Yann Eliès : « Je suis un peu fâché avec le Vendée Globe »

Samedi 29 décembre 2012 à 08h13

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INTERVIEW. Vainqueur de la Solitaire du Figaro en 2012, Yann Eliès n'oublie pas le Vendée Globe, cette course avec laquelle il a une relation compliquée.


VOILE : Vendee Globe - Depart - 10/11/2012 / La Chaîne Météo - Crédit photo: Alexis Courcoux/Panoramic

Figaro Nautisme. - Comment jugez-vous ce tour du monde?

Yann Eliès. - C'est la prise de pouvoir d'une nouvelle génération. Ils sont tous les deux issus du circuit Figaro puisque Armel Le Cléac'h a gagné la Solitaire et que Gabart a déjà fait 2e (en 2010). C'est aussi le succès d'un architecte puisque Guillaume Verdier a trois bateaux aux trois premières places. Lors de la dernière édition, c'était le cycle des plans Farr (l'architecte Bruce Farr), et les deux d'avant, c'était plus les Finot. C'est aussi bien sûr le triomphe d'une école, celle de Port-la-Forêt. On voit bien que c'est un système de plus en plus professionnel, et ça paye.

Avez-vous des regrets de ne pas avoir été au départ de cette édition du Vendée Globe?

J'en ai de plus en plus au fur et à mesure de la course. La première partie, jusqu'à la porte Crozet, c'était une vraie course. Désormais, les skippers sont plus dans le côté aventure. Même si le Vendée Globe devient de plus en plus une course, il restera toujours une aventure. En plus on peut voir que depuis quelque temps, il n'y a plus d'abandons. Il y en a eu beaucoup très tôt mais depuis c'est devenu calme et on ne peut que s'en réjouir.

Quels sont les éléments positifs que vous gardez de votre Vendée Globe, en 2008?

Le début de l'océan Indien, le moment où je prends la tête de la flotte, c'est un moment extraordinaire. C'est là que j'ai senti qu'il y avait la place pour faire quelque chose. C'était exaltant, on avait tout misé sur la fiabilité du bateau, et en passant devant, on se rendait compte que notre objectif était réalisable. Malheureusement, la suite n'a pas souri (fracture du fémur).

Après l'océan Indien, les concurrents attaquent le Pacifique, que doit-on attendre de cette zone?

C'est un moment intéressant. Depuis le début, on était plus dans du sprint et maintenant, la course va plus rentrer dans du demi-fond. Elle est longue, elle dure, ils vont devoir traverser des tempêtes. Désormais les langues vont se délier. Jusque-là, beaucoup essayaient de cacher le moindre petit problème technique mais maintenant, ils vont parler de dureté.

«Groupe Queginer/Journal des entreprises», avec qui vous avez gagné la Solitaire du Figaro l'été dernier, est-il un sponsor qui pourrait vous porter sur le Vendée Globe en 2016?

Oui, s'il existait une deuxième division du Vendée Globe, qui serait plus abordable. Quand on voit ceux qui jouent les premiers rôles, ce sont des gros budgets, c'est difficile de rivaliser quand on est une PME. J'ai milité avec Michel Desjoyeaux pour une autre série sur le Vendée Globe. En 60 pieds, ce n'est peut-être pas possible parce que ça coûterait trop cher. Il faudrait penser à des bateaux plus petits mais quand même suffisant pour naviguer dans le Sud. 50 pieds, ça me semble une bonne longueur. Faire le Vendée Globe sans pouvoir rivaliser, ça ne m'intéresse pas. C'est sûrement intéressant pour ceux qui le font une première fois mais moi je veux pouvoir gagner.

En juillet, vous déclariez que vous aimiez avoir le temps de construire sur le long terme. Avez-vous une date limite après laquelle vous renonceriez au Vendée Globe 2016 faute de sponsor?

Le Vendée Globe est tellement hors norme... En plus, je suis un peu fâché avec cette course. Je me pose des questions, c'est une superbe compétition et quand on voit la vitesse à laquelle ça va aujourd'hui, ça donne forcément envie. C'est difficile de poser des dates, mais je pense que se lancer dans un projet moins de deux ans avant le début de la course, c'est compliqué. François Gabart l'a fait mais il avait du monde derrière lui. Quand je vois des projets comme ceux de Jérémie Beyou et Samantha Davies, j'imagine que c'est une énorme frustration et je ne veux pas vivre ça à mon tour.

Quelles sont vos échéances à court et moyen terme?

Tout d'abord, il faut arriver à faire signer Queginer sur mon projet figariste. Tant qu'ils n'ont pas signé, je ne peux rien garantir au niveau du circuit. J'aimerais faire la Transat Brest-Martinique, la Transat Jacques Vabre. Il y a aussi bien sûr la Solitaire du Figaro pour signer le doublé. Quand je vois ceux qui l'ont gagnée deux fois, j'aimerais bien me trouver à leurs côtés. Je souhaiterais aussi faire du multicoque en solitaire. Je ne sais pas si ce sera mieux que le monocoque mais je pense qu'il y a autant de risque à traverser l'Atlantique en multicoque en solitaire qu'à faire un tour du monde en monocoque en solitaire. Ce qui est sûr, c'est que je ne vais pas attendre le prochain Vendée Globe pour faire des compétitions. La pauvre Samantha Davies, elle n'a presque pas existé sportivement entre les deux Vendée, et ça, je ne peux pas...


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