Non, ces îles paradisiaques ne disparaitront pas toutes !

Samedi 13 août 2016 à 17h30

Sous ce titre qui s’inscrit volontairement à contre-courant, Nautisme.com a voulu tordre le cou à des idées communes dont la véracité sérieuse et scientifique n’est pas démontrée : celles qui voudraient qu’en raison du réchauffement climatique, l’élévation du niveau des mers causerait la disparition des îles, atolls et lagunes paradisiaques… Ou pas.


@La Chaine Météo

C’est une des plus grandes préoccupations de ce siècle : la montée des eaux. Récemment, l’Académie américaine des sciences a publié un rapport indiquant que le niveau des océans a augmenté de 14 cm entre 1900 et 2000 : bien plus en un siècle que durant les derniers 3 000 ans. Dans le Pacifique, 5 îles des Salomon ont déjà disparu sous les eaux. Le réchauffement climatique, la pollution… Autant de sujets qui inquiètent les gouvernements, les ONG et les populations, au sein d’un amalgame dont la crédibilité scientifique n’est pas très sérieuse. Quels sites seraient les plus menacés au monde ? Quels sont les risques à venir ? Nautisme.com fait le point.
Le niveau de la mer a toujours varié. Il a été de plusieurs mètres au-dessus du niveau actuel lors de périodes plus chaudes (comme avant la période glaciaire de Würm, il y a 125 000 ans). Il a été de plus de 100 mètres au-dessous du niveau actuel lors de cette glaciation qui s’est terminée il y a 11 000 ans), puis est remonté progressivement avant de se stabiliser depuis 3 000 ans. La tendance est de nouveau à la hausse au cours du dernier siècle : de l’ordre de 1.5 mm/an et semble s’accélérer depuis 20 ans, de l’ordre de 3 mm/an.

Selon les projections du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), l’élévation du niveau moyen mondial serait comprise entre 26 et 55 cm pour le scénario le plus optimiste et entre 45 et 82 cm pour le plus pessimiste, d’ici la fin du siècle.
Ce constat alarmiste est à nuancer selon Régis Crépet, climatologue à La Chaîne Météo. Effectivement, le réchauffement climatique contemporain, qu’il soit lié ou non aux activités humaines et industrielles, est une des causes de cette élévation du niveau des mers. Mais elle n'est pas la seule : la dilatation thermique (réchauffement des eaux de surface) est à prendre en compte. Cette dernière provoque une réaction naturelle d'élévation du niveau de l'eau puisque l'eau chaude est plus "légère" que l'eau froide. La fonte des glaciers rentre également en ligne de compte mais à moindre mesure avec un apport d'eau douce. Attention à ne pas créer d'amalgames : la fonte des banquises n'est pas responsable de l'élévation du niveau des océans car la banquise est de l'eau de mer sous forme de glace qui redevient liquide en fondant. Essayez le glaçon dans un verre d'eau et vous verrez... C'est le fameux principe d'Archimède !

Mais on ne parle ici que de niveau moyen. On observe en réalité une forte disparité à travers le monde. Ainsi, depuis 1990, le niveau de la mer a monté trois à quatre fois plus vite que la moyenne mondiale dans le Pacifique tropical ouest, le nord de l’Atlantique et le sud de l’océan Indien. Les régions de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie, les Philippines, l’Indonésie et les Caraïbes seraient les secteurs les plus vulnérables.
Sur la carte ci-dessous, on voit que l’ouest du Pacifique est concerné par une forte augmentation. Or l’altitude des archipels dépasse rarement 5 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ces îles sont donc très vulnérables à la montée des eaux.

Pour certaines îles, la menace est réelle…
L’élévation du niveau des mers étant donc très inégale, ces îles ne sont pas toutes menacées de la même façon. Il ne faudrait pas confondre « érosion littorale » et « élévation du niveau marin », qui sont distincts. L’érosion est un processus naturel (la mer fait reculer des falaises friables, mais ensable également des baies), souvent accéléré par la bétonisation des littoraux (construction d’infrastructures touristiques par exemple). L’élévation du niveau des mers est beaucoup plus discret et n’est pas visible à l’œil nu. Mais cette dernière peut accentuer à son tour le processus d’érosion, surtout au passage des tempêtes et ouragans, dont les impacts à la côte seront plus marqués.
Une longue étude des différents marégraphes de la planète met en évidence de fortes inégalités : dans la majorité des cas, le changement reste minime, sans menace réelle pour ces îles. Certains cas présentent même de légères baisses du niveau marin (Belize, Cape Verde, Comores (proche de Madagascar), Salomon. Et d’autres connaissent une légère hausse, bien souvent mise en exergue par le passage d’ouragans qui, en raison des surcotes, submergent les littoraux les plus bas. (Îles Marshall, Haîti, Fiji, Tonga, Niwe, Timor (proche de Darwin)…

Certaines îles dont l’avenir repose sur le tourisme ou le pétrole, ont opté pour une politique plus catastrophiste en vue d’attirer l’attention du monde et d’obtenir des « compensations » : c’est le cas, par exemple, des îles Vanuatu (qui ont menacé de porter plainte contre les États-Unis et l’Australie devant la cour internationale de justice pour ne pas avoir ratifié le protocole de Kyoto), les Maldives ou encore la ville portuaire de Singapour. Mais ces zones touristiques aggravent leur propre cas en construisant des hôtels et des aéroports au niveau du littoral, enlevant ainsi des tonnes de sable dont l’effet protecteur naturel ne joue plus son rôle face à l’érosion marine…

Terminons quand même ce voyage par quelques endroits que vous aimeriez peut-être connaître !
Pour celles et ceux qui souhaitent partir aux Maldives en lune de miel, c’est le moment ! Cet ensemble d’îles (1 200 environ, dont seulement 200 habitées), aussi paradisiaques les unes que les autres, pourrait perdre quelques-unes de ses belles plages sous l’effet de l’érosion et de la pression immobilière… En effet, la majorité d’entre elles ne sont qu’un mètre au-dessus du niveau de la mer et sont donc extrêmement vulnérable à la montée des eaux, notamment en cas de passage d’ouragans.
Même constat pour l’île de Komodo en Indonésie, célèbre pour ses sites de plongée et le dragon éponyme. Les coraux qui l’entourent sont quant à eux déjà en train de disparaître du fait de l’acidification de l’eau, ce qui est un autre problème.

L’industrialisation en cause…
Les grandes villes littorales aussi sont en danger, du fait de la forte industrialisation notamment. C’est le cas de Tokyo par exemple qui, du fait de son emprise sur le littoral (construction de polders sur la mer) est particulièrement vulnérable.
Venise en Italie et Londres en Angleterre sont également en danger, mais ce n’est pas nouveau. La première s’enfonce inéluctablement depuis un siècle et est vulnérable aux inondations, tout comme la capitale britannique qui voit une de ses plus grandes fiertés, la Tamise, devenir un de ses plus grandes menaces environnementales.
Enfin, selon des scénarios catastrophes dignes d’Hollywood, la ville de New York, qui s’enfonce petit à petit, devrait disparaître sous les eaux d’ici 2100…

Le plus grand récif corallien au monde se meure…
Les ONG ont tiré la sonnette d’alarme il y a plusieurs années déjà : la Grande Barrière de corail australienne, inscrite au patrimoine mondiale de l’UNESCO, disparaît à une vitesse effrayante. Une grande partie des coraux a déjà disparu tandis que l’autre partie blanchie et se meure petit à petit.

Enfin, d’autres sites sont en danger : la banquise arctique, qui perd de sa surface chaque année du fait du réchauffement climatique, ou encore la forêt amazonienne du fait de l’agriculture intensive et des nombreuses sécheresses. Comme on le voit, les problèmes sont divers et variés : ne cédons donc pas à l’amalgame facile…


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