Découvrez l'autre Réunion

Mardi 30 août 2016 à 17h31

La nouvelle route des Tamarins ouvre toutes grandes les portes du Sud sauvage sur l'île de la Réunion. De Saint-Pierre à Sainte-Rose en passant par les jardins créoles parfumés et les paysages lunaires du Grand-Brûlé, c'est une terre intime et préservée que l'on découvre au plus près de son volcan.


Cap Méchant @wikimedia

Le groupe progresse avec prudence, s'aidant des mains sur la paroi lisse d'un étrange tunnel. Casque sur la tête et lumière au poing, nous passons ainsi de salle cathédrale en canyon, les semelles crissant sur les gratons (résidus volcaniques), pour découvrir les décors de science-fiction créés par la lave lorsqu'elle se fige: stalactites, banquettes basaltiques, crêtes ourlées en vagues éternelles... Un voyage souterrain à «20.000 lieues sous la lave» proposé par Roby Soriano, ancien para, guide de montagne et fou de volcans. «Le piton de la Fournaise est un volcan bouclier», rappelle Alain Barrere, conseiller scientifique à la Maison des volcans et chercheur associé au laboratoire de géologie de l'université de La Réunion. «Sa base, d'un diamètre de 240 kilomètres, repose sous 4000 mètres de fond. Si l'on ajoute les 3000 mètres du piton des Neiges, ça donne une hauteur de 7000 mètres et l'un des plus grands volcans du système solaire, le premier étant le mont Olympe, sur Mars.» La Réunion est née avec son volcan il y a 3 millions d'années. Elle attendra l'arrivée de l'homme jusqu'au XVIIe siècle de notre ère. Vieille nature, jeune humanité, l'une et l'autre pleines de vie et prônant la diversité. Tour à tour, volcan et hommes rectifient la carte de l'île. Dernière fantaisie du piton ? La plage du Tremblet, au sud du Grand-Brûlé, la façade maritime du volcan. Formée par des altérations de la coulée de 2007, l'olivine dont elle est saturée lui confère un étrange éclat vert. Dernière facétie de l'homme ? La route des Tamarins. Préparant La Réunion du million d'habitants (ces cinquante dernières années, la population de l'île a triplé pour totaliser 800.000 âmes), ce nouvel axe nord-sud, qui met Saint-Pierre à une heure de la capitale, montre, sur près de 34 kilomètres, quelques ouvrages d'art exceptionnels érigés dans le respect des sites naturels, à l'exemple du viaduc de Saint-Paul. Plus de 30.000 mètres carrés de filets ont été posés tout le long de l'ouvrage pour bloquer d'éventuelles chutes de pierres, mais des trouées y ont été percées pour sauvegarder les niches des pailles-en-queue.

 

Le Sud abrite les ultimes forêts de bois de couleurs Classé parmi les 33 hauts lieux de la biodiversité mondiale, l'île a conservé de beaux espaces primaires, qui couvrent environ un tiers de sa surface, particulièrement dans les Hauts, où seuls les «marrons» qui fuyaient l'esclavage pénétraient naguère. En basse altitude, la colonisation des milieux par l'homme a ravagé les forêts originelles de «bois de couleurs», dont il subsiste néanmoins quelques reliques, aujourd'hui classées en réserve, telle la forêt de Mare-Longue. Pour la découvrir, il faut mettre le cap au sud, qui égrène tout au long de la route quelques perles : Saint-Pierre, où le souvenir de la Compagnie des Indes s'accommode des nombreux temples, pagodes et mosquées qui forment la mosaïque cultuelle d'une Réunion de la tolérance ; Petite-Ile, le verger de l'île, où l'on cultive l'ail au milieu des orangers, tangors (sorte de mandarines) et citronniers ; plus loin, le hameau de la Plaine-des-Grègues est le temple du safran peï (curcuma) et du gingembre ; et Saint-Joseph, celui de toutes les épices - muscade, girofle, cannelle et cardamome - depuis qu'un botaniste autodidacte, émule de Pierre Poivre, a transformé ses terres en paradis des senteurs. Puis vient le site du piton de Grand Anse, belle marine sauvage que l'on découvre entre les champs de canne à sucre. Sur les hauteurs de Saint-Philippe, dans les forêts humides où l'orchidée trouve tuteur, quelques artisans s'attachent encore aux traditions pour produire une vanille Bourbon digne de ce nom. Au marché de Saint-Paul, nous avions rencontré M. Leibnitz, l'un d'entre eux et le seul à avoir obtenu le Label Bio. «Aujourd'hui, l'appellation vanille Bourbon ne veut plus rien dire, regrettait-il. La plupart des gousses vendues sur les marchés proviennent de Madagascar.» Si l'orchidée est originaire du Mexique, c'est à La Réunion qu'est né, au XIXe siècle, le développement économique de la vanille dans le monde quand, à force d'observation, un jeune esclave du nom de Raymond Albius trouva le moyen de féconder manuellement sa fleur, en l'absence sur l'île de l'insecte pollinisateur, l'abeille mélipone. Aujourd'hui encore, dans toutes les plantations, la fécondation s'effectue ainsi, à la main, ce qui représente des coûts humains incompressibles. Face à Madagascar et à sa main-d'oeuvre bon marché, La Réunion ne peut lutter. Mais les miracles, ça existe ! A Sainte-Rose, plus à l'est, où s'achève le Sud sauvage, l'église Notre-Dame-des-Laves, épargnée par une coulée ravageuse en 1977, est là pour en témoigner. A lire aussi : La Réunion, 26°C en hiver... La Réunion, île aux requins malgré elle


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