L’oursin, notre meilleur allié contre les maladies ?

Mercredi 26 octobre 2016 à 15h15

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Il fait partie du décor de l’ensemble des mers du globe. S’il ne semble pas avoir plus d’âme qu’un vulgaire champignon, l’oursin est pourtant un animal surprenant, chéri des scientifiques qui ont découvert en lui un lointain cousin, et peut-être l’un de nos alliés les plus sûrs pour venir à bout de certaines maladies. Agile, tenace, résistant et prévoyant, il pourrait même être capable de nous dévisager !


On étudie les oursins de manière approfondie depuis le 19e siècle. En premier lieu parce que c’est assez simple. Ils sont présents en abondance. Surtout, les femelles produisent des quantités très importantes d’ovocytes (souvent plusieurs millions), d’une taille suffisante (de l’ordre d’un dixième de millimètre) pour être facilement observable à l’aide d’un simple microscope. Chez Paracentrotus lividus, notre oursin comestible, les premiers stades de l’embryon suivent une chronologie accélérée, comparés aux espèces habituellement étudiées. Qui plus est de manière très synchronisée, pour les millions d’ovocytes fécondés en même temps : ils passent tous ensemble d’un stade embryonnaire à l’autre. Un parfait sujet d’étude, abondamment utilisé dans la recherche contre le cancer.

Cette facilité à être auscultée aurait pu n’être qu’une simple anecdote, mais l’étude de l’oursin fut à l’origine de grandes découvertes scientifiques au XXe siècle dans le domaine de la biologie cellulaire et du développement. En 1914, Theodore Boveri démontrait l’importance de la répartition des chromosomes dans les cellules de l’embryon d’oursin et ses implications en cancérologie. En 1983, Tim Hunt découvrait la cycline, une des molécules clés dans le processus de division cellulaire.

L’oursin, plus on s’y intéresse, plus il est intéressant. Cela s’est soldé en 2006, grâce un incroyable travail d’équipe, au séquençage de l’intégralité du génome de l’oursin pourpre de Californie, Strongylocentrotus purpuratus. Ce séquençage a été obtenu en faisant collaborer pendant trois ans 240 chercheurs appartenant à 140 laboratoires, installés dans 11 pays différents ! Parmi eux, des chercheurs des trois stations marines de Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes), Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) et Roscoff (Finistère), rattachées au CNRS et à l’Université Pierre et Marie Curie. Les 814 millions de bases d’ADN de l’oursin sont désormais à plat sur la paillasse des scientifiques.

Les nouvelles perspectives offertes vont au-delà de toute attente. Certains résultats sont proprement stupéfiants. En terme d’évolution, les oursins de mer constituent bien un lien important entre les vertébrés et les invertébrés. Une place charnière qui fait de lui un lointain cousin.

Le génome humain est constitué d’une chaîne d’environ 30.000 gènes. Celle de l’oursin de 23.300… dont 70% se retrouvent chez l’homme ! Cette proximité était insoupçonnable, elle va nous ouvrir d’innombrables portes. On savait le système immunitaire des oursins très performant, il se révèle être le plus sophistiqué de tous les animaux de laboratoire. Un système sans anticorps, très efficace contre les molécules chimiques toxiques, notamment les métaux lourds. Une efficacité qui pourrait devenir bientôt vitale pour l’être humain. Les oursins possèdent aussi des gènes liés à des maladies humaines graves, comme la dystrophie musculaire (maladie génétique, dégénérescence progressive de certains muscles) ou la maladie d’Huntington (une autre dégénérescence héréditaire progressive, nerveuse cette fois). D’autres encore sont identiques à ceux qui mutent en cas de leucémie. Cet extraordinaire bagage génétique explique en partie la surprenante espérance de vie des oursins : autour d’un siècle, deux pour certaines espèces !

Il y a environ 540 millions d’années vivait notre ancêtre commun. Comparer les gènes qu’il nous a légués (ceux que nous avons en commun avec l’oursin actuel) va permettre de mieux connaître l’histoire de nos propres gènes : les plus anciens, les plus récents, l’ampleur de leur évolution.
Les chercheurs ont été très surpris de trouver des gènes très similaires à ceux qui, chez l’homme, sont associés au goût, à l’odorat, et plus particulièrement à l’audition et à la vue. Les pieds ambulacraires de l’oursin, richement innervés, que l’on savait déjà servir de moyen locomoteur, de récepteur sensitif, de supplétif respiratoire, pourraient aussi agir comme les cellules photosensibles qui tapissent le fond de notre rétine. Chaque oursin serait alors comme un gros globe oculaire distinguant le nageur curieux comme le baliste vorace.
La prochaine fois que vous passerez près d’un oursin, marquez lui du respect. On ne sait jamais, il pourrait vous gratifier d’un clin d’œil.


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