Le peuple du canal du Midi perpétue 350 ans de vie sur l'eau

Lundi 10 octobre 2016 à 15h07

Un choix de vie qu'ils ne changeraient pour rien au monde : sous les platanes ou bercés sur leur bateau par le clapotis de l'eau, les habitants du canal du Midi l'ont adopté pour sa douceur de vivre, avec le souci de protéger un patrimoine vieux de 350 ans.


Le Canal du Midi à Agde @wikimedia

Le silence à peine froissé par le passage des vélos et des rollers sur les berges ombragées, Emma Tissier prend le thé avec son compagnon anglais sur leur péniche de 29 mètres. Ici, à Ramonville, le port-sud de Toulouse, "on n'est ni à la campagne, ni à la ville, on est totalement déconnectés du monde urbain". "L'eau apaise", renchérit, à 150 km de là, Anne-Marie Gourgues. "C'est un trait d'union, on se ressource comme ça", ajoute la septuagénaire qui a choisi il y a 36 ans le cadre bucolique du Somail (Aude) pour installer la librairie familiale sur les berges du canal. "C'est magique de vivre ici", s'exclame Gaston Degois, 25 ans, gérant d'une petite épicerie sur l'eau. "C'est un mode de vie que je ne changerai pour rien au monde", abonde Mariance Martinel, qui a ouvert une chambre d'hôte sur sa péniche. Ils étaient hier mariniers, bateliers et éclusiers, vivant du fret et de l'activité du canal, qui s'étire sur 240 km de Toulouse à la Méditerranée. Ils sont aujourd'hui salariés de grandes entreprises, fonctionnaires ou artistes qui l'ont choisi pour le charme de ses berges, à l'écart du tumulte de la ville. La plupart sont "pénichards" sédentaires, arrivés par vagues dans les années 1990-2000. "Il y a de tout: des babacools, des gens qui travaillent à Airbus, des Français, des Néerlandais...", résume Jean-Yves Delmas, président-fondateur de l'ATUV (association toulousaine des usagers de la voie d'eau), sur sa péniche rose et turquoise amarrée à Gardouch (Haute-Garonne). Dans tous les cas, "il y a une vision écolo un peu poussée, un respect pour le canal, c'est notre cadre de vie, on y tient", s'exclame l'ancien directeur commercial, pieds nus, bermuda déchiré, sur son pont inondé de soleil. Produits détergents et peintures biodégradables, stations d'épuration autonomes, nettoyage des déchets ou entretien des berges : même si "on nous prend pour des saltimbanques, on est attentif à notre environnement", confirme Emma, 40 ans, graphiste indépendante. Elle évoque la lumière douce qui filtre à travers le feuillage, le jeu des canards sur l'eau, mais aussi les nuisances qui peu à peu abiment son cadre de vie et celui de ses jeunes enfants. Il y a tous les bateaux-promenade et les péniches de location qui passent à toute vitesse et érodent les berges, enchaîne son compagnon anglais Caspard Galsworthy, 55 ans, pilote-mécanicien qui "rafistole des bateaux poubelles" après avoir fait lui-même du "promène-couillons" sur le canal. Depuis 350 ans, "le canal vit et se métamorphose, c'est dans l'air du temps", ajoute Claudine Wytrowa, la patronne d'une péniche-épicerie, qui a fait ce choix de vie après un "burn-out". A partir du classement du canal au patrimoine de l'Unesco, il y a vingt ans, "tout est allé plus vite pour le développement du canal", témoigne Nelly Gourgues, qui a pris la succession de la librairie du Somail. "Maintenant, des péniches du monde entier s'arrêtent", dit-elle, déversant des hordes d'Anglais, Allemands, Néerlandais ou Russes dans les rayonnages de 35.000 livres. "Il y a eu une explosion des touristes", abonde Joël Barthes, 61 ans, dont 34 sur le canal. La peau tannée par le soleil, l'éclusier-sculpteur s'attache à embellir son écluse de Puicheric (Aude) qu'il orne de ses sculptures en bois et ferraille. Elles s'animent et entonnent des chansons de Brassens au passage des bateaux. "Pendant onze ans, j'ai tourné les manivelles. Avant les éclusiers avaient le ventre plat et de gros biceps, on se faisait respecter", dit-il. "L'hiver, on faisait le débroussaillage. On utilisait nos tronçonneuses pour élaguer, des sacs de sable pour refaire les berges, on y mettait beaucoup de nous". Avec l'automatisation des écluses et l'arrivée d'entreprises privées chargées de travaux et de l'abattage des platanes là où ils étaient malades, "c'est un état d'esprit qui n'est plus là", regrette-t-il. "C'est pour ça que je me suis mis à décorer"... Alors partir ailleurs ? pas question, dit-il, "il faudra envoyer les CRS". A lire aussi : Escapade sur le Canal du Midi Joyeux anniversaire au canal du Midi qui fête ses 350 ans !


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