Le poisson-lion : un véritable fléau aux Antilles

Jeudi 14 juillet 2016 à 16h06

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Plongeurs en bouteille, chasseurs sous-marins, pêcheurs professionnels, restaurateurs de la Guadeloupe et de la Martinique... C'est une stratégie globale de lutte contre son invasion qui se met en place dans les Petites Antilles, à laquelle tous sont appelés à participer. L'ennemi à abattre est clairement identifié : la rascasse volante Pterois volitans, aussi belle que menaçante, appelée aussi le poisson-lion.


Un juvénile attrapé par un moniteur au cours d’une plongée sur les récifs de Belize. Crédit photo : Serge Melki (CC-BY-2.0, via Wikimedia Commons)

Plutôt joli avec sa crinière rayée et son corps coloré... En réalité, le poisson-lion est un véritable fléau pour les Antilles et la vie sous-marine. Il dévore tout sur son passage : poissons et crustacés... Rien ne l'arrête, car il n'a aucun prédateur. De plus, il se reproduit à une vitesse fulgurante. Un vrai danger pour la biodiversité. A phénomène d'ampleur, mesure exceptionnelle.

Une invasion fulgurante

En à peine cinq ans, le poisson originaire de l'Indo - Pacifique a envahi les eaux de la Guadeloupe et de la Martinique. Mais les deux îles de l'Atlantique tropical ne sont pas les seules touchées par le fléau Pterois. Deux espèces de rascasses volantes sont à l'origine incriminées : Pterois miles et Pterois volitans ont été introduites accidentellement au début des années 90 au sud de la Floride (six spécimens se seraient échappés d'un aquarium endommagé par l'ouragan Andrew en 1992). Elles se répandent alors rapidement le long de la côte atlantique des Etats-Unis, mais alors que la première s'y cantonne, la seconde entreprend une véritable conquête du bassin caraïbe. L'expansion de Pterois volitans est fulgurante depuis le début des années 2000 et menace aujourd'hui gravement l'équilibre des récifs coralliens de la Floride bien sûr, mais aussi des Bermudes, des Bahamas, des Antilles, jusqu'au pourtour continental de la Caraïbe, du golfe du Mexique au Venezuela.

Ennemi sans prédateurs

La rapidité et l’ampleur de l’implantation inquiètent. Situé au sommet de la chaîne alimentaire de l'écosystème récifal, l’animal n'a que peu de prédateurs : certaines espèces de mérous et de carangues, certes, mais les individus suffisamment grands pour avaler des rascasses pouvant atteindre plus de 47 cm de long ne sont pas légion. Les poissons capables de supporter le terrible venin de leurs épines dorsales, annales et pelviennes non plus.
La rascasse volante, par contre, est un prédateur vorace. Si elle se contente de crabes, crevettes et vers dans son jeune âge, adulte elle se nourrit quasi exclusivement de poissons, qu'elle chasse la nuit durant. Des études de contenus stomacaux ont montré une consommation possible de 50 espèces de poissons, appartenant à 21 familles, et des estimations, établies dans les zones à densité très élevée des Bahamas, avancent une prédation de l'ordre de quelque 800 kg de proies par hectare et par an ! Tout poisson mesurant jusqu'à une quinzaine de centimètres de longueur devient une proie potentielle.

Ajoutons comme autres facteurs favorables à son établissement sa maturité sexuelle relativement précoce (atteinte à une taille d'environ 10 cm pour les mâles, 15 cm pour les femelles, soit à moins d'un an), sa longévité (inconnue en milieu naturel mais estimée à 10 ans en aquarium) et surtout sa fécondité exceptionnelle : la femelle pond environ 30.000 œufs tous les 4 jours, durant toute l'année ! Après un développement planctonique de 25 à 40 jours, les larves rejoignent le fond et deviennent juvéniles, lesquels vont coloniser les récifs coralliens et les fonds rocheux comme les mangroves et les herbiers.

Adultes, les rascasses volantes sont typiquement des poissons de récifs coralliens, au comportement territorial agressif, n'hésitant pas à intimider plus grand prédateur qu'elles pour défendre leur repaire. On les rencontre dans peu d'eau et jusqu'à grande profondeur, le jour souvent immobiles à l'abri d'une cavité ou d'un surplomb du récif, dans des zones non exposées aux courants ou à la houle.

A la recherche de nouveaux prédateurs

Pour mettre fin à l'invasion, il faut trouver un prédateur pour le poisson-lion. Des associations, comme Caribbean Lagoons Association, tentent d'éduquer des murènes et des requins à chasser cette rascasse et à s'en nourrir de manière régulière, comme tout autre poisson.
Voici une vidéo de l'association caribéenne :



Mobilisation générale !

S'il est aujourd'hui illusoire d'éradiquer l'espèce, tout est mis en œuvre pour tenter de limiter les dégâts à venir : perte de biodiversité, baisse significative de recrutement en jeunes poissons d'autres espèces, développement des algues au détriment des coraux en s'attaquant à des espèces clefs des récifs comme les herbivores... Toutes les bonnes volontés sont donc appelées à s’impliquer dans la stratégie régionale de lutte mise en place en Guadeloupe et en Martinique. On demande aux plongeurs, chasseurs, apnéistes de signaler les zones où le poisson a été aperçu selon des protocoles précis, on organise des comptages et des recensements, on distribue des kits de capture aux plongeurs volontaires habilités par la Préfecture, on demande aux chasseurs sous-marins de les tirer bien sûr, et aux pêcheurs professionnels qui les trouveraient dans leurs casiers ou emmêlées dans leurs filets de ne pas les rejeter à la mer. On analyse les prises sous toutes les coutures et jusque dans leur chair. Laquelle, et c’est peut-être une chance, s’avère être des plus savoureuses ! Les premières analyses de risque ciguatoxique s’avérant négatives pour les espèces de Guadeloupe, désormais on apprend aussi aux pêcheurs de l’île comment défiler sans se faire piquer, comment se débarrasser des épines venimeuses, on incite les restaurateurs à le mettre en avant sur leurs cartes, on organise des soirées dégustation sur les places des marchés ou sur les plages. Le poisson-lion : « Mangé’ y an tout sòs ! ».


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