La moule perlière renaît dans le Massif armoricain

Jeudi 27 octobre 2016 à 07h04

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On l'appelle aussi mulette. C'est une moule d'eau douce, ce qui n'est déjà pas commun, dont un individu sur mille est susceptible de produire une perle naturelle, ce qui l'est encore moins et causa en partie sa perte au fil des siècles. Mais plus étonnant encore est son attachement pour la truite et le saumon… Un lien que l'on tente aujourd'hui de restaurer dans les rivières françaises.


Les moules perlières peuplent les cours d'eau des plus anciens massifs français. Crédit photo : Life mulette, Hervé Ronné.

La moule perlière d'eau douce Margaritifera margaritifera fut récoltée pendant des siècles, notamment à l'époque de la Renaissance, "l'âge d'or de la perle". Elle abondait dans les rivières françaises du massif armoricain, du massif central, de l'ouest des Pyrénées, des Ardennes et surtout des Vosges, où l'on trouvait sur les bords de la Vologne : la pêcherie la plus réputée du territoire… À l'étranger, des gisements existaient en Écosse, Allemagne, Scandinavie, Russie, Amérique du Nord et au Canada.
Bien souvent, ce sont les valets de ferme qui s'attelaient à la tâche, bêchant sans relâche le fond des rivières à la pelle. Les grands de ce monde raffolaient des délicates nacres et n'économisaient pas leur personnel. Il se dit que Marie de Médicis se fit confectionner, pour la cérémonie de baptême de son fils, une robe brodée de 32.000 perles ! Imaginez l'entreprise, avec une chance sur mille ou une chance sur deux mille de dénicher une gemme… François 1er, Henri III et Henri IV s'en couvraient eux aussi de la tête aux pieds ! L'impératrice Eugénie, après qu'on lui eut offert un bracelet de perles de la Vologne, essaya même d'acclimater les moules à la Malmaison. Son erreur fut d'oublier les poissons.

Une présence nécessaire

La vie de la moule perlière a en effet ceci d'extraordinaire, qui la rend d'autant plus fragile, qu'elle est totalement conditionnée par la présence d'une truite fario ou d'un saumon atlantique. Ce sont des poissons-hôtes et ses protecteurs.
Les larves (les glochidies), qui sont libérées dans le milieu après incubation des œufs par les femelles (car il existe une différenciation des sexes chez la moule !), doivent réussir en quelques heures à s'enkyster dans les branchies du poisson-hôte ; c'est là leur seule chance de se développer. Elles peuvent y rester de deux à neuf mois selon la température de l'eau, le temps de la métamorphose. Puis le juvénile se libère des branchies du poisson, coule au fond de la rivière et s'enfonce dans le sédiment pour poursuivre sa croissance ; une période de cinq ans en moyenne, pour grandir de quelques centimètres, puis la minimoule ressort, se fiche à la surface du sédiment et continue sa vie. Elle atteindra la maturité sexuelle entre sept et quinze ans, pourra se reproduire jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, et vivre jusqu'à plus de 150 ans !

Pour le meilleur comme pour le pire

La mulette est aujourd'hui une espèce protégée, interdite de pêche (l'activité perdura jusque dans les années 1950 en France), qui fait l'objet d'une attention toute particulière depuis quelques années. C'est une affaire sérieuse, car Margaritifera margaritifera ne fait pas que profiter, elle rend aussi de grands services. En tant qu'animal filtreur, elle a un impact positif sur la qualité de l'eau, donc sur la présence des truites et des saumons dans les rivières. Les jeunes mulettes nettoient les parasites des œufs des poissons, les tapis de moules forment un habitat favorable aux petits salmonidés. Poissons et bivalves sont liés. Mais pour le meilleur comme pour le pire : l'espèce reste en déclin en Europe et en danger à l'échelle mondiale. En France, elle survit encore dans quelque quatre-vingts rivières mais seule une petite dizaine abriterait des populations fonctionnelles. Et l'hécatombe n'est pas que le fait de la surpêche : eutrophisation des cours d'eau, pollutions accidentelles, aménagement des rivières, construction de barrages et de retenues, qui réduisent de manière drastique les effectifs de poissons migrateurs dans les rivières. Erosion des sols et des berges, drainages, canalisations, routes, introduction d'espèces exotiques, réchauffement climatique… notre monde continue d'être dévastateur pour la mulette perlière.

Le renouveau de Brasparts

Face à la menace d'extinction, les plans d'actions se mettent en place. Le programme européen Life+ (instrument financier pour l'environnement, lancé en 1992), qui soutient des actions spécifiques de protection de l'environnement dans l'Union européenne, a démarré en 2010 pour une période de six ans, avec pour objectif la conservation de la moule perlière du Massif armoricain. À sa suite, le ministère en charge de l'écologie lançait un plan national d'actions, décliné au niveau régional, couvrant la période 2012-2017.

Coordonné par l'association Bretagne Vivante, le programme Life+ concerne les six populations de moules perlières existant encore en Bretagne et Basse-Normandie, dans les rivières Elez (Finistère), Bonne Chère (Morbihan), Loc'h (Côtes d'Armor), Rouvre, Sarthon (Orne), et Airou (Manche). Soit environ 2 000 individus à l'état des lieux (recensements compris entre 2004 et 2009). L'objectif est ambitieux : maintenir et améliorer les effectifs de mulette, et développer de véritables "rivières vivantes", condition sine qua non de la survie de l'espèce. En septembre 2013, la première station d'élevage de mulette en France ouvrait à Brasparts, sur les rives de l'Elez. Avec trois millions de larves (prélevées dans les cours d'eau bretons) accrochées aux branchies de 4 000 truites. Les juvéniles, une fois libérés des poissons-hôtes, seront placés en aquariums et nourris quotidiennement. Si elles grandissent bien, au bout d’un à trois ans les mulettes auront la chance de découvrir leur habitat naturel. Souhaitons-leur de pouvoir vibrer au passage d'un poisson.

Pour en savoir plus :
www.life-moule-perliere.org
www.bretagne-vivante.org



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