Sokalique : Les marins revivent la nuit du naufrage

Mercredi 14 novembre 2012 à 15h37


Les marins du Sokalique, caseyeur breton éperonné en 2007 par un cargo turc battant pavillon des îles Kiribati, ont évoqué mardi avec émotion, au premier jour du procès des responsables présumés à Brest, le "choc" perçu la nuit du drame, qui a coûté la vie à leur patron, Bernard Jobard.


Tremblant et très ému, Hubert Person a raconté comment il avait été "réveillé par un très, très gros choc", suivi par "un deuxième coup, puis un troisième". "La cale était inondée et l'eau avait envahi la machine en 10 à 20 secondes (...), puis le bateau s'est couché", a témoigné le marin.


Il a assuré avoir vu l'Ocean Jasper au moment de la collision. "Le pire, c'est qu'il nous a percutés, mais ne s'est pas arrêté. Rien à foutre... et ces mecs-là sont en liberté!", a-t-il lancé.


Dans la nuit du 16 au 17 août 2007, à 60 milles nautiques (110 km) au nord de l'île d'Ouessant, dans les eaux internationales et alors que les conditions météo sont bonnes, le Sokalique et l'Ocean Jasper entrent en collision.


Bernard Jobard reste à la barre jusqu'au dernier moment pour alerter les secours. Il périt noyé, tandis que les six autres marins sont sauvés. Le vraquier, qui a perçu le choc, poursuit sa route comme si de rien n'était.


Armé par la société Onurhan Denizcilik, il transportait des tôles d'acier. La société turque est poursuivie, en tant que personne morale, pour homicide involontaire, délit de fuite et omission de porter secours à personne en péril.


L'armateur turc Mhemet Gomuc était présent dans la salle, mais le capitaine du vraquier, Rafik Agaev, et son second, Aziz Mirzoyev, tous deux de nationalité azerbaïdjanaise et mis en examen pour les mêmes chefs que l'armateur, étaient absents. Depuis mai 2011, ils font l'objet d'un mandat d'arrêt international.


Le pilote "ne savait pas débrayer"


Avant d'entendre les survivants du naufrage, le tribunal s'est interrogé sur la compétence du matelot à la manoeuvre à bord du caseyeur au moment de l'abordage.


Interrogé pour savoir s'il estimait avoir les compétences suffisantes pour assurer des quarts, Frédéric Olier a assuré: "Non, car je n'avais pas le réflexe de prendre le bateau en main". A l'époque de la collision, "je ne savais pas débrayer sur un bateau", a-t-il précisé.


Cependant, Hubert Person a assuré que M. Olier "savait tout faire à bord" et qu'il "était capable de prendre ses propres décisions".
Le rapport du Bureau d'enquête sur les événements de mer (BEA) a conclu à un "défaut de veille à bord de l'Ocean Jasper", mais également à un "défaut d'appréciation de la situation par le matelot" Olier.


Les experts appelés à la barre ont assuré que les deux navires avaient été à la vue l'un de l'autre 17 minutes avant l'impact. "M.

Olier observe ce bateau mais ne réagit pas", a indiqué Alfred Smith, expert maritime. "L'Ocean Jasper, lui, ne voit rien", a-t-il poursuivi, estimant que la "veille radar (sur le cargo, ndlr) n'était pas assurée, pas plus que la veille optique".


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