Eric Tabarly, marin du siècle

Jeudi 19 juin 2014 à 14h18

Le père de tous les coureurs au large français a disparu en mer il y a près de 16 ans. Mais en partageant ses aventures océaniques, il a trouvé une place pérenne dans le cœur de ses compatriotes.


Eric Tabarly sur Pen Duick II à l'arrivée à Newport, après sa victoire sur la Transat anglaise. Le 18 juin 1964. Crédit photo: AFP

Eric Tabarly, c’est d’abord une détermination à toute épreuve. Dès son adolescence, dans le jardin de ses parents à Saint-Pierre-Quiberon, Eric Tabarly se préparait à affronter les océans, en commençant par dompter ses heures de sommeil. Une discipline indispensable pour un marin en solitaire. Victor Tonnerre, voilier et ami d’Eric Tabarly raconte ainsi que le jeune homme dormait pendant deux heures puis sortait de sa chambre pour un effort physique intense – il hachait un pin tombé dans le jardin – avant de se recoucher, puis de se réveiller deux heures plus tard pour reproduire l’exercice. « C’était pour lui le seul moyen de faire du sport, de dessiner sa musculature et d’enclencher un rythme de sommeil adapté à la course, rappelle Victor Tonnerre. Il faisait aussi le tour de Saint-Pierre-Quiberon en courant. Il rentrait, se douchait, mettait son réveil et dormait deux heures d’un sommeil profond. Puis il remettait ça. » Un entraînement de champion, avant l’ouverture des centres de formation modernes comme celui de Port-La-Forêt, le Clairefontaine de la voile. Un entraînement qui lui permit également de remporter sa première grande victoire, celle de la Transat anglaise de 1964. Pour franchir la ligne d’arrivée en vainqueur, il y a cinquante ans jour pour jour, Eric Tabarly avait parcouru la moitié de l’Atlantique sans pilote automatique, après une panne mécanique. Cette victoire lui valut l’admiration des marins comme du grand public. Le Général de Gaulle le nomma même Chevalier de la légion d’honneur. Douze ans plus tard, lors de sa seconde victoire sur la Transat anglaise, son succès fut tel qu’il descendit les Champs-Élysées sous les acclamations de la foule. Pour cette traversée de l'Atlantique, il avait dompté seul Pen Duick VI, un bateau conçu pour être dirigé par une dizaine d’hommes, et il avait de nouveau surpris sur la ligne d’arrivée, en se présentant en premier alors que les organisateurs le croyaient disparu.


Le père de la construction navale moderne

 

Eric Tabarly c’est aussi un amoureux des bateaux, à commencer par le premier d’entre eux, Pen Duick, dessiné par l’architecte écossais William Fife en 1898. C’est sur ce voilier, acheté à son père à l’état d’épave en 1952, que le jeune marin va faire ses premières régates. « Il est évident que sentir ce pont en bois sous mes pieds me rend heureux et que d’écouter ses bruits familiers, sa manière à lui de me parler, me procure du plaisir », écrit-il dans ses Mémoires du large. Mais pour gagner la Transat anglaise, il lui faut un bateau plus léger. Eric Tabarly décide alors de construire ses propres navires en allant toujours plus loin dans l’architecture navale.
Gérard Petipas, grand ami du marin et président de l’association Eric Tabarly, égrène les innovations en habitué. Le déplacement léger de Pen Duick II d’abord, conçu pour la Transat anglaise de 1964, puis la structure en aluminium de Pen Duick III, le voilier d’Eric Tabarly le plus récompensé en course. Ce fut ensuite le plus grand multicoque jamais vu sur l’océan avec Pen Duick IV, devenu Manureva et disparu avec Alain Colas sur la Route du Rhum. La silhouette de Pen Duick V, premier bateau de course à ballast, annonçait de son côté celle des voiliers du Vendée Globe. Enfin, place au sixième du nom, construit en un temps record pour prendre le départ de la première course autour du monde, la Whitbread de 1973-74. Eric Tabarly y connut deux démâtages et cinq tempêtes successives. C'est aussi sur ce grand voilier qu'il remporta la Transat anglaise de 1976. Mais c’est sur son premier bateau, celui de son enfance, qu’Eric Tabarly disparut en mer d’Irlande, en juin 1998. Jacqueline Tabarly, son épouse, était alors sortie de sa réserve pour témoigner : «La mer l'a pris mais elle ne l'a pas volé».


Le loup de mer de tous les Français


Enfin Eric Tabarly, c’est la figure du marin par excellence. A tel point que pour le tournage du film En Solitaire, François Cluzet a préféré s’en inspirer plutôt que de camper un marin moderne, comme François Gabart, dernier vainqueur du Vendée Globe. « Eric Tabarly est toujours le marin que les Français ont en tête », nous confiait alors l’acteur. Gérard Petipas, qui a rencontré Eric Tabarly dès le début des années 60, a vécu ce succès de près. Il évoque pour l’expliquer la personnalité forte du marin et ses valeurs morales. Ses équipiers ont toujours décrit un capitaine calme, aux échouages fréquents qu'il prenait avec philosophie, attendant simplement la marée montante pour repartir. Un capitaine loin d’être taiseux lorsque le sujet le passionnait et un excellent pédagogue. La liste de ses équipiers devenus stars – de Titouan Lamazou à Michel Desjoyeaux - est longue comme un jour sans vent. Sans oublier son physique de marin de cinéma, les yeux délavés à force de scruter l’horizon, le visage buriné et le corps taillé par les efforts. Seize ans après sa disparition, Eric Tabarly est toujours "le marin du siècle", selon la formule d'Olivier de Kersauson.

 

 

PRATIQUE:

Rendez-vous samedi 28 juin en baie de Quiberon pour suivre la procession des légendaires voiliers Pen-Duick (I, II, III, V et VI) exceptionnellement réunis pour le cinquantième anniversaire de la Transat anglaise victorieuse. Ils seront accompagnés d'une armada de bateaux de plaisance, voiliers classiques... Canal VHF 08 à 15h30 pour participer à la procession. Une soirée musicale suivra sur le port de La Trinité-sur-Mer.

 

 

 

 


 


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