Protéger la biodiversité en haute mer

Mercredi 17 octobre 2012 à 10h48


Comment éviter que la haute mer ne s'apparente à un "Far West" pour chalutiers géants et prospection pétrolière, sans protection pour les poissons ou les cétacés? La conférence de l'ONU sur la biodiversité, en Inde, tente d'ébaucher quelques timides garde-fous.


En haute mer, c'est "premier arrivé, premier servi" voire une "zone de non droit", estimaient plusieurs experts réunis la semaine dernière à Monaco.


Les eaux internationales, situées au-delà des zones économiques exclusives des Etats, couvrent 64% des océans et la moitié de la surface du globe.
Jusqu'ici épargnées car peu exploitées, elles sont devenues beaucoup plus attirantes à l'ère de la raréfaction des poissons sur les côtes et des cours élevés du pétrole, qui autorisent désormais les coûteuses prospections offshore.


"Les eaux internationales et les fonds marins sont vitaux car ils rendent la Terre vivable, produisent une grande partie de l'oxygène et stockent le CO2 et la chaleur", prévient toutefois Kristina Gjerde, experte de la haute mer à l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).


"Ils accueillent aussi une grande variété de vie marine, du minuscule plancton aux baleines bleues, les animaux les plus grands au monde", dit-elle.
Des espèces dont le cycle de vie est aujourd'hui menacé par la surpêche, les pollutions chimiques et nuisances sonores liées à la navigation ou aux prospections pétrolières, les déchets plastiques.


A cela s'ajoute la "fertilisation" artificielle des océans avec du fer, technique parfois envisagée pour "doper" la captation océanique du CO2.
En attendant l'élaboration de règles internationales pour encadrer l'exploitation des ressources dans les eaux internationales, question discutée sans progrès notable au sommet de Rio+20 en juin, la conférence d'Hyderabad peut poser quelques garde-fous en faveur de la biodiversité.


Les plus de 180 pays réunis jusqu'à vendredi sont appelés à adopter des rapports scientifiques identifiant plus de 120 "points chauds" de biodiversité marine, situés pour nombre d'entre eux en haute mer.


Ils ont été élaborés par des groupes régionaux dans toutes les mers, dont le Pacifique, les Caraïbes, l'Atlantique et la Méditerranée, à partir de plusieurs critères (rareté, vulnérabilité, fragilité des espèces).


"C'est d'abord un exercice scientifique visant à établir un catalogue des zones à protéger, même si l'idée n'est pas que toutes ces zones deviennent des aires protégées", explique Elisabeth Druel, spécialiste de droit de la mer à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).


L'adoption formelle de ces rapports, défendue par la France, serait "un signal fort" vers la création d'aires marines protégées en haute mer, souligne Jean-Patrick Le Duc, délégué aux relations internationales du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris.
En 2010, les pays ont adopté un objectif de 10% des zones marines et côtières protégées par des aires spécifiques d'ici 2020 (contre 2% actuellement).


Face aux réticences de certains, notamment les pays pêcheurs comme le Japon, la Norvège, l'Islande ou la Grèce, le principe d'une adoption formelle s'éloignait toutefois mardi au profit d'une décision visant d'abord à lancer le processus, selon plusieurs observateurs.


"Il n'y a pas à avoir peur" de cette démarche, estime Daniela Diz, spécialiste de la haute mer pour le WWF, rappelant que la création d'un système de gouvernance d'aires marines reste, au final, du ressort des instances spécialisées au sein de l'Assemblée générale de l'ONU.
 


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