Franck Cammas : «Cette coupe marque le début d'une nouvelle ère»

Lundi 29 octobre 2012 à 17h13

A peine remis de sa victoire lors de la dernière édition de la Volvo Ocean Race, le français Franck Cammas vient de rejoindre à Auckland, en Nouvelle-Zélande, le team Italien de Luna Rossa pour partager avec l'équipe son expérience des multicoques. Une mission de coaching qui commence au moment où l'AC 72 vient d'être mis à l'eau.


YACHTING-VOLVO-GROUPAMA-CAMMAS / La Chaîne Météo - Franck Cammas à Alicante la veille du départ de la Volvo Ocean Race.

Figaro Nautisme: Franck Cammas, quelle est exactement votre feuille de route chez Prada?

Franck Cammas: Massimiliano SIrena, le skipper de Luna Rossa m'a appelé pour que j'aide l'équipage à mettre le pied à l'étrier du multicoque. Je connais très bien Massimiliano, nous étions tous les deux navigants sur BMW Oracle Team, lors de la dernière coupe. Nous allons à nouveau travailler ensemble.

Certains observateurs disent que les AC 72, les nouveaux bateaux qui vont être utilisés pour la Coupe Louis Vuitton, en juillet, et pour la Coupe de l'América, à partir de septembre, sont des bateaux «dangereux», difficiles à maîtriser.

Je n'utiliserai pas le terme «dangereux» qui me semble excessif. Toutefois, et c'est bien normal, le maniement de ces nouveaux bateaux comporte encore des zones d'ombre. Nous avons cependant pu appréhender leur comportement avec les AC 45, les petits frères utilisés lors des World Series. A propos des AC 72, ce qu'il faut surtout retenir, c'est qu'il s'agit de bateaux avant-gardistes. Pour cette trente-quatrième édition, la Coupe de l'America va être disputée avec les voiliers les plus rapides du monde. Cela va être très spectaculaire. Les organisateurs ont prévu des manches courtes, qui devraient durer autour de 40 minutes, avec beaucoup de manoeuvres, beaucoup d'action, sur des bateaux qui peuvent atteindre les quarante noeuds. Pour le public, cette compétition présente beaucoup plus d'intérêt que les précédentes éditions.

Les différences de budgets entre les trois challengers sont conséquentes. Il est question de 45 millions d'euros pour Luna Rossa, autour de 80 millions pour les Néo-Zélandais, et d'une fourchette comprise entre 100 et 150 millions pour Artemis...

Il faut se méfier des budgets qui sont annoncés. Comme dans d'autres domaines, on sait bien qu'ils n'incluent pas tous les mêmes dépenses. Ce qu'on sait, c'est qu'il faut débourser entre 70 et 80 millions pour espérer gagner la coupe. Ensuite, ceux qui disposent de budgets supérieurs peuvent préparer plus de bateaux, avoir plus d'hommes préparés...

Seulement trois challengers ont pu boucler leur budget. Du coté des Français, les frères Peyron ont du jeter l'éponger... Trois équipages, est-ce suffisant pour faire une bonne compétition?

Deux phénomènes expliquent cette situation. D'abord, la crise économique est arrivée au mauvais moment. Les sponsors ont déserté... Et puis, surtout, le passage du monocoque au multicoque en a effrayé beaucoup. Techniquement, on a changé de monde.

Quels sont les changements techniques majeurs?

D'abord, le nouveau règlement oblige les participants à équiper leur bateau d'une aile de quarante mètres de hauteur. Cela les rend beaucoup plus extrêmes, plus rapides face au vent, plus rapide sous le vent. Cette aile, composée de deux volets, qu'on appelle W1 et W2, peut également être twistée en fonction des besoins, grâce à un système de câblage et de vérins hydrauliques. Avec cette aile, le bateau peut atteindre deux à trois fois la vitesse du vent.

Y a-t-il d'autres innovations aussi importantes?

Oui, ces bateaux sont équipés de foils, ce sont des sortes de patins qui sont fixés sous les coques. A partir d'une certaine vitesse, ces patins poussent les coques hors de l'eau. Les frottements sont ainsi limités au maximum et le bateau gagne entre trois et quatre noeuds. Il vole au dessus de l'eau. Les foils permettent aussi de gagner jusqu'à dix degrés d'angle supplémentaires. Pour l'instant, les différentes équipes travaillent sur des formes de foils différentes. Mais le team qui va sortir un foil aussi performant au près qu'au portant aura fait un grand pas vers la victoire.

Le nombre d'équipiers lui aussi va changer?

Oui, nous allons passer de 16 équipiers à 11. L'époque des navigants mono tâche est révolue. Par exemple, le tacticien ou le navigateur devront participer à d'autres tâches. Cette coupe marque le début d'une nouvelle ère.

Cette 34ème coupe sera-t-elle celle de l'expérience ou celle de la jeunesse?

Ce sera certainement plus celle de la jeunesse!

Propos recueillis par Stéphane Reynaud, envoyé spécial à Auckland


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