Brise-glace russes, de l’espionnage à la croisière

Samedi 24 décembre 2016 à 15h34

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Des brise-glace russes, autrefois destinés à l'espionnage, accueillent désormais des touristes. Des croisières aussi atypiques que luxueuses.


Crédits photo : John Weller / Quark Expeditions

« Naviguer en brise-glace, c'est assez impressionnant. L’étrave monte sur la glace, avant de la briser de tout son poids d’immeuble flottant. On entend un fracas terrible ! » Jean-Luc Albouy, fondateur avec sa femme Nicole de l’agence Grand Nord Grand Large (GNGL), qui organise depuis 1982 des expéditions polaires touristiques, tremble de plaisir lorsqu’il décrit l’un des produits les plus insolites de son catalogue : la croisière en Arctique en brise-glace russe. Ce couple de passionnés aime défricher de nouvelles aventures. Ils ont ainsi été les premiers à mettre en place dans le Grand Nord les randonnées en ski nordique, puis en kayaks et, enfin, les raids en traîneaux à chiens. Mais dans le secteur des brise-glace, d’autres les avaient devancés. « Des agences anglaises et hollandaises avaient déjà affrété ces fameux bateaux russes dits scientifiques, explique-t-il. En réalité, il s'agissait des navires destinés à l’espionnage durant la Guerre Froide. A la fin des années 90, ces bateaux et leurs équipages se sont reconvertis dans le tourisme ! »
Au tout début des années 2000, Jean-Luc et sa femme ont donc loué des cabines dans ces bateaux russes auprès des agences anglaises et hollandaises. Deux ou trois cabines - pas plus au départ - pour voir si les clients français allaient être intéressés. Ce fut le cas et l’agence Grand Nord Grand Large n’a ensuite jamais cessé d’envoyer des clients à bord durant l’été arctique, de juin à août, lorsque la zone est navigable.

Plus d’espionnage mais de la prospection pétrolière

« Nous réservons des cabines dans deux sortes de navires. Il y a tout d’abord les bateaux à coque renforcée. Ils sont plus profilés et légers que les brise-glace et peuvent ainsi se faufiler presque partout », explique Jean-Luc Albouy. Mais ils ne battent plus pavillon russe. « À partir de 2005, les navires à coque renforcée russes ont été progressivement remplacés par des fabrications hollandaises, explique Jean-Luc Albouy. À cette époque, il y a eu davantage de demandes pour ce type de croisière. Beaucoup d’Anglais, des Français, de plus en plus de Chinois… Surtout, ces bateaux russes consommaient beaucoup et étaient très polluants, ce qui commençait à être vu d’un mauvais œil. Les Hollandais ont alors construit à leur tour des bateaux plus écologiques, pouvant accueillir jusqu’à cent personnes pour satisfaire les demandes des agences de voyage du monde entier. » Ces croisières s’effectuent autour du Groenland et du Spitzberg, une île norvégienne située dans l’Océan Arctique. « Puis il y a les véritables brise-glace, beaucoup plus massifs et impressionnants », poursuit-il. Ils emmènent les clients vers le passage du Nord-Est et au point précis du Pôle Nord, le 90° nord. Jean-Luc Albouy estime à sept ou huit le nombre de brise-glace en circulation mais seulement un à deux d'entre eux accueillent les touristes. Quand ils n’affichent pas le pavillon de bateau de croisière, ces brise-glace de la Marine russe se consacrent à la prospection pétrolière et à l’entretien du passage du Nord-Est pour les navires de commerce qui veulent rallier l’Europe à l’Asie. « À bord, il y a une cinquantaine de membres d’équipage et une quinzaine de cabines en plus pour accueillir les touristes. Ce sont les cabines destinées aux équipes de techniciens et ingénieurs lorsque le brise-glace est en mode prospection », explique Jean-Luc Albouy. Sur les bateaux à coque renforcée comme sur les brise-glace, le confort est tout aussi spartiate avec des cabines accueillant une douche, des toilettes et des couchettes superposées pour deux personnes.

Les croisières en Arctique à bord de ces deux types de navires sont opérationnelles depuis juin 2014. « Les croisières de dix jours à bord des bateaux à coque renforcée, comme le Plancius ou le Sea Explorer, permettent d’observer des phoques, des baleines, des ours polaires et des oiseaux comme le guillemot ou le labbe. Car l’été, il fait 5°c au Spitzber et de 10 à 15° au Groenland. La croisière en brise-glace, elle, offre moins d’escales mais vous emmène au point mythique du Pôle Nord, précise Jean-Luc Albouy. Et comme durant l’été arctique, il fait jour tout le temps, le soleil rase la banquise en permanence et offre des lumières changeantes magnifiques. ».


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