Red Bay : Un port baleinier basque... au labrador

Vendredi 6 novembre 2015 à 08h19

Au XVIe siècle, l’anse de Red Bay, au sud du Labrador, devient un important port baleinier basque. Chaque été, à partir de 1520, des galions effectuent le voyage du Golfe de Gascogne au Golfe du Saint-Laurent. Visite du plus basque des ports du Grand Nord.


©Sandrine Pierrefeu

L’anse est presque fermée par une île qui la protège des vents et des vagues, et même des icebergs qui remontent le Saint-Laurent en été. Red Bay, avec ses rives basses, ses grèves de sable et ses ruisseaux, forme un abri idéal. Située par 51° 43’ 55” Nord et 56° 25’ 32” Ouest, elle se trouve juste à l’entrée du détroit de Belle-Île : le passage étroit qui sépare le sud du Labrador de l’île de Terre-Neuve et forme l’embouchure nord du grand fleuve canadien. Le long de la « Labrador Coastal Drive », cette route à demie goudronnée qui relie le sud de la Province à Labrador City, ce village de deux cents âmes fut jadis le principal port baleinier de la région.

Les pêcheurs basques les plus hardis fréquentaient déjà ces parages de brume continuelle et de tempêtes au XVe siècle, en quête de morues, abondantes dans ces eaux froides et fertiles. Au début du XVIe siècle, ils observent que chaque année, des dizaines de milliers de baleines boréales et de baleines noires passaient le détroit pour se nourrir et mettre bas dans le Golfe du Saint-Laurent. Les baleiniers qui sauraient se placer à l’entrée du Golfe n’auraient qu’à les cueillir pour faire fortune. Dès 1520, les premiers galions basques, chargés d’énormes tonneaux, de chaloupes et de harpons mettent le cap sur le Labrador. Bientôt, une véritable migration saisonnière s’organise. Jusqu’à une quinzaine de navires et plus de six cents hommes embarquent pour le Canada à chaque printemps.


Des épaves dans la baie

Tous ces navires ne revenaient pas au port. Certains se perdaient, d’autres se trouvaient drossés à la côte ou éventrés par les glaces. Ainsi en fut-il du San Juan, qui sombra pendant une tempête à l’automne 1565. Son épave a été retrouvée il y a quelques années par dix mètres de fond à l’entrée du port, parmi d’autres coques de bois. Son état de conservation impeccable en faisant l’une des épaves les plus anciennes et les mieux conservées du continent américain, elle fut renflouée et classée monument historique canadien, puis site mondial de l’Unesco.

À l’extrémité du village aux toits rouges, un bâtiment a été construit pour abriter les restes de la coque et les objets sortis des eaux. Passées ses portes, le temps s’arrête. Sous les membrures massives, les tonneaux s’amoncellent. Les outils et les pièces d’accastillage voisinent avec les harpons, les coutelas et les chaudrons. Toute une industrie s’est tenue là, pendant près d’un siècle.

Durant les cinquante ans d’activité la plus intense, 20 000 baleines ont été tuées dans ces eaux. Décimés, les grands mammifères se sont raréfiés, puis ils changèrent de routes migratoires. On ne trouve plus de baleines boréales dans le Saint-Laurent et la baleine noire préfère désormais la baie de Fundy et la côte du Maine. D’autres espèces, désormais protégées, fréquentent le détroit. Un souffle apparaît justement, tandis que la lumière joue sur un iceberg. Bleu, blanc, vif.

 


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