Tendance kitesurf !

Dimanche 4 septembre 2016 à 14h23

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« Le vent se lève, il faut tenter de vivre ! » tel pourrait être le leitmotiv des kitesurfeurs. En effet, à peine le vent s’est-il levé, que des dizaines de kitesurfers prennent d’assaut la plage de Wissant, sur la Côte d’Opale. Avec leurs voiles de toutes les couleurs qui dansent entre les nuages, impossible de ne pas les voir. Mi-oiseaux mi-poissons, ils enchaînent les figures, semblant presque s’envoler dans le ciel. Avec environ 200 000 pratiquants aujourd’hui dans le monde, dont environ 40 000 en France seulement, le kitesurf, ce sport de glisse d’origine française qui est apparu de façon confidentielle dans les années 90, a connu un engouement phénoménal depuis. Aujourd’hui, il a même envahi les bureaux en devenant le nouveau sport des businessmen. Retour sur le phénomène.


Ballet de kite sous wikimedia commons @Anastasia Zhebyuk

Le kitesurf : qu’est-ce-que c’est ?
Sauf si vous avez vécu dans une grotte depuis une vingtaine d’années, vous avez forcément entendu parler du kitesurf. Comme la planche à voile (ou « windsurf »), le kitesurf est un sport de glisse qui se pratique sur l’eau. Il s’agit de se déplacer sur l’eau à l’aide d’une planche, retenue à l’aide de cale-pieds, en étant tracté par un « kite » (« un cerf volant »), une aile courbe avec une structure gonflable en boudins, appelée aile de traction ou voile.
Le kitesurf se décline en plusieurs disciplines : freestyle, vagues, wakestyle, freeride, vitesse, longue distance, et kitefoil.

Les disciplines
Le freestyle et le wakestyle
Le freestyle ou le wakestyle (free style new school) sont peut-être les disciplines les plus médiatisées car elles sont très impressionnantes et offrent des clichés magnifiques pour les journalistes. Les freestylers et les wakestylers enchaînent les figures dans les airs avec l’aile au-dessus d’eux pour les premiers ou en position basse pour les seconds.

Vagues
Les vagues ou « surfkite », est la discipline qui ressemble le plus au surf. Il s’agit de dessiner des figures, comme dans le freestyle, mais cette fois-ci dans le virage au bas de la vague.

Vitesse
Les kitesurfeurs qui pratiquent la vitesse doivent parcourir 500 mètres le plus rapidement possible. C’est un français, Alex Caizergues, qui détient le record du monde de vitesse en kite sur 500 mètres avec une moyenne de 56,62 nœuds (104,86 km/h). Il a ainsi battu l'Américain Rob Douglas qui avait enregistré, en 2011, une vitesse de 55,65 nœuds (103,06 km/h) dans le canal de Lüderitz en Namibie.

Longue distance
La longue distance est une régate, c’est-à-dire une course de vitesse entre une dizaine de kitesurfeurs sur un parcours fermé qui varie en fonction des conditions météorologiques (triangle olympique, parcours dos au vent ou simple aller-retour).

Le kitefoil
Il consiste à surfer avec un hydrofoil (ou foil), c’est-à-dire avec une ailette fixée sous une planche, qui empêche le contact de celle-ci avec la mer. Le kitesurfeur semble alors voler au-dessus de la surface de l’eau. Marc Blanc, professionnel du kitesurf, a été le premier à utiliser ce support en 2009 en compétition et l’a popularisé. Il est d’ailleurs devenu champion de France et vice-champion d'Europe en 2009.

Le Freeride
Comme son nom l’indique, le freeride désigne la pratique habituelle du kitesurf, hors des compétitions, pour le simple plaisir de la glisse et sans objectif particulier.

Le kitesurf : le sport de glisse « made in Bretagne »
L’émergence du kitesurf dans les années 90 a rimé avec innovations technologiques. La discipline a en effet nécessité la mise en place d’une voile et d’une planche spéciales, très aérodynamiques, alliant solidité et légèreté, et permettant aux kitesurfeurs de pouvoir faire des sauts de près de 25 mètres de haut et des pointes autour des 100 km/h.

Dès la fin des années 70, l’idée de se faire tracter dans l’eau par un cerf volant commence à faire son chemin, en atteste l'invention du spinnaker aérien ou bien encore le kitwing, la petite aile delta, brevetée en 1982 par le breton Roland le Bail, qui repose sur un concept un peu similaire. Mais ce sont deux quimpérois, les frères Legaignoux, cherchant à créer un engin rapide, qui font breveter les premiers, en 1984, la voile si particulière propre à la pratique du kitesurf : l’aile courbée avec structure gonflable en boudins.
Bruni Legaignoux s’occupe lui même de la réalisation de la voile. Le succès n’est pas immédiatement au rendez-vous. Les frères Legaignoux peinent à trouver l'engin idéal à associer à leur structure. Ils testent leur produit sur plusieurs embarcations : catamaran, kayak et même radeau de survie ! A cette époque, le concept demeure encore attaché à la navigation en bateau et n’a pas encore été creusé du côté des sports de glisse et de la planche.

En 1993, la société Wikipat est créée. Celle-ci a pour but de commercialiser un petit trimaran gonflable avec aile de traction. Là encore, l’objet peine à trouver son public et en 1995, la société est liquidée. En février 1997, la société Wikipat est relancée, cette fois-ci en se focalisant seulement sur la commercialisation et le développement des ailes et barres de traction. En juin 1997, le sportif Emmanuel Bertin associe sa planche de surf au cerf volant des frères Legaignoux et fait la une de Wind magazine. Effet boule de neige : les ventes explosent. Le kitesurf est né.

Le phénomène kitesurf se met en place rapidement. Courant 1997, plusieurs écoles de kitesurf sont créées. En 1998, la Fédération Française de Voile Libre (FFLV) crée la formation de moniteur de kitesurf et en 2000, le premier championnat international de kite est inauguré. Le nombre d’adeptes ne fait que croître et depuis le années 2000, il a même triplé. 500 élèves étaient inscrits dans les écoles de kite en 98, et trois ans plus tard, en 2000, on en recense déjà plus 4000. En 2011, la FFVL recensait environ 13 000 licenciés. Aujourd’hui, on considère qu’il y aurait près 40 000 pratiquants en France !

Le kitesurf, n'a, depuis, plus de limites ! C'est une discipline en perpétuelle rédéfinition car les kiteurs ne cessent de se dépasser en enchaînant les performances. A chaque nouvel exploit, ils en rédéfinissent les contours. Bruno Sroka, triple champion du monde (2007, 2009, 2010) a ainsi été le premier homme à avoir traversé le Cap Horn en kitesurf ! Pour en savoir plus, rendez-vous sur son blog ici ! 


Quid de la planche à voile ?
Comme ce fut le cas pour le ski avec le snowboard, la planche à voile, pourtant grande favorite dans les années 80, a souffert de l’émergence du kitesurf. Est-ce par attrait de la nouveauté ou pour les qualités indéniables du nouveau sport de voile, que de nombreux adeptes l’ont délaissée au profit de celui-ci dans les années 2000 ?
Quoiqu’il en soit, le kite a nettement fait de l’ombre au windsurf... Pour le plus grand regret des puristes, qui lui reprochent d’être plus facile, mais surtout « plus frime » car plus impressionnant en apparence avec ses sauts aériens. Pourtant, une fois gouté aux plaisirs du kitesurf, rares sont ceux qui retournent au windsurf.

Nicolas Hulot confiait ainsi en 2011 à Paris Match : « C’est un­ mélange de sensations de vol et de glisse, une manière absolument unique de caresser la nature, mais aussi d’entrer en contact avec les populations locales. Le kite crée du lien... « On a l’impression d’être suspendu aux nuages, comme si une main invisible vous tirait vers le haut. » expliquait-il plus loin. Beaucoup de kitesurfeurs décrivent le kitesurf plus comme une mode de vie en contact avec les éléments naturels, voire même une philosophie de vie, plutôt qu’un simple sport.

Il est vrai que le kitesurf offre des sensations incomparables, une liberté par rapport au sol, mais aussi par rapport aux contraintes matérielles et physiques de la planche à voile. Le matériel du kiteur est bien plus léger, plus portatif. Il peut ainsi se pratiquer dans des endroits beaucoup moins attendus. La discipline est également plus accessible et plus facile à maîtriser. Elle requiert en effet moins de force physique que le windsurf, tout en offrant un plaisir de glisse plus long que celui éprouvé par le surfeur, très dépendant de la durabilité de la vague. Ainsi en 2012, L'ISAF (la Fédération Internationale de Voile) avait même décidé à la majorité que le kitesurf remplacerait le windsurf comme discipline olympique aux J.O. de Rio, avant de revenir sur sa décision (au plus grand bonheur de la France, qui a gagné l’or ave Charline Picon et le bronze avec Pierre le Coq). Rendez-vous aux jeux Olympique de Tokyo en 2020 ? Les adeptes du kite l’espèrent et feront tout pour convaincre la Fédération !

Aujourd’hui, on observe cependant une légère inversion de la tendance dans la guerre windsurf/kitesurf. De nombreux kitesurfeurs retournent à leur premier amour : la planche à voile, qui offre plus de possibilités d’évolution. Finalement, pour les amoureux de la glisse, la guerre n’a pas vraiment lieu d’être. Les deux sports ont leurs qualités propres et se complètent !

Adieu le golf, bonjour la glisse !
Quel est le point commun entre Pierre Kozciusko-Morizet, John Kerry, Richard Branson et Nicoals Hulot ? Le kitesurf !
Le sport de glisse est devenu le sport des dirigeants et des businessmen du monde entier. Suzie Tai et Bill Mai, deux américains, sont les premiers à avoir pressenti le potentiel du kitesurf dans le monde de l’entreprenariat. Il ont crée le Club Maitai Global, un camp de kite, un « kitecamp », où se côtoient les dirigeants des grands groupes mondiaux comme Facebook, Google ou Sony. En France, le Club Galion Project réunit des figures clés de l’entreprenariat français comme Pierre Kozciusko-Morizet (Price Minister) ou Frederic Mazella (Blablacar).
C’est une affaire qui roule ! En effet, selon une étude menée par le magazine Forbes, en 2011, les kitecamps avaient déjà engendré plus de 7 milliards de dollars.
Le golf serait-il en passe d’être détrôné parmi les grands de ce monde ? La tendance aujourd’hui n’est plus aux greens de golf mais au bleu de l’océan. On parle de « beach buisiness », un nouveau moyen de créer du réseau et d’échanger du savoir-faire dans une ambiance détendue.
Pourquoi le kite ? Peut-être parce qu’il requiert de la maitrise de soi, de la persévérance, de la concentration et de la réactivité ; qualités justement demandées aux entrepreneurs ! Il a, de plus, l’avantage d’être un sport accessible, malgré les apparences. Il n’est pas réservé aux jeunes et aux grands sportifs, et peut être commencé plus tardivement !
Alors si vous voulez faire partie des grands de ce monde, ne perdez plus de temps à perfectionner votre swing et tentez plutôt de « jumper » sur la vague ! 

Le kite : de 7 à 77 ans ?
Il n’y a pas réellement d’âge pour commencer le kite. C’est plus une question de poids minimum (35 à 40 kilos) que d’âge minimum. En général, le kite peut être donc être commencé autour de 10-12 ans. Il faut en effet ne pas être trop léger pour ne pas s’envoler ! Mais ces critères peuvent varier en fonction des conditions physiques de l’enfant et de sa force. Dans l’autre sens, il n’ y a pas non plus d’âge maximum ! Le kitesurfeur le plus âge a ainsi près de 80 ans !
Le matériel nécessaire est constitué d’une aile (et d’une pompe pour la gonfler), d’une barre de traction, d’un harnais et d’une « board ». Question sécurité, le gilet flottant et la lampe de signalement sont obligatoires. Le casque n’est, en revanche, pas obligatoire mais reste fortement recommandé. Les accidents les plus graves de kite recensés impliquaient des blessures à la tête et des traumatismes crâniens.
Enfin, une combinaison en néoprène à laquelle vos pourrez ajouter, pour les plus frileux, des gants ou des chaussons, est nécessaire.
Le matériel coûte entre 1000 et 2000 euros, sachant que le prix dépendra de la fréquence à laquelle vous voulez pratiquer et votre engagement vis-à-vis du sport. Le mieux est d’acheter votre matériel d’occasion. Mais n’achetez pas trop vieux, maximum 2 ans d’ancienneté ! Pour les débutants, choisissez une aile facile à faire décoller avec une bonne capacité de résistance aux chocs.
Mieux vaut non plus ne pas se lancer tout seul dans la discipline. Le kitesurf reste un sport extrême, potentiellement dangereux. L’idéal est de commencer par un stage d’initiation. Comptez environ 390 euros pour un stage de 3 à 5 jours réalisé pendant la haute saison durant lequel on vous fournira le matériel et où vous apprendrez les règles de sécurité de base, à connaître et maîtriser le matériel, à décoller et redécoller, et même à étudier la météo !

Le kite, une question de météo
Et oui, comme tous les sports de navigation à voile, le kite est dépendant des lois de la nature ! Le kite n’est rien sans le vent ! La discipline implique donc une bonne connaissance de la météo. Il faut être capable de déterminer si les conditions sont propices à la pratique du sport ou, au contraire, dangereuses.
Quelles sont les conditions optimales ? « Pas de houle et du vent à 50 km/h » explique Emmanuel Streby notre expert Météo Consult/La Chaine Météo. « Une houle longue avec vent de terre peut aussi faire l’affaire, mais sera réservé aux kiteurs les plus expérimentés ».

Les meilleurs spots de kite en France et ailleurs
Ces conditions météo peuvent être trouvées un peu partout en France mais la commune de Leucate dans le Roussillon est le spot le plus réputé. Près de 50% des kiteurs français pratiquent dans la région. La presqu’île de Quiberon offre également des conditions météorologiques idéales qui permettent aux kitesurfeurs de pratiquer leur sport aussi bien en hiver qu’en été.
Amateurs de grands espace et de nature ? La Camargue, avec ses magnifiques paysages, est parfaite pour les débutants et ceux qui veulent communier avec celle-ci.
Autre spot très prisé des amateurs de glisse : la baie de l’Almanarre dans la presqu’île de Giens car celle-ci offre des conditions de vent régulières et une eau avec des températures agréables.
Plus originale et plus méconnue des kiteurs, la baie de Saint-Brieuc permet de surfer en toute tranquillité, à condition de ne pas craindre les basses températures de la Manche !
Enfin la Côte d’Opale offre 9 spots idéals pour les kitesurfeurs les plus expérimentés. Avec ses longues plages de sable très tranquilles et son vent très fort, c’est le paradis des passionnés !

A l’étranger, vous trouverez également de magnifiques spots de kite qui font rimer évasion avec plaisir du sport. Hawaï, bien évidemment, et en particulier l’île de Maui est le paradis des kitesurfeurs et des amateurs de glisse en général. La Nouvelle-Calédonie et Saint-Barthélemy, avec leurs paysages de rêve, sont également très prisés par les sportifs. Dans la région du Maghreb, en Egypte, autour de la Mer Rouge par exemple ou bien dans le Sahara Occidental, au Sud du Maroc, à Dakhla, vous trouverez également de magnifiques spots de kite. En Europe, le Portugal est une destination de premier choix pour ceux qui souhaitent expérimenter le kite en dehors de l’Hexagone. Enfin, les îles Canaries bénéficient d’un vent régulier idéal. El Medano sur l’île Tenerife est particulièrement réputé !

Le kite : l’avenir de la voile !
L’avenir énergétique est au kite ! Le constat est simple : seulement 3% de l’énergie utilisée dans le monde provient du vent. Les technologies éoliennes dont nous disposons ne sont pas assez perfectionnées pour peser dans le mix énergétique. Les ailes de kite permettent de répondre à ce défi. Elles sont en effet capable de produire plus d’énergie (près de 50% plus) qu’une éolienne dernier cri, car elles peuvent atteindre des altitudes plus élevées où le vent est plus régulier et plus puissant.

Le kite est ainsi déjà utilisé par les navigateurs comme assistant de traction pour leur bateau. Le Beluga SkySails est ainsi le premier cargo qui utilise un immense cerf-volant de 320 m2, flottant entre 100 et 300 mètres d’altitude, à cet usage ! L’économie d’énergie est indéniable. Un cerf-volant de ce type permet de diminuer la consommation de carburant d’un navire de 10 à 35 %.
Plusieurs sociétés à travers le monde se lancent aujourd’hui dans l’aventure kite, en commercialisant un nouveau genre de bateau, qui dépoussière complétement la voile traditionnelle : les kiteboats, des bateaux sans mâts, fonctionnant à l’aide d’une aile de kite !

Il semblerait qu’on n’ait pas fini d’entendre parler du kite !


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