Le carburant d'algues en développement

Jeudi 18 octobre 2012 à 11h39


Niché dans les salins au bord de la Méditerranée, l'endroit évoque une paillote dont les propriétaires mettraient un soin particulier à ne jamais laver l'eau de la piscine.


Et pour cause: à Gruissan (Aude) près de Narbonne, dans de grands bassins en bâche plastique, on cultive ce que beaucoup considèrent comme le carburant de demain : les microalgues.


"L'objectif, c'est de produire chaque année l'équivalent de 10 tonnes de pétrole par hectare de bassin", explique Thomas Lasserre, le responsable de Salinalgue, un projet mené par la Compagnie du Vent (GDF Suez) et auquel participe notamment un autre poids lourd du CAC 40, Air Liquide.


Les premiers bassins à ciel ouvert -d'une taille encore modeste de 1.000 mètres carrés- ont été inaugurés au printemps, et la première campagne d'essai a eu lieu cet été. L'an prochain et en 2014, Salinalgue devrait multiplier sa taille par plus de 50 sur les terrains des Salins du Midi.


Comme la "Dunaliella Salina" utilisée ici -une microalgue locale adaptée à l'eau très salée et donc peu susceptible d'être envahie par d'autres organismes- les algues ont l'avantage de se nourrir en masse de CO2, le principal responsable du réchauffement climatique. Ce qui permet d'envisager de connecter les cultures à des industries polluantes situées à proximité.


Transvasées dans des réservoirs de plus en plus grands, jusqu'au grand bassin final, les algues invisibles à l'œil nu (8 microns de diamètre) font l'objet d'une récolte tous les mois. L'huile -qui sert de carburant liquide- est alors extraite, le reste de la masse végétale pouvant être transformé en gaz.


Alors que les biocarburants de première génération sont dans le viseur de Bruxelles et des écologistes pour leur responsabilité supposée dans la déforestation et l'envol des prix des céréales et des huiles, la piste des microalgues suscite beaucoup d'espoir.
Elle n'empiète pas sur les terres arables, nécessite dix fois moins d'espace au sol et peut s'installer sur des friches agro-industrielles en perte d'activité.


En France, des PME dynamiques comme Fermentalg en Gironde, Algosource Technologies en Loire-Atlantique ou la réunionnaise Bioalgostral ont investi le créneau.


Encore disparate, la filière cherche actuellement à s'organiser, avec un "institut d'excellence" baptisé GreenStars, près de Montpellier, pour chapeauter les différents projets et laboratoires de recherche à travers la France. Un pôle de compétitivité public-privé soutenu par des poids lourds comme Total, EADS, Suez Environnement, Veolia, Sofiprotéol ou encore PSA.
 


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