Parc naturel marin du cap Corse et de l'Agriate : l'avis du public

Mercredi 2 mars 2016 à 07h08

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Nul doute que le Parc naturel marin du cap Corse et de l'Agriate sera créé ; la publication du décret devrait intervenir cet été. Pour l'heure, dans la continuité du processus, c'est le temps de l'enquête publique. La consultation est ouverte depuis le 18 février jusqu'au 12 avril inclus dans 27 communes. Avis donc à la population !


Centuri, où l'on pêche encore la langouste avec conviction. Crédit photo : Isiwal, via wikimédia commons

Après les phases de concertation avec les acteurs locaux (élus, professionnels de la mer, représentants du milieu associatif), d'élaboration et de validation du projet, c'est désormais à la population de s'exprimer sur le projet de création du Parc naturel marin du cap Corse et de l'Agriate (PNM CCA). La consultation publique est organisée du 18 février au 12 avril dans les mairies des 27 communes* littorales entrant dans le périmètre du Parc. Chacun peut donc, s'il le souhaite, s'informer du dossier et apporter sa contribution au projet. Le document est consultable en mairie aux jours et heures habituels d'ouverture et des registres sont ouverts (durant les 55 jours d'enquête) pour recueillir les observations des intéressés ; des permanences du commissaire enquêteur sont également prévues à dates et horaires fixes (la première a lieu le 22 février à Pietracorbara).

De Bastia à Lozari

D'une superficie d'environ 7 000 km2, bordant 225 km de côtes, le parc naturel marin engloberait tout le cap Corse, depuis le nord de Bastia (Ville-di-Pietrabugno) sur sa façade orientale, et se prolongerait sur la côte occidentale de l'île jusqu'à la pointe de Lozari, incluant de fait le littoral du désert de l'Agriate ; les limites au large iraient bien au-delà des 12 mille nautiques (voir carte). Le « livret de propositions » soumis à enquête publique détaille également la composition du Conseil de gestion, amené à mettre en œuvre la politique du parc ; il réunit pour l'heure 46 membres. Surtout, il pose un certain nombre de diagnostics et propose des pistes d'actions concernant :
- la connaissance des espaces littoraux et marins ;
- la sensibilisation et l'accompagnement des usagers dans leurs pratiques ;
- la préservation, voire la restauration, des écosystèmes ;
- l'amélioration de la qualité des eaux ;
- le partage de l'espace (entente entre usagers professionnels et récréatifs) ;
- la transmission de la culture maritime locale.

Des territoires singuliers

Le cap Corse et l'Agriate sont des territoires très différents du reste de l'île. Le cap est un paradis discret. Une péninsule de roches magnifiques (des schistes luisants, serpentine verte, pierre marbrée), partagée par une chaîne montagneuse culminant à 1 322 m ; alors que sa côte orientale est peu escarpée, formée de vallées qui descendent doucement vers la mer, la côte ouest est comme une longue falaise qui plonge directement dans les profondeurs de la Méditerranée. Le cap offre des endroits perdus, de minuscules marines, des criques désertes même en pleine saison touristique. Ici, pas de sable blanc ni d'hôtel clinquant mais des plages de galets et des sangliers qui gambadent le long des sentiers. Tout le long du littoral, ce sont aussi des tours génoises, des couvents et des églises au bord de l'eau, des moulins, des villages remarquables… Et à l'extrémité du "doigt", la puissance de l'île de la Giraglia bravant les éléments ; une impression de bout du monde.
Le désert de l'Agriate est tout aussi singulier. Ce sont plus de 15 000 hectares vierges de toute construction, laissés à la nature. Un territoire rocailleux et vallonné, sec et brûlant l'été, mais au rivage paradisiaque : ses 40 km de côtes sont bordées de longues plages de sable blanc, d'eau turquoise, de criques uniquement accessibles par la mer.

Mer patrimoniale

Dans les eaux du futur parc vivent des espèces animales et végétales de premier ordre : mérou brun, corb, denti, chapon, cigale et araignée de mer ; Centuri reste l'un des plus importants ports français de pêche à la langouste ; les herbiers de posidonie, vigoureux, remplissent parfaitement leur office ; grottes sous-marines, atolls de coraligènes, monts sous-marins et canyons profonds complètent la variété des habitats. Dauphins communs (très fréquemment observés, certains pourraient même être sédentaires) et tortues couannes fréquentent aussi le littoral, quand ce ne sont pas les grands cétacés qui migrent au large par le canal de Corse.
La zone d'étude du Parc naturel marin a des atouts indéniables : un patrimoine naturel et culturel évident, déjà largement reconnu (sanctuaire Pelagos, réserve naturelle des îles Finocchiarola, sites du Conservatoire du littoral, arrêtés de protection de biotope, Natura 2000 en mer), une population restreinte (moins de 10 000 habitants se répartissent sur les 27 communes littorales concernées par le projet), une faible pression de pêche (50 embarcations sur le périmètre du parc, dont la majorité pratique une petite pêche côtière), une absence d'industrialisation… Cette situation privilégiée est somme toute fragile : la population résidente est cinq fois plus importante en période estivale, la pêche de plaisance ne fait qu'augmenter, les ancrages forains dans les herbiers continuent de faire des désastres, la qualité des eaux est loin d'être optimale sur certains sites (golfe de Saint-Florent, au large de Canari), les activités de loisirs se multiplient, la réglementation n'est pas toujours respectée, les déchets en mer (plastiques et autres) sont toujours plus nombreux, comme les nuisances sonores, le trafic maritime… sans compter les multiples conflits d'usages pour le partage de l'espace et des ressources.

Il existe sept parcs naturels marins actuellement en France, en métropole et outre-mer. Celui du cap Corse et de l'Agriate sera sans doute le huitième (sur les dix que la France s'est engagée à créer). L'Agence des aires marines protégées, en charge du réseau national des parcs naturels marins, et l'Office de l'environnement de la Corse unissent leurs compétences et leur expertise en ce sens. La création d'un parc naturel marin est un projet collectif, pour lequel chacun doit prendre sa part. Lecteurs concernés par le projet, votre avis est attendu !


* Ville-di-Pietrabugno, San-Martino-di-Lota, Santa-Maria-di-Lota, Brando, Sisco, Pietracorbara, Cagnano, Luri, Meria, Tomino, Rogliano, Ersa, Centuri, Morsiglia, Pino, Barrettali, Canari, Ogliastro, Nonza, Olmeta-di-Capocorso, Farinole, Patrimonio, Saint-Florent, Santo-Pietro-di-Tenda, San-Gavino-di-Tenda, Palasca, Belgodère.
Le projet est également consultable dans les locaux de la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) à Bastia et à la Direction interrégionale de la mer Méditerranée à Ajaccio. Egalement en ligne sur www.haute-corse.gouv.fr et sur
www.aires-marines.fr


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