par ce moyen que l’assistant indique par exemple à son patron qu’il est temps de remonter pour une courte période de répit, s’il n’est pas reparu après une demi-heure d’immersion.

Deux coups secs signifient que l’assistant doit envoyer par le fond une nouvelle nasse. Un nouveau coup et le matelot remonte la nasse pleine. Les coquillages se déversent sur le pont, musculeux et luisants de sel. Depuis le début des années quatre-vingts, les gourmets d’Asie du Sud Est se sont entichés de la chaire violette, très goûtée, de ce gastéropode présent uniquement sur une partie de la côte chilienne et péruvienne. Ils sont plus de trois mille, à Chiloé, à plonger dans les eaux glacées pour traquer ce trésor devenu rare et vendu à prix d’or sur les marchés asiatiques.


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